Skip to main content

Full text of "Une institution d'enseignement supérieur sous l'ancien régime : l'Université de Louvain, 1425-1797"

See other formats


RIO ÎNSÏITUTE FOR STUDltb i» ^— 



çç 
o ■ 
LU : 
ço. 
o- 



o E>-" 

LU 0)S" 

— w. en = : 

*T <u c — i 

CD "O a> __ 

* E E CD : 
Olu 3CC 



(O 

;«• 

o 
o 

o 

I m 

o 

: o 

O 



LÉON VAN DER ESSEN 



UNE INSTITUTION 

ENSEIGNEMENT 
SUPÉRIEUR 

SOUS L'ANCIEN RÉGIME 



L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN 
(1425-1797) 




VROMANT & C°, IMPRIMEURS-ÉDITEURS 



3, RUE DE LA CHAPELLE 
BRUXELLES 



37, RUE DE LILLE (VI«) 
PARIS 



1921 



THE LIBRARY 



The Ontario Institute 



for Studies in Education 



Toronto, Canada 




COLLECTION LOVANIUM 

OUVRAGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES 
PUBLIÉS PAR DES PROFESSEURS 

DE L'UNIVERSITE DE LOUVAIN 




v 



NOV 1 2 1969 

THE OH ' ^TiïUTE 

FOR STUDi|5 If 



UNE INSTITUTION 

D'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 

SOUS L'ANCIEN RÉGIME 

par Léon VAN DER ESSEN 



LIVRE PREMIER 

HISTOIRE EXTERNE DE 
L'UNIVERSITÉ 



CHAPITRE PREMIER 

Fondation de l'Université. 

LA fondation d'une université à Louvain, en 
1425, conjura la déchéance et la ruine de la 
vieille cité brabançonne. 
Durant tout le xiv e siècle, patriciens et métiers 
louvanistes s'étaient combattus avec ardeur pour 
obtenir le contrôle du gouvernement municipal. 
C'est ce que rappelle la saisissante peinture murale 
nous montrant, à l'hôtel de ville de Louvain, le 
chef démocrate Pierre Coutereel, déchirant, sur 
le perron du bâtiment, devant la foule accourue 
en armes, les privilèges politiques de ses adver- 
saires. 

Toutefois, dans cette lutte on ne trouve pas, à 
Louvain, la continuité et la férocité qui caracté- 
risent les guerres démocratiques en Flandre, à la 
même époque. Mais les conséquences des troubles 
civils furent, de part et d'autre, les mêmes : la ruine 
de la draperie, l'exode des ouvriers, la misère. 
C'est ainsi que, après le massacre des patriciens 
en 1378 et l'émigration de la plupart des ouvriers 
drapiers en Angleterre, Louvain, résidence des 
ducs de Brabant et longtemps ville prospère, était 



6 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

condamnée à périr lentement. Son industrie ne se 
relèverait plus jamais. 

Comme ce fut souvent le cas en Italie, pays qui 
connut à un égal degré la fureur des luttes démo- 
cratiques, l'érection d'une université à Louvain 
fut envisagée comme un expédient pour faire 
revivre l'ancienne cité. 

Comme on le sait, l'érection d'une université au 
moyen âge était le monopole du Pape et de l'Empe- 
reur, et souvent les deux pouvoirs collaboraient 
pour la fondation de ce qu'on appelait alors un 
Studium générale. Il fallait donc décider le duc de 
Brabant, Jean IV, à prendre l'initiative d'une 
démarche auprès du Saint-Siège. La première 
idée de faire revivre l'ancienne gloire de Louvain 
en dotant la ville d'une université paraît avoir 
germé dans l'esprit des conseillers du duc et parti- 
culièrement chez l'un d'eux, Englebert de Nassau, 
un des ancêtres de la maison d'Orange-Nassau. Le 
chroniqueur ou historiographe du duc, De Dynter, 
semble aussi avoir joué un rôle important dans les 
négociations préliminaires, rôle que le laconisme 
de sa Cronica Ducum Brabantiae ne nous permet 
pas d'apprécier comme il convient. 

Jean IV, qui, de par ailleurs, s'était montré un 
prince peu sympathique, racheta ses fautes et ses 
méfaits en réalisant le désir de ses conseillers, qui 
était aussi le désir de la population de Louvain. 
Cette dernière tenait à héberger dans ses murs le 
Studium projeté, d'autant plus que des membres 
du conseil ducal avaient suggéré Bruxelles ou 
Malines comme siège de la future université. Lou- 



FONDATION DE L'UNIVERSITÉ 7 

vain l'emporta, « propter miserationis aspectum » 
dit Valerius Andréas ; une bonne occasion s'offrait 
de restaurer la fortune de la ville presque ruinée. 
L'année 1425, Jean IV, d'accord avec le magis- 
trat et le chapitre de Saint-Pierre, envoya des 
députés au pape Martin V, pour obtenir l'acquiesce- 
ment du souverain pontife et la publication de la 
bulle érigeant la nouvelle université. Dans le 
mémoire transmis au pape, le duc de Brabant pro- 
posait Louvain comme siège du Studium à cause 
de l'abondance qui y règne, de la douceur du cli- 
mat, du tempérament de la population, de la com- 
modité de logement et de toute chose, de l'aspect 
riant de la cité, avec ses vignes, ses jardins, ses 
vergers et ses cours d'eau. La requête commen- 
çait par exposer que, malgré l'existence de plu- 
sieurs villes renommées dans le Brabant et dans 
les autres États du duc, aucune ne possédait encore 
d'université. Jean IV, d'accord avec le magistrat 
de Louvain, offrait de pourvoir à l'installation 
nécessaire des locaux et du matériel scolaire, au 
paiement des maîtres et des docteurs enseignants. 
Le recteur de l'université serait doté de la juri- 
diction civile et criminelle sur les membres du 
Studium et tant le chapitre de Saint-Pierre que le 
magistrat lui céderaient leurs droits. Les maîtres 
et élèves auraient la liberté d'aller et venir où bon 
leur semblait et la libre disposition de leurs biens. 
Tous les « suppôts » du Studium jouiraient des pri- 
vilèges existant dans les autres universités. 

Après avoir soumis ces propositions à un examen 
détaillé, le pape Martin V donna son consentement. 



8 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Peut-être la promptitude de sa décision en faveur 
de Louvain s'explique-t-elle par le fait que, cinq 
ans auparavant, les Louvanistes, mus par la pré- 
dication du cardinal de Plaisance, avaient pris 
part, avec des fantassins et des cavaliers, à la 
croisade contre les Hussites. Par une bulle du 

9 décembre 1425, le pape autorisa la fondation à 
Louvain d'une université complète, comprenant 
les facultés des arts, de droit et de médecine. Il ne 
permit point l'établissement d'une faculté de 
théologie ou, du moins, il en réserva la fondation. 

L'on s'est évertué pendant longtemps à cher- 
cher les causes de cette exclusion ou de cette 
réserve. Elles sont bien simples. Martin V, en 
n'autorisant pas la fondation d'une faculté de 
théologie, a obéi uniquement à la tradition. Il est 
aisé de voir, en parcourant l'ouvrage de H. Denifle, 
Die Universitâten des Mittelalters, que près des 
deux tiers des universités fondées avant 1400 
n'eurent pas, dès leur origine, de faculté de théolo- 
gie. Des dix-huit universités accordées par les papes 
d'Avignon, neuf ont reçu le droit d'enseigner dans 
toutes les sciences, excepté la théologie. Peu de 
temps avant la fondation de l'université de Lou- 
vain, la même attitude avait été adoptée, en 1419, 
au sujet de l'université de Rostock. En faisant 
cette réserve, les papes ont eu l'intention de favo- 
riser par un monopole l'ancienne université de 
Paris, appelée par eux le Romanae Sedis Studium. 

La bulle de Martin IV promet à la nouvelle 
université la jouissance des privilèges, libertés 
et immunités dont étaient dotés les Studia de 



FONDATION DE L'UNIVERSITÉ 9 

Cologne, Vienne, Leipzig, Padoue et Mersebourg. 
Le prévôt du chapitre de Saint-Pierre était nommé 
chancelier de l'université. A lui incomberait de 
conférer les grades aux étudiants que leurs pro- 
fesseurs en trouveraient dignes et d'accorder la 
licentia docendi aux maîtres et docteurs, permis- 
sion qui équivalait pratiquement à la licentia 
ubique docendi, la permission d'enseigner dans 
toutes les écoles et universités autres que Louvain. 
Cette permission de caractère si universel ne pou- 
vait être octroyée que par une autorité univer- 
selle, le Pape ou l'Empereur, qui déléguaient leur 
pouvoir au chancelier des universités par eux 
fondées. 

La bulle de Martin V spécifiait en outre que le 
recteur recevrait pleine et entière juridiction civile 
et criminelle sur les étudiants, endéans l'année 
qui suivrait la publication de ce document. Ces 
conditions furent immédiatement réalisées. 

Le 6 septembre 1426, le magistrat de Louvain 
céda toute juridiction sur « les suppôts » de l'uni- 
versité; puis ce fut le tour du chapitre de Saint- 
Pierre pour se désister de ses droits. Le duc de 
Brabant, Jean IV, dut aussi abdiquer ses pouvoirs, 
mais il fut difficile de l'amener à ce dépouillement. 
Pour le décider, l'autorité académique s'engagea 
à rétrocéder au duc et à son représentant, le maïeur 
de Louvain, la pleine connaissance, pour les mem- 
bres laïques de l'université, des causes criminelles 
les plus graves. Dans ces conditions Jean IV se 
montra bon prince. Non seulement il remit aux 
mains du recteur toute sa juridiction sur les 



10 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

« suppôts » et membres du Studium, réserve faite 
de l'accord précité, mais il octroya en outre aux 
maîtres et aux étudiants deux faveurs importantes : 
le libre accès et départ de la ville, c'est-à-dire 
l'exemption et l'immunité des gabelles, péages, 
droits d'entrée et de sortie, dont il percevait les 
revenus comme seigneur de Louvain, — concession 
de poids pour un prince féodal; — ensuite la 
jouissance, dans ses États et aussi longtemps que 
les maîtres et les élèves demeureraient à Louvain 
pour cause d'études, de tous droits, privilèges, 
franchises et libertés dont jouissaient les bourgeois 
mêmes ou poorters de Louvain. L'octroi de ces 
droits de bourgeoisie était, on le sait, très impor- 
tant à l'époque des communes : il gardait l'habi- 
tant contre l'arbitraire du seigneur et le rendait 
membre d'un corps puissant et jaloux de ses droits, 
qui protégeait ses affiliés contre toute attaque. 

Il ne restait plus que l'évêque de Liège, dans le 
diocèse duquel se trouvait Louvain, pour se dépouil- 
ler de ses droits sur les membres de l'université 
en faveur du recteur. Mais l'évêque se montra 
moins empressé à accorder au Studium la jouis- 
sance des privilèges pontificaux. Déjà, pendant la 
première année académique (1426-1427), des diffi- 
cultés surgirent à cet effet entre la nouvelle insti- 
tution et l'évêque. Après des discussions assez 
vives, au cours desquelles le magistrat s'unit à 
l'Aima Mater pour protester vigoureusement, un 
accord s'établit au sujet de la perception des revenus 
des bénéfices ecclésiastiques, qui étaient en posses- 
sion des «suppôts» de l'université dans le diocèse 



FONDATION DE L'UNIVERSITÉ 11 

de Liège. On suivrait les règles appliquées en cette 
matière à Paris, à Cologne et à Heidelberg. 

Cette imitation des pratiques appliquées en 
matière bénéficiale dans les dites universités fait 
surgir la question : sur quelle université déjà 
existante l'organisation de Louvain est-elle copiée? 

L'on est d'accord pour dire que l'organisation 
interne de Louvain se fit sur le modèle de celles de 
Paris, Vienne et Cologne. Rashdall * précise cette 
constatation en disant que l'université braban- 
çonne présente partiellement une copie directe de 
Paris, et s'est partiellement inspirée des change- 
ments apportés au type parisien par les anciennes 
universités allemandes. Dans ces dernières l'on 
trouve, comme à Louvain, le pouvoir académique 
concentré entre les mains des maîtres aux dépens 
des étudiants, la possibilité d'élire le recteur dans 
n'importe quelle faculté, l'importance minime 
accordée à la division des étudiants en nations, 
la dotation de certains professeurs par l'érection 
des collèges. 

Toujours est-il que les anciens statuts de Lou- 
vain ne sont souvent que la reproduction littérale 
des statuts de ces universités. L'ouverture de 
l'université de Louvain se fit l'année 1426. L'instal- 
lation du premier recteur eut lieu le 6 septembre. 
Guillaume Neefs avait été désigné par la bulle de 
Martin V pour remplir les fonctions rectorales 
pendant cinq ans. Il renonça spontanément au 
bénéfice de cette mesure, à condition qu'à la pre- 

1. Rashdall, The Universities of Europe in the Middle 
âges, p. 259. 



12 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

mière élection les suffrages se porteraient sur lui. 
C'est ce qui arriva. Pendant son rectorat, qui dura 
neuf mois, on élabora les premiers statuts de 
l'université, en vertu desquels les fonctions recto- 
rales seraient trimestrielles et électives dans les 
diverses facultés. Parmi les premiers recteurs, nous 
trouvons le nom d'un Anglais, John Lichton, 
originaire du diocèse de St Andrews, en Irlande, 
maître es arts et bachelier es droits. Il fut imma- 
triculé en 1428 et nommé recteur le 31 mai 1432. 
A l'ouverture de l'université, le corps académique 
se composait de quatorze membres, parmi les- 
quels deux bacheliers en droit canon, un docteur 
en droit civil, un docteur en médecine, un licencié 
en droit canon et sept maîtres es arts. Tous n'étaient 
pas professeurs : le recteur Neefs et Gérard Bruyn, 
doyen du chapitre de Saint-Pierre, n'ont jamais 
enseigné. 

CHAPITRE II 

Les premières années d'organisation 
et d'enseignement. 

Dès les premières années de son existence, l'uni- 
versité de Louvain avait été dotée d'impor- 
tants privilèges, accordés par l'autorité pon- 
tificale et par les ducs de Brabant. Nous les étudie- 
rons en détail plus loin. Pour le moment, il suffit 
d'appeler l'attention sur les faits suivants. -Dans un 
temps où la centralisation administrative était en- 
tièrement inconnue, on sentit le besoin de détacher 
les universités des autorités locales et de les soumet- 
tre à une juridiction particulière, afin de maintenir 



PREMIÈRES ANNÉES D'ORGANISATION 13 

l'unité dans les mouvements d'un grand corps en- 
seignant. L'autorité des deux puissances y concourt 
efficacement : le chef de l'État, en affranchissant 
les universités de la juridiction temporelle, et le 
chef de l'Église, en leur accordant des privilèges et 
des exemptions canoniques en vertu desquelles ces 
corporations n'étaient soumises qu'à l'autorité 
suprême du Pape. Dans l'ordre civil, il y avait une 
assimilation marquante entre la liberté de la 
commune et celle du corps académique. Nous 
dirions aujourd'hui : c'était un État dans l'État. 

L'on conçoit dès lors que l'université était 
extrêmement jalouse de ses privilèges et qu'elle 
défendait ceux-ci avec la dernière énergie. Déjà 
en 1432 surgirent à Louvain des difficultés avec 
les autorités civiles. Les agents fiscaux de la ville 
ne respectaient pas l'exemption des membres de 
l'université de tous les impôts et notamment des 
droits d'accise sur les bières. On vécut pendant des 
semaines sous la menace d'une grève générale des 
professeurs et des étudiants : le corps académique 
alla même jusqu'à rédiger la formule par laquelle 
on proclamerait le cess^ls. L'intervention du duc 
de Brabant parvint cependant à apaiser le conflit. 

Peu après, c'est avec le chancelier du duc que 
l'université est en guerre. Le chancelier se plaint 
des nombreux abus commis par les étudiants : 
ceux-ci s'adonnent à la boisson et parcourent les 
rues pendant la nuit, faisant du tapage et moles- 
tant les habitants. L'Aima Mater lui répond caté- 
goriquement qu'elle n'écoutera pas ces plaintes 
aussi longtemps qu'elle ne sera pas en possession 



14 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

des bulles et des lettres concernant l'érection de 
la faculté de théologie. Nous avons dit, en effet, que 
le pape Martin V, en fondant l'université, n'avait 
pas permis l'érection de cette faculté. Le pape 
Eugène IV ne maintint point cette réserve. Depuis 
1426, tant le magistrat de la ville que le corps pro- 
fessoral avaient travaillé sans relâche afin d'obtenir 
du Saint-Siège l'adjonction de la théologie aux 
autres facultés. Leurs efforts furent couronnés de 
succès. Le 7 mars 1432, le pape Eugène IV leur 
accorda la faveur si ardemment désirée 1 . 

La nouvelle faculté reçut bientôt un local digne 
d'elle. Les guerres civiles dont nous avons parlé 
plus haut, ayant ruiné la draperie de Louvain, la 
majeure partie de la Halle des drapiers se trouva 
abandonnée. Lors de la concession de la bulle 
d'Eugène IV, le magistrat de Louvain fit appro- 
prier quelques salles dans l'édifice pour servir 
d'auditoire à la nouvelle faculté. On y transporta 
bientôt les deux facultés de droit et de médecine. 
Constatation curieuse : l'université n'occupait 
que la moitié du bâtiment, située du côté de la rue 
Kraekhoven; l'autre moitié resta garnie de bou- 
tiques de marchands jusqu'à la fin du XVII e siècle. 
Les graves professeurs qui enseignaient au local 
des Halles durent être plus d'une fois troublés dans 
leurs doctes leçons par les cris des marchands et le 
bruit de la foule qui se pressait tout près d'eux 
les jours de marché. Ce n'est que le 16 juin 1679 
que le conseil communal céda la propriété de la 

1. La bulle est conservée en original à l'hôtel de ville de 
Louvain, 



PREMIÈRES ANNÉES D'ORGANISATION 15 

Halle à l'université moyennant une somme de 
23,000 florins. Devenue propriétaire de l'édifice, 
Y Aima Mater résolut d'y ajouter un étage pour y 
établir les auditoires des quatre facultés. C'est ce 
beau et vénérable monument, datant de 1317, que 
les soldats allemands ont systématiquement incen- 
dié le 25 août 1914. 

Il n'était pas facile de réunir un corps professoral 
pour enseigner les sciences sacrées. Aussi l'univer- 
sité dut être contente de pouvoir engager comme 
professeurs Nicolas Midi, docteur de Paris et pro- 
fesseur de théologie à cette université depuis 1425, 
Pierre Fabri, bachelier de Paris, le dominicain 
Jean de Winningen, doyen de la faculté de théo- 
logie de Cologne, Antoine de Recanati, noble ita- 
lien, docteur de Paris, procureur général des 
ermites de Saint-Augustin au Concile de Bâle, 
Aimeric de Campo, docteur de Cologne. Tout 
comme Louvain s'était inspiré des statuts de 
Paris et de Cologne pour rédiger les siens, de même 
elle alla chercher dans ces Studia célèbres ses pre- 
miers maîtres et professeurs. L'année 1458, le 
développement de l'université fut momentané- 
ment arrêté par la peste qui ravagea Louvain. La 
population estudiantine de plusieurs pédagogies 
ou collèges de la faculté des arts émigra : la péda- 
gogie du « Lis » s'en alla cà Ter monde, celle du 
« Château » à Lierre, celle du « Faucon » à Berthem. 

Cependant, malgré tous ce^ contretemps, Lou- 
vain prend largement part au mouvement des 
idées de l'époque. On en trouve la preuve manifeste 
dans la lutte ardente qui éclata, déjà vers 1446, à 



16 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

propos de certains maîtres de la faculté des arts, 
qui tombèrent dans les bizarreries du nominalisme. 
Cette lutte se prolongea pendant une trentaine 
d'années, pendant lesquelles la faculté de théologie, 
le docteur Henri de Zomeren en tête, mena cam- 
pagne « pour la cause de la vérité et du bon sens ». 

La question de la réforme du calendrier occupa 
aussi l'université : le professeur Rivo entra à ce 
propos en lutte avec Paul de Middelbourg, ancien 
étudiant de Louvain, nommé en 1479 professeur 
d'astronomie à Padoue. Mais les événements les 
plus importants qui comptèrent dans l'existence 
de la jeune université furent le concile de Bâle et 
les controverses doctrinales concernant les indul- 
gences plénières. 

A l'époque de l'organisation de la faculté de 
théologie de Louvain, l'université de Paris défendit 
avec acharnement la théorie de la supériorité du 
Concile sur le Pape et prit la tête de ce mouvement 
d'opposition au Saint-Siège, qui allait aboutir, 
en 1438, à la « Pragmatique Sanction » de Bourges. 
Le bruit de cette querelle parvint bientôt à Lou- 
vain et dut y trouver de l'écho. L'assemblée du 
concile de Bâle envoyait, en effet, continuellement 
des délégués pour obtenir l'adhésion de la nouvelle 
université au mouvement d'opposition qu'elle 
avait organisé. De plus, Louvain comptait parmi 
ses professeurs deux docteurs de Paris, Midi et 
Recanati, qui devaient partager les idées gallicanes 
et préconiser l'indépendance du pouvoir civil vis- 
à-vis de Rome. L'influence de ces deux professeurs 
ne fut cependant pas profonde. Ils furent obligés 



PREMIÈRES ANNÉES D'ORGANISATION 17 

de quitter Louvain, l'un pour cause de désobéis- 
sance, l'autre à raison de ses intrigues contre YAhna 
Mater au concile de Bâle. Louvain n'admit pas 
la théorie conciliaire et resta fidèle à Eugène IV, 
son bienfaiteur, et à ses successeurs. 

L'université se montra aussi pleinement d'accord 
avec l'envoyé du pape Nicolas V pour la manière 
de comprendre les indulgences plénières. Elle 
tenait pour la vraie doctrine, enseignant que 
l'indulgence ne remet pas le péché, mais la peine 
qu'on a encourue du fait d'avoir péché. D'un 
autre côté, elle se montra réservée et excessive- 
ment sévère pour recevoir des quêteurs d'indul- 
gences ou pour imprimer sur des bulles d'indul- 
gences, en guise de recommandation, le « grand 
sceau du recteur ou de l'université ». Avant 1508 
nous ne trouvons pas trace d'indulgences concédées 
en faveur de l'Aima Mater. L'enseignement de 
Louvain concernant cette matière, notamment 
celui d'Adrien d'Utrecht, professeur de théologie 
et futur pape, fut extrêmement modéré. 

D'autre part, en raison de son organisation même 
— comme nous le verrons plus loin — l'université 
dut contribuer, il est vrai dans une faible mesure, 
à entretenir un grave abus : des bénéfices ecclé- 
siastiques, destinés à l'entretien des ministres du 
culte, furent détournés de leur destination primi- 
tive pour constituer le traitement de professeurs 
ou la bourse d'étude d'élèves, pendant que des 
remplaçants ou « vicaires », pauvres toujours, 
ignorants le plus souvent, assumèrent le ministère 
sacré. 



18 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Dans le domaine de l'éducation et de la forma- 
tion politique de la Belgique, l'université de Lou- 
vain, déjà au premier demi-siècle de son existence, 
eut une influence indéniable. « L'unité et les ten- 
dances sociales de son enseignement comblaient 
en quelque sorte l'infranchissable abîme de la 
diversité et de l'incohérence de l'esprit provincial : 
peu à peu, par un lien nouveau, le germe du senti- 
ment de l'unité nationale se formait et se dévelop- 
pait dans ]es intelligences 1 . » 

L'université servit aussi d'intermédiaire à la 
Belgique pour ses rapports avec les pays étrangers, 
et, en hébergeant chez elle les représentants les plus 
cultivés de ces contrées, contribua grandement 
à créer des liens de solidarité internationale. Ainsi 
on trouve à Louvain des étudiants allemands, 
français et italiens dès 1426, des Écossais dès 1427, 
des Suédois dès 1429, des Portugais dès 1430, des 
Suisses dès 1441, des Danois dès 1444, des Espa- 
gnols dès 1445, des Livoniens dès 1447, des An- 
glais dès 1449. Le nombre des « scholares anglici » 
se décompose comme suit : sept du diocèse d'Aber- 
deen, cinq du diocèse de Brechin, deux du diocèse 
de Caitness, un des diocèses de Dumblane, Dunk- 
feld, Edimbourg, cinq du diocèse de Glasgow, neuf 
de celui de Moray, un de Norwich, quatre de Ross, 
dix-huit de St Andrews, un d'York. Les Écossais 
sont donc les plus nombreux. 

1. Mgr de Ram, Considérations sur l'histoire de l' Université 
de Louvain, p. 338. 



L'HUMANISME A LOUVAIN 19 

CHAPITRE III 
L'Humanisme à Louvain. 

Pour comprendre les débuts de l'Humanisme 
à Louvain, nous devons insister sur l'exis- 
tence fort ancienne d'une chaire spéciale de 
rhétorique et d'éloquence, qui appartint en propre à 
la faculté des arts. Cette chaire fut créée en 1443, en 
même temps que la chaire de philosophie morale ou 
d'éthique, avec l'autorisation du Pape Eugène IV. 
On a conservé le nom de la plupart des titulaires 
de cette chaire jusqu'à la fin du xv e siècle et on 
a des preuves de l'intérêt qui s'attachait à leur 
enseignement au sein de l'université. On peut donc 
croire à l'existence d'études littéraires qui complé- 
taient les études de grammaire, accomplies par les 
jeunes gens admis à suivre les cours de philoso- 
phie à la faculté des arts. 

Le professeur qui les dirigeait était appelé pro- 
fesseur d'éloquence ou rhéteur : rhetor publions, 
rhetor Lovaniensis, rhetor academicus. La faculté 
des arts, dont on avait vu accroître le nombre des 
collèges, devint de plus en plus le foyer des tra- 
vaux préparatoires qui devaient conduire à la 
connaissance mûrie de la langue latine et à la lecture 
de nombreux auteurs. La pédagogie où l'on s'occu- 
pait davantage de la langue et des lettres fut la 
« pédagogie du Lis », le Lilium, datant de 1437. 
Son fondateur, Carolus Virulus ou Manneken, 
s'occupa lui-même des méthodes d'enseignement, 
et se piqua de donner une nouvelle direction aux 



20 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

études de grammaire. Le célèbre Vives a relevé 
le mérite des efforts de Virulus, dans son traité 
De tradendis disciplinis. 

L'imprimerie, qui allait contribuer si puissam- 
ment à répandre les études, vint bientôt apporter 
son appui aux amis des lettres à Louvain. Une 
première tentative des disciples de Gérard Groote, 
des « Frères de la Vie commune », pour monter une 
presse à Louvain, échoua devant les frais qu'occa- 
sionna l'entreprise. Mais bientôt, en 1473, l'uni- 
versité eut à son service Jean de Westphalie, un 
imprimeur destiné à acquérir une grande renom- 
mée. Des premiers livres qu'il édita, plusieurs ser- 
virent à répandre des textes classiques : les Satires 
de Juvénal et de Perse, des traités de Cicéron, les 
Buccoliques et les Géorgiqucs de Virgile, VÉneïde, les 
Facetiae de Poggio, etc. Dès 1488, Jean de West- 
phalie imprime en caractères hébraïques les cita- 
tions de l'Ancien Testament dans YEftistola apolo- 
getica de Paul de Middelbourg. D'autres impri- 
meurs s'établissent bientôt à Louvain : Jean 
Veldeneer, Conrad Bracm, Conrad de Westphalie, 
Rodolphe Loeffs de Driel, Gilles van der Heer- 
straeten, Louis de Ravescot, Herman de Nassau. 
Tous ces « typographes » profitent du premier 
souffle de renouveau qui agite le monde des lettres 
et lancent dans le public, à côté de livres destinés 
à l'enseignement de la théologie ou du droit, des 
textes classiques ou des productions des premiers 
humanistes italiens. Au début du xvi e siècle, le 
célèbre Thierry Martens, d'Alost, allait supplanter 
tous ses compétiteurs. 



L'HUMANISME A LOUVAIN 21 

En même temps que les « typographes », les 
libraires se multiplient, à tel point que bientôt 
l'université refuse d'en admettre de nouveaux. Dès 
cette époque aussi nous voyons des maîtres es arts, 
après avoir donné pendant quelque temps des 
leçons à l'Aima Mater, ou après avoir été précep- 
teurs de quelque jeune noble attiré dans la cité 
brabançonne, s'établir successivement dans diffé- 
rentes villes comme ludimagistri ; partout où ils 
arrivent ils apportent l'amour des belles-lettres et, 
pour que leur zèle ne s'éteigne pas, leurs anciens 
maîtres, collègues ou amis, Barlandus, Dorpius ou 
Érasme, ne cessent de leur envoyer des conseils, de 
leur dédier des ouvrages, de leur donner des encou- 
ragements. 

Le cours d'éloquence était alors donné par Jean 
Paludanus, qui, en novembre 1540, se vit aussi 
nommer professeur de « poésie ». Il fut l'ami intime 
d'Érasme qui, pendant plusieurs années, usa de 
son hospitalité, et ne laissa passer aucune occasion 
de lui décerner les éloges les plus flatteurs. 

Je viens d'écrire un nom illustre entre tous, celui 
d'Érasme de Rotterdam. C'est en lui qu'allaient 
s'incarner les aspirations scientifiques de l'époque. 
Formé par les « Frères de la Vie commune », il 
avait étudié à Paris, il avait visité Orléans, Oxford 
et Londres, il était en correspondance avec les 
savants les plus illustres, il avait déjà publié 
quelques ouvrages et par ses Adagia, imprimés 
pour la première fois à Paris en 1500, il avait fait 
connaître la sagesse antique. Érasme arriva à 
Louvain en 1502, mais il ne comptait pas rester 



22 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

dans le Brabant. La peste l'avait chassé de France. 
Pendant plusieurs années encore il parcourra 
l'Europe. Au mois de juillet 1517, il revient à Lou- 
vain : il se fait immatriculer le 30 août. En ce 
moment, les meilleures relations existent entre lui 
et les théologiens. Il n'en sera plus de même 
lorsque la révolte de Luther contre l'Église aura 
semé la discorde dans l'Occident catholique. 

Une œuvre à laquelle le nom d'Érasme est inti- 
mement mêlé et dans laquelle se concrétise l'in- 
fluence que l'Humanisme avait su acquérir à Lou- 
vain, c'est le collège de Busleiden ou le Collège des 
Trois Langues. Le 27 août 1517 mourut à Bordeaux 
le grand mécène que fut Jérôme Busleiden. Vou- 
lant après sa mort continuer ses largesses aux 
hommes d'études, il avait légué une partie notable 
de ses biens pour fonder à Louvain, soit au collège 
d'Arras, soit au collège de Saint-Donat, un collegium 
auquel il attribua treize bourses, destinées à entre- 
tenir des élèves qui s'appliqueraient à la connais- 
sance du latin, du grec et de l'hébreu, et à payer 
des professeurs aptes à enseigner ces trois « langues 
savantes ». Mais l'exécution de ce projet rencontra 
de grandes difficultés. Comme les revenus sem- 
blaient insuffisants, les deux collèges refusèrent 
la donation. Grâce aux instances d'Érasme, on 
résolut de construire un nouveau collège, le Colle- 
gium Trilingue ou de Busleiden. 

Il faut bien reconnaître que la nouvelle institu- 
tion ne fut pas établie sans opposition et sans lutte 
au sein de l'Aima Mater. Elle avait pour adver- 
saires les partisans de la routine, les prôneurs 



L'HUMANISME A LOUVAIN 23 

ignorants du passé, toute une foule dominée par 
les préjugés d'éducation et d'école. Une certaine 
inquiétude, une certaine méfiance se montrait 
aussi chez la plupart des membres de la faculté 
de théologie, qu'en ce temps de réforme, de bruit 
et d'exaltation, tout changement, toute nouveauté 
trouvaient peu sympathiques. La plupart d'entre 
eux gardaient un silence peu encourageant, tandis 
que d'autres attaquaient, même violemment, la 
nouvelle institution. Les démonstrations hostiles 
ne manquèrent point. La jeunesse universitaire 
s'amusait à crier en mauvais latin, faisant allusion 
à l'emplacement du nouveau collège : « Non loqui- 
mur latinum de Foro Piscium, sed loquimur latinum 
matris nostrae facultatis x . » L'intervention d'Adrien 
d'Utrecht, qui était déjà cardinal en ce moment, 
mit provisoirement fin à cette cabale. 

Malgré l'hostilité qu'il rencontra au début, le 
collège des Trois Langues exerça l'influence la plus 
salutaire sur le progrès des lettres en Belgique. Ce 
collège, le premier établissement de ce genre et qui 
servit de modèle à d'autres nations 2 , était consacré 
non seulement à l'enseignement des trois « langues 
savantes », mais encore à la critique littéraire, qui 
forme, avec la polémique, le caractère distinctif 
des occupations intellectuelles du xvi e siècle. L'his- 
toire de la vie et des travaux des professeurs de 
ce collège est, en quelque sorte, l'histoire d'Érasme 
lui-même, comme aussi celle des humanistes les 

i. « Nous ne parlons pas le latin du Marché aux Poissons, 
mais bien celui de notre mère la Faculté (des Arts) . » 
2. Il servit de modèle au Collège de France. 



24 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

plus célèbres qui continuèrent son école. Les noms 
des professeurs pour la langue latine Hadrianus 
Barlandus, Conrad Goclenius, Petrus Nannius, 
Juste Lipse, Erycius Putanus, Nicolas Vernulaeus ; 
des professeurs pour la langue grecque Rutger 
Rescius, Adrien Amerot, Thierry de Langhe, 
Gérard de Coursèle, Henri Zoesius, Pierre Stock- 
mans; des professeurs de langue hébraïque Mat- 
thaeus Adrianus, l'Anglais Robert Wackefield, 
l'Anglais Robert Shirwood, Joannes Campensis, 
André Gennep, Valerius Andréas, sont cités avec 
éloges par les historiens de la Renaissance et de la 
critique littéraire. 

L'historien de la Renaissance, Henri Hallam, dit 
à ce propos : « Cet établissement produisit une 
foule d'hommes distingués par leur érudition et 
leurs talents ; Louvain, au moyen de son Collegium 
Trilingue, s'élevant à un rang plus éminent encore 
que celui qu'avait occupé De venter au xv e siècle, 
devint non seulement le foyer principal des con- 
naissances littéraires en Belgique, mais aussi un 
centre d'où elles se répandirent en différentes 
parties de l'Allemagne. » 

CHAPITRE IV 
Grandeur et décadence ; le XVI e siècle. 

Dans le premier quart du xvi e siècle, l'univer- 
sité de Louvain avait acquis une célébrité 
mondiale. Nombreux sont les témoignages 
d'admirateurs enthousiastes, et Valerius Andréas, 
dans ses F asti Academici, en a relevé quelques-uns. 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 25 

Qu'il s'agisse de Martin Dorpius, d'Adrianus Bar- 
landus, de Zenocarus, bibliothécaire de Charles- 
Quint, d'Érasme lui-même, tous sont d'accord pour 
dire que Louvain ne le cède en rien à la célèbre 
université de Paris: c'est à peine si Paris l'emporte 
pour le nombre des étudiants. Écoutez ces passages 
des lettres d'Érasme: «L'université de Louvain ne 
le cède à aucune université pour le nombre des étu- 
diants, excepté Paris. Les étudiants se chiffrent à 
environ trois mille, et journellement il en afflue 
de nouveaux » (1521). « Nulle part l'on n'étudie 
d'une façon plus heureuse, ni avec plus de quié- 
tude... Nulle part l'on ne trouve un plus grand 
nombre de professeurs bien préparés à leur tâche » 
(1521). En 1524 le grand humaniste écrit de Baie 
à Giovanni Matteo Giberti, dataire de Clément VII : 
« L'université de Louvain est un ornement unique 
de cette partie de l'empire, florissant en tous genres 
d'études, au point d'égaler Paris. Et il n'y en a pas 
qui soit moins infectée de luthéranisme. » 

Cette dernière phrase nous rappelle le rôle joué 
par Y Aima Mater et particulièrement par la faculté 
de théologie dans la lutte contre Luther. Nous 
avons déjà dit que la critique et la controverse for- 
ment le caractère distinctif de la vie scientifique 
du xvi e siècle. Nous avons vu comment Louvain 
se distingua dans la critique par le collège des 
Trois Langues ; il nous reste à indiquer en quelques 
mots comment l'université brilla dans la contro- 
verse à l'origine du protestantisme. Lorsque, en 
15 19, les écrits de Luther arrivèrent à Louvain, 
l'université prit immédiatement des mesures pour 



26 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

qu'ils ne fussent point vendus dans la ville. Après 
examen des livres dans les réunions de la faculté 
de théologie, celle-ci estima qu'une condamnation 
officielle s'imposait. Les Lovanienses croyaient 
cependant utile de s'entendre avec leurs collègues 
de Cologne pour entamer la lutte contre ces doc- 
trines subversives. Ils envoyèrent un bachelier 
en théologie remettre les Conclusiones nonaginta 
de Luther à la faculté rhénane, avec prière de les 
censurer. La réponse ne se fit pas attendre. Un 
envoyé de la faculté de Cologne apporta à Louvain 
la condamnation prononcée contre les écrits du 
moine de Wittemberg par l'université allemande. 

Le 7 novembre 15 19 marque une date mémo- 
rable dans l'histoire de la faculté de théologie. Le 
matin, entre neuf et dix heures, la faculté, réunie 
dans la salle inférieure du chapitre à Saint- 
Pierre, condamne plusieurs propositions extraites 
du livre de Luther qu'on a entre les mains. Pas une 
concession n'est faite au novateur; toutes ses idées 
fondamentales — qui ne formaient pas encore un 
système coordonné — sont rejetées; on s'en tient 
à l'enseignement traditionnel de l'Église catho- 
lique, sans réserve aucune. Au mois de février 1520, 
Thierry Martens imprima les censures de Louvain 
et de Cologne. C'était la première condamnation 
de Luther portée par un corps constitué. 

Bientôt, au milieu de l'été, le pape Léon X lance 
la bulle Exsurge condamnant Luther; et Charles- 
Quint, dans les derniers jours de septembre, fait 
édicter pour les Pays-Bas un placard ordonnant, 
conformément aux prescriptions papales, de con- 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 27 

fisquer les livres de Luther et de les brûler. Le 
nonce Aléandre vint apporter la bulle de Léon X à 
l'université : le 7 octobre elle fut communiquée 
au peuple de Louvain. Le 8 octobre, sur la grand'- 
place de la ville, en présence des bourgmestres 
et de beaucoup de membres de la suite de l'empe- 
reur, le bourreau brûla plus de quatre-vingts livres 
et plusieurs pamphlets de Luther. 

Désormais, l'attitude prise par l'université de 
Louvain vis-à-vis des doctrines nouvelles était 
claire : par la parole et par la plume, elle attaquera, 
partout et en toutes circonstances, les ennemis de 
l'ancienne religion. 

La lutte de l'université contre Luther avait 
marché de pair avec la lutte de la faculté de théo- 
logie contre Érasme. Celui-ci avait eu une très 
fausse position pendant la lutte contre le novateur : 
les humanistes favorables à Luther, Mélanchton 
surtout, voyant l'appui que le grand savant pou- 
vait apporter à la cause de leur maître, ne négligent 
aucun moyen de rapprocher Érasme et Luther. 
Devant le public, l'humaniste veut garder la neu- 
tralité la plus stricte; cependant, fréquemment 
des appréciations favorables et flatteuses pour le 
révolté lui échappent. Mais bientôt l'obstination 
et la violence de Luther d'une part, et les mesures 
sévères édictées contre lui à Worms d'autre part, 
firent crouler par la base le système de réconcilia- 
tion imaginé par Érasme. Ce dernier ne peut se 
résigner à abandonner cette chimère. Il ne suivra 
pas Luther, mais il essayera de garder une neutra- 
lité devenue impossible. Sollicité par les protes- 



28 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

tants à prendre le parti de leur maître, pressé par 
les théologiens pour qu'il écrive en faveur de 
l'Église, il veut gagner du temps, contenter tout 
le monde à la fois. 

Dès lors les théologiens de Louvain l'attaquent 
violemment : il leur répond par des sarcasmes et 
des traits acérés de sa redoutable plume. C'est 
dans ces conditions qu'il quitte Louvain pour 
Bâle en 1521, emportant un souvenir très désa- 
gréable de l'université et, en particulier, de la 
faculté de théologie. L'on ajoutera d'autant plus de 
poids au jugement qu'il a porté sur les membres 
de cette faculté dans un moment où la passion ne 
l' égarait pas : « Je trouve que les théologiens de 
Louvain sont honnêtes et humains... Ils n'ont pas 
moins d'érudition théologique que ceux de Paris, 
mais ils sont moins sophistes que ceux de cette 
dernière ville. » 

En ce moment, le bon renom de l'université 
de Louvain avait atteint son apogée. Les apprécia- 
tions défavorables portées sur elle sont inspirées 
par des considérations d'ordre philosophique ou 
religieux qui n'ont rien à voir avec la sérénité 
objective de la science. Pour l'enseignement des 
lettres, Louvain rivalise au XVI e siècle avec les 
académies les plus célèbres du monde et dépasse 
de loin les écoles d'Outre-Rhin. Pour la théolo- 
gie, cette époque ouvre une ère de splendeur 
exceptionnelle. Ce siècle d'ardentes polémiques 
religieuses vit briller en Belgique, dans tous les 
domaines de la science sacrée, des savants de 
premier ordre : apologétique, dogmatique, mo- 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 29 

raie, exégèse, tout resplendit d'un éclat merveil- 
leux. 

Hélas ! les luttes fratricides qui allaient lancer 
les uns contre les autres catholiques et réformés 
des Pays-Bas et la révolution politico-religieuse 
contre l'Espagne amenèrent peu à peu la déca- 
dence de l'université. Avant d'esquisser les étapes 
de cette décadence, il nous reste à signaler quel- 
ques faits qui ne sont pas sans importance dans 
l'histoire de la ville et de 1' « Académie » de Louvain. 

Vers 1525, les habitants de la ville de Tournai 
essayèrent de fonde'r une nouvelle université. 
Louvain s'y opposa immédiatement, implorant le 
secours du magistrat et de la gouvernante des 
Pays-Bas, Marguerite d'Autriche. Lorsqu'on leur 
demanda des explications, les Tournaisiens allé- 
guèrent qu'il n'entrait pas dans leurs intentions 
d'ériger une nouvelle université, mais bien quel- 
ques cours pour ceux qui désireraient s'instruire 
en français. Ils offraient d'ailleurs d'entrer en 
relation avec les autorités académiques de Lou- 
vain pour arriver à une entente. Mais les Louva- 
nistes ne voulurent rien entendre et rirent inter- 
venir le grand conseil de Malines. Celui-ci obligea en 
1530 les Tournaisiens à abandonner leurs efforts. 

Une tentative analogue fut faite par les habi- 
tants de Douai en 1532. Eux aussi firent valoir 
qu'il serait utile de fonder une université dans une 
ville de langue française. De nouveau les Louva- 
nistes protestèrent avec tant de véhémence que 
Charles-Quint n'osa pas accéder au désir des Douai- 
siens. Ne se donnant pas pour battus, les habitants 



30 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

de Douai essayèrent d'obtenir gain de cause chez 
son successeur, Philippe II. Celui-ci se laissa ga- 
gner à leur idée, non pas pour des motifs d'ordre 
linguistique, mais pour des raisons de prosély- 
tisme catholique. Le roi d'Espagne, champion du 
catholicisme en Europe, voulait porter un coup 
mortel à une université de langue française qui 
était en ce moment la citadelle du calvinisme : 
Genève. En fondant Douai, il croyait tuer Genève 
ou du moins empêcher ses sujets des Pays-Bas de 
visiter cette dernière ville, au grand danger de leurs 
convictions religieuses. Aussi, malgré les efforts 
désespérés que fit Louvain pour empêcher la fon- 
dation de sa concurrente, Philippe II tint bon : 
Douai fut fondée en 1562. 

En 1542, la ville et l'université de Louvain 
échappèrent à un grand danger. Cette année, un 
chef de mercenaires connu pour sa férocité, Martin 
van Rossum, se présenta devant Louvain avec 
une troupe de soldats gueldrois et français- 1 . Sur 
le parcours de cette troupe, Anvers et Malines 
avaient déjà été terriblement ravagées. Van Ros- 
sum exigea la reddition de Louvain. Comme le 
magistrat refusait de payer la contribution de 
•guerre qu'on demandait, le chef des mercenaires 
fit bombarder la ville. Le magistrat envoya alors 
des parlementaires pour tâcher de sauver la situa- 
tion. Pendant qu'on parlementait, un grand nom- 
bre d'étudiants, surexcités, se précipitèrent à 
l'improviste sur les assiégeants, et avec une telle 
fougue, qu'ils mirent van Rossum en fuite. Admi- 

1 . Charles-Quint était alors en guerre avec la Gueldre. 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 31 

rant ce fait d'armes, la gouvernante Marie de Hon- 
grie envoya le président du Conseil privé féliciter 
et remercier les Louvanistes de leur conduite. Le 
magistrat et l'université commémorèrent ce siège 
par une procession solennelle et une messe d'actions 
de grâces. Cette procession eut désormais lieu tous 
les ans, jusqu'en 1635. 

L'université prit aussi une part considérable au 
célèbre concile de Trente, qui consacra les efforts 
faits par les papes pour arrêter les progrès de 
l'hérésie et pour promouvoir la contre-réforme 
catholique. En 1551, les délégués de l'université 
Ruald Tapper, doyen de Saint-Pierre, les profes- 
seurs de théologie Jean van Hasselt et Josse Tile- 
tanus, le professeur de droit Bernaerts, partirent 
pour représenter Y Aima Mater au sein du concile 
et prendre part à ses travaux. En 1562 Philippe II 
envoya à Trente les professeurs Michel de Bay, 
Jean Hessels et Corneille Jansenius. 

La publication des décrets du concile à l'uni- 
versité de Louvain se fit en grande pompe en 1565. 
Après que le secrétaire eut donné lecture du décret 
de publication, le recteur, tête découverte, devant 
tous les professeurs, lut, en conformité des déci- 
sions prises, la profession de foi exigée par Pie IV. 
Chaque professeur en particulier, à l'appel de son 
nom, dut venir prêter le serment de rejeter les 
erreurs de Luther et du luthéranisme. 

L'Aima Mater de Louvain continuait donc à se 
montrer absolument dévouée au Saint-Siège. De 
plus, comme il fallait s'y attendre, elle resta fidèle 
au roi d'Espagne, Philippe II, son prince naturel, et 



32 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

n'épousa point la cause de Guillaume d'Orange et 
de la révolution. Mais ce loyalisme religieux et 
politique ne lui enleva point son indépendance et 
ne la poussa point à abdiquer sa dignité devant 
le despotisme espagnol. 

_ Ainsi, pour citer quelques exemples, un théolo- 
gien de Louvain, le célèbre Sonnius, s'épuisa en 
efforts pour adoucir la sévérité terrible des pla- 
cards édictés contre les réformés. Pour mettre un 
terme à de longues et sanglantes divisions, l'uni- 
versité se prononça en faveur de la « Pacification 
de Gand », qui consacrait la paix de religion. 
Sous l'impitoyale duc d'Albe des membres de 
l'université de Louvain osèrent prendre la défense 
des victimes que réclamait le bourreau. 

L'ancien président du collège des Trois Langues, 
Nicolas a Castro, devenu évêque de Middelbourg, 
s'opposa, dans l'intérêt de ses diocésains, à l'odieux 
impôt du 10 e denier. Lorsque le comte d'Egmont, 
victime de sa naïveté, de sa franchise et de son 
imprudence, fut condamné à être décapité, un 
autre professeur de Louvain, Martin Rythove, 
devenu peu après évêque d'Ypres, fit des efforts 
énergiques pour fléchir l'Espagnol. L'université 
tout entière bondit d'indignation lorsque, au mois 
d'avril 1568, le duc d'Albe fit arrêter à Louvain et 
conduire en Espagne Philippe- Guillaume de Nas- 
sau, comte de Buren, fils du Taciturne, âgé de 
12 ans, qui était étudiant à Louvain. L'Aima 
Mater protesta hautement contre la violation 
brutale de ses privilèges. Mais en l'absence du duc 
d'Albe, un subordonné digne de son maître, 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 33 

Vargas, se contenta de répondre dans un latin 
dont la barbarie est passée en proverbe : Non 
curamus ftrivilegios vestros. Réponse qui caractérise 
admirablement l'arbitraire de la domination espa- 
gnole en ce moment ! 

Si la Belgique fut enfin délivrée du terrible duc 
d'Albe, c'est en grande partie à l'influence des 
professeurs de théologie de Louvain qu'elle le dut. 
La faculté réunie en assemblée générale et après 
avoir promis de garder le secret, sous la foi du 
serment, écrivit une lettre confidentielle au roi pour 
lui exposer l'état malheureux du pays et pour solli- 
citer le rappel du brutal gouverneur K 

Le départ du duc d'Albe ne mit pas fin à la misère 
de Louvain : les calamités allaient s'abattre sans 
cesse sur la malheureuse ville. Sous l'influence de 
l'université, la ville de Louvain, contrairement à 
l'attitude adoptée par la plupart des autres villes 
du Brabant, était demeurée fidèle à Philippe IL 
Elle fut dès lors constamment exposée aux attaques 
des « gueux » et des partisans du prince d'Orange. 

Déjà en 1566, lors des excès des iconoclastes, 
qui pénétraient partout dans les églises pour les 
profaner et briser les images des saints, les étu- 
diants et les bourgeois de Louvain furent obligés, 
pendant plusieurs mois, de faire la garde sur les 
remparts, nuit et jour, pour éviter un coup de main 
de la part de ces bandes de pillards. 

En 1572, le prince d'Orange en personne vint 
mettre le siège devant la ville de Louvain. 

En proie à la terreur, on promena par les rues 

l. Cette lettre est conservée à Londres, au British Muséum. 



34 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

.de la ville le « Saint-Sacrement de miracle » et une 
foule de femmes suivirent pieds nus la procession 
pour implorer le secours du Ciel. Le magistrat finit 
par traiter avec le prince et échappa au pillage 
en livrant passage aux troupes qui accompagnaient 
le Taciturne. Le duc d'Albe, furieux d'apprendre 
qu'on avait traité avec les rebelles, menaça la 
ville de représailles terribles; les supplications des 
Louvanistes émurent Philippe II, qui finit par leur 
pardonner. 

Toutes ces calamités conduisirent l'université à la 
ruine. Les étudiants, craignant pour leur vie et pour 
leurs biens, quittèrent en masse la ville. Plusieurs 
professeurs suivirent cet exemple. Les auditoires 
et les pédagogies se fermèrent les uns après les 
autres. Cette émigration fut accélérée par le danger 
croissant. En 1582, la ville eut à repousser une 
attaque des Français, conduits par le duc d'Alen- 
çon; l'année suivante c'est un lieutenant du prince 
d'Orange, van den Tympel, qui essaie de se rendre 
maître des portes. Entretemps une grave inonda- 
tion et la peste (1572-1573) étaient venues s'ajou- 
ter à tout ce cortège de malheurs. L'on aura une 
idée de la situation misérable dans laquelle se 
trouvait l'université, en constatant que, en 1574, 
le professeur de théologie Nicolas Curtius fut 
chargé par la ville, qui lui paya neuf livres à cet 
effet, de composer un opuscule de propagande sur 
Louvain. C'est une élégie exhaltant l'ancienne 
splendeur de l'université, et destinée à rappeler les 
étudiants « que la terreur et la fuite ont dispersés ». 

Cet exode de Louvain n'avait pas été causé 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 35 

seulement par les dangers fréquents et répétés 
qui menaçaient la ville de l'extérieur, mais aussi 
par des troubles intérieurs. Depuis 1578 une gar- 
nison royale occupait la cité : elle était composée 
de soldats wallons, allemands, italiens et bourgui- 
gnons 1 . Destinée à protéger Louvain contre les 
attaques des « Orangistes », la garnison, comme 
dans toutes les villes de la Belgique où se trouvaient 
des soldats de Philippe II, ne fit que terroriser, 
pressurer et piller les habitants. Dans une de ses 
lettres, l'université dit qu'elle regarde les soldats 
à loger comme des ennemis, qui sont à craindre 
autant que les adversaires du dehors. Les soldats 
allemands, surtout, se montraient d'une rapacité 
et d'une brutalité révoltante. Sous prétexte que 
leur solde ne leur était pas payée à temps, ils 
soumettaient la ville et l'université à des contribu- 
tions de guerre exagérées. Un soir ils allèrent même 
jusqu'à assiéger la maison du recteur, menaçant 
de le tuer et de piller ses biens. En rue, ils accos- 
taient les bourgeois, leur enlevaient leur argent et 
leurs habits, et molestaient les femmes. Plus 
d'une fois ils sortirent de la ville pour aller ran- 
çonner les paysans des environs : après avoir volé 
leurs victimes, ils finissaient quelquefois par les 
tuer, pour faire disparaître les témoins de leur 
crime. Gagnés parleur exemple, les soldats italiens 

1 . Les détails qui suivent sont empruntés à la correspondance 
de l'Université, contenue dans le manuscrit n° 905 de la Biblio- 
thèque de l'université de Louvain. Ce manuscrit, que j'avais 
chez moi en consultation, échappa, grâce à cette circonstance, à 
la destruction de la Bibliothèque. C'est un registre du xvi e - 
xvn e siècle. 



36 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

et wallons se mirent aussi en révolte ouverte. 

Les excès de ces mercenaires à l'intérieur de la 
ville contribuèrent peut-être plus que les attaques 
de l'ennemi à terroriser les étudiants, à les faire 
émigrer et à conduire l'université tout droit à la 
ruine. En 1580, le pape Grégoire XIII, informé par 
le jésuite Toledo — qui avait été envoyé à Lou- 
vain pour l'affaire du Bayanisme — de la situation 
lamentable où se trouvait l'institution, lui envova 
une somme de 2,000 écus d'or. « Vous pourrez, dit 
le pape dans le bref qui accompagne ce don, vous 
partager entre vous 1,000 écus, et employer l'autre 
moitié à éteindre les dettes de l'université. Si 
1000 écus sont insuffisants pour vos besoins person- 
• nels, partagez toute la somme entre les professeurs.» 

Ce don pontifical était loin d'être suffisant pour 
sauver Y Aima Mater. Aussi, celle-ci adressa-t-elle 
des appels de secours répétés à Philippe II. Mais 
le roi était trop absorbé en ce moment par les pré- 
paratifs de son expédition contre" Elisabeth d'An- 
gleterre, et son lieutenant Alexandre Farnèse, 
gouverneur des Pays-Bas, ne put qu'envoyer de 
belles promesses au magistrat et aux professeurs 
de Louvain. Lui aussi avait à s'occuper d'entre- 
prises plus importantes : il préparait en ce moment 
le siège d'Anvers (1585). 

Abandonnée à elle-même, l'université déclina 
de plus en plus. Ses" dirigeants durent pousser 
un soupir de soulagement lorsqu'ils virent partir, 
en 1585, la garnison royale. Mais de nouveaux 
ennuis, a.uxqueh T YAIma r Mater ne s'attendait pas 
en ce moment, allaient surgir. Elle eut à défendre 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 37 

un de ses principaux privilèges contre les Jésuites. 
Déjà, en 1566, le provincial des Jésuites et le rec- 
teur du collège que la compagnie possédait à Lou- 
vain avaient montré à la faculté de théologie un 
privilège apostolique, permettant aux Jésuites de 
créer leurs étudiants bacheliers, licenciés et maî- 
tres, au cas où les universités ne les accepteraient 
pas gratis. La faculté répondit que les Jésuites 
pouvaient en effet accorder librement des grades 
à leurs élèves, mais que, s'ils voulaient suivre les 
études et la durée de celles-ci à l'université, ils 
étaient obligés de payer comme tout le monde. 
La question en resta là pour le moment. 

En 1583, les Jésuites recommencèrent leurs ten- 
tatives et envoyèrent une pétition au conseil de 
Brabant, demandant de pouvoir enseigner publi- 
quement la philosophie et la théologie. Le conseil 
de Brabant adressa la requête aux facultés des 
arts et de théologie, avec prière de l'examiner et de 
communiquer leurs observations. Pour ce qui con- 
cerne la faculté de théologie, elle rejeta catégori- 
quement la demande des Jésuites, comme contraire 
aux privilèges de l'université : «Il ne faut pas, disait- 
elle, qu'à Louvain on érige chaire contre chaire et 
que dans l'enceinte d'une même ville il y ait deux 
universités, l'une qui fut jusqu'ici célèbre dans 
tout l'univers et qui obéit au recteur; l'autre, une 
nouvelle, composée d'un seul collège et soustraite 
à toute influence du recteur et des facultés. » 

Pour ce qui concernait les prétentions des Jé- 
suites à l'enseignement public de la philosophie, la 
faculté des arts s'y opposa énergiquement. Elle 



38 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

fit valoir « qu'il y avait déjà quatre pédagogies où 
l'on enseignait la philosophie. Il était inutile d'en 
créer une cinquième. Les étudiants de Louvain, 
apprenant que les Jésuites enseignent gratis, 
quitteront les pédagogies, qui ont déjà demandé 
tant d'entretien. Si les Jésuites accordent à leur 
tour des grades et les multiplient, ceux de la faculté 
des arts n'auront plus de valeur». A cette protesta- 
tion de l'université il n'y eut rien à répondre : les 
Jésuites se tinrent tranquilles. 

Mais en 1594, ils trouvèrent un allié dans le 
nouvel évêque d'Anvers, Laevinus Torrentius, 
qui s'était montré en toute occasion un protecteur 
de la Compagnie. Se sentant assez forts en ce 
moment, ils tentèrent une fois de plus d'obtenir 
l'érection d'un collège de théologie et de philoso- 
phie. Il y eut un échange de lettres peu aimables 
entre Torrentius et l'université. Cette dernière 
n'hésita pas à faire observer que « entre d'autres 
privilèges, l'université possède celui de pouvoir 
empêcher tout le monde d'enseigner publiquement 
la philosophie, en dehors des pédagogies et des 
écoles de la faculté; que ce privilège a été jusqu'ici 
toujours conservé inviolablement et que ceux 
qui ont essayé de s'y opposer ont toujours été 
immédiatement mis à la raison; qu'on ne peut 
permettre aux Jésuites d'ouvrir à tous sans dis- 
tinction une école publique de philosophie et de 
troubler la faculté des arts dans la possession de 
son privilège ». 

Cependant les Jésuites ne se tinrent pas pour 
battus : ils s'adressèrent au Conseil privé, où l'uni- 



GRANDEUR ET DÉCADENCE 39 

versité comptait beaucoup d'ennemis et obtinrent 
partiellement gain de cause. Alors, voyant que 
l'affaire prenait une tournure défavorable, l'uni- 
versité s'adressa directement au Saint-Siège. Le 
pape Clément VIII le prit de très haut : le 22 sep- 
tembre 1595, il envoya aux abbés de Sainte-Ger- 
trude et de Parc, conservateurs des privilèges apos- 
coliques de l'université, un bref leur ordonnant en 
son nom de forcer les Jésuites de s'abstenir, immé- 
diatement et sans délai, d'enseigner publiquement 
la logique et la physique dans leurs écoles. Ils 
devaient s'en abstenir jusqu'au moment où le 
pape, à qui revenait l'examen de la question, aurait 
pris une décision équitable. De plus, par un bref 
du 16 mars 1596, le général des Jésuites, Claudio 
Aquaviva, fut sommé par Clément VIII de forcer 
les Pères de Louvain à la « sainte obéissance », 
sous peine de les excommunier. Il ne restait aux 
Jésuites qu'à s'incliner : c'est ce qu'ils firent le 
10 avril suivant. 

Ils essayèrent, il est vrai, de recommencer à 
Liège en 1613, et à Louvain même en 1624 et 
en 1625, tendant toujours à pouvoir créer une 
école publique de philosophie, avec l'autorisation 
de conférer des grades, sans passer par l'université. 
Toutefois, ils ne réussirent point dans leur tenta- 
tive. L'université de Louvain l'emporta facilement 
dans la lutte pour ses privilèges. 

Cependant elle avait ressenti le contre-coup de 
la longue agitation du xvi e siècle. Il s'était glissé 
dans l'institution des abus qu'il fallait redresser. 
L'administration des dotations et des fondations 



40 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

académiques avait été désorganisée; la position 
des professeurs se trouvait amoindrie au point de 
vue scientifique et pécuniaire et, surtout, il était 
devenu nécessaire d'imprimer à l'enseignement des 
sciences sacrées et profanes une direction plus 
régulière et plus forte. 

CHAPITRE V 

La restauration; la visite de 1617. 
L'Université au XVII me siècle. 

Cette nouvelle direction devait venir de deux 
princes, dont la Belgique a conservé le sou- 
venir reconnaissant, les archiducs Albert et 
Isabelle. Ce furent eux qui s'attachèrent à relever 
l'enseignement de Louvain. Ils furent pour l'uni- 
versité toujours pleins de sollicitude, mais d'une 
sollicitude plutôt rigoureuse. La sévérité de la 
a visite » ou inspection de l'université en 1607-1617 
éclate dans chaque point du règlement qui fut alors 
élaboré, mais elle rendit à l'institution une régula- 
rité de travail que les malheurs publics avaient 
compromise. 

Nous devons donc consacrer quelques mots à la 
fameuse visite ou inspection officielle de 1617. Dans 
l'histoire des universités d'origine médiévale, le 
Pape et le souverain temporel, qui ont collaboré 
pour la fondation de l'école, unissent toujours leurs 
efforts lorsque les grands intérêts de l'institution 
semblent exiger l'intervention de leur autorité. 
Une visite ou inspection officielle de l'université 
de Louvain avait déjà été tentée par le duc de 



L'UNIVERSITÉ AU XVII* SIÈCLE 41 

Bourgogne, Charles le Téméraire, en 1476. Elle 
porte le cachet d'autocratie souveraine qui carac- 
térise tous les actes de ce guerrier entêté. La mort 
subite du prince, tué devant Nancy en 1477, 
arrêta l'exécution des mesures prescrites. Cette 
visite n'exerça donc aucune influence sur le déve- 
loppement de l'institution. 

Il n'en est pas de même de la visite de 1607- 
1617. En 1607, des commissaires furent nommés 
pour « visiter » ou inspecter l'université. Les archi- 
ducs députèrent Jean Drusius, abbé de Parc, et 
Etienne van Craesbeke, conseiller de Brabant; le 
pape nomma comme son représentant le nonce 
Decio Caraffa. L'autorité religieuse aussi bien que 
l'autorité civile collaborèrent pour investir les 
commissaires des pouvoirs qui leur étaient néces- 
saires. C'est donc à tort que l'on a voulu quelquefois 
représenter la « visite » comme un acte dû unique- 
ment à l'autorité civile et comme une mainmise 
de l'État sur l'université de Louvain. La déléga- 
tion canonique du nonce date du 7 juin 1607, la 
délégation civile des commissaires des archiducs 
du 27 juillet de la même année. La visite affectait 
l'université dans son ensemble et dans chacun de ses 
membres (tam in cafiite quam in singulis membris) . 

L'inspection détaillée de l'université fut com- 
mencée en 1607. Entravée par la guerre avec les 
Provinces-Unies, elle fut reprise en 1609. L'acte 
de visite fut promulgué, le 5 septembre 1617, dans 
une réunion solennelle de tous les membres de 
l'Aima Mater. 

Nous aurons à expliquer en détail des divers 



42 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

points de cette visite, en parlant plus loin de l'orga- 
nisation de l'institution. Bornons-nous à dire pour 
le moment que l'ordonnance d'Albert et d'Isa- 
belle devint la grande charte académique, en vertu 
de laquelle se régla désormais tout ce qui regardait 
la juridiction des autorités universitaires, les pri- 
vilèges du corps académique, les intérêts de l'en- 
seignement et ceux des collèges, les droits et les 
devoirs des professeurs de toutes les facultés, la 
collation des grades, la discipline et la conduite des 
étudiants et des fonctionnaires. On peut dire que 
ce fut « la première loi organique sur l'enseigne- 
ment supérieur en Belgique ». La visite de 1617 
consolida l'autorité de Louvain en lui donnant le 
cachet légal. 

Les conséquences de cette réforme des archi- 
ducs se firent sentir immédiatement. Pendant la 
période qui va s'ouvrir, l'université suivit avec 
une ardeur nouvelle la marche progressive des 
sciences et des lettres. La renommée de ses pro- 
fesseurs, les ouvrages qu'ils ont produits et le 
nombre prodigieux d'élèves accourant de toutes 
les parties de l'Europe pour entendre leurs leçons 
sont là pour le prouver. Juste-Lipse, une des célé- 
brités de cette époque, nous affirme que le nombre 
des étudiants montait à sept ou huit mille et que 
parmi eux l'on rencontrait des Hollandais, des 
Frisons, des Flamands, des Allemands, des Fran- 
çais, des Espagnols et des Italiens. 

Si, dans la première moitié du xvi e siècle, c'est 
la faculté de théologie qui brille d'un éclat inaccou- 
tumé, en ce moment c'est avant tout la faculté de 



L'UNIVERSITÉ AU XVII» SIÈCLE 43 

droit qui tient la tête. Étant donné les tendances 
du gouvernement d'Albert et d'Isabelle, ce fait 
s'explique aisément. En effet, ce qui est spécial, 
ce qui marque dans l'histoire législative de ces 
princes, c'est l'œuvre juridique. Cette œuvre 
n'était pas improvisée; la science et la jurispru- 
dence dont elle s'inspirait l'avaient préparée. 

Lorsque toutes les écoles se traînaient encore 
laborieusement dans les sentiers de la routine, 
Louvain put s'enorgueillir de la part que ses pro- 
fesseurs prirent à la révolution qui fit changer la 
science du droit, en substituant l'enseignement 
théorique à la méthode obscure des glossateurs. 
Lorsque le gouvernement espagnol avait interdit 
la fréquentation des universités étrangères, l'en- 
seignement du droit romain était déjà formé. 
Là, au pied des chaires de Louvain, se préparent 
les avocats, les jurisconsultes et les magistrats, ces 
membres du Grand Conseil de Malines et des con- 
seils de provinces qui ont élaboré l'œuvre juridique 
des archiducs. Louvain fut, ici comme à d'autres 
points de vue, un instrument énergique d'unité; 
ses maîtres agissaient par l'enseignement, par les 
publications, par leur influence scientifique, par 
les consultations qu'ils rédigeaient, par leur entrée 
dans les conseils judiciaires eux-mêmes. 

A la suite de la visite de 1617, les diplômes de la 
faculté de droit sont officiellement requis pour 
l'admission aux offices de la magistrature et au 
barreau. 

L'influence de la faculté de droit de Louvain 
prenait le caractère d'un monopole de plus en plus 



44 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

impératif. Des professeurs comme Peckius aîné, 
Coursèle, Tulden, Perez, Gudelin, sont des « oracles 
du droit ». 

Pour être moins brillant, le rôle de la faculté de 
médecine n'en est pas moins digne d'attention. 
Cette faculté examinait avec la plus scrupuleuse 
circonspection toutes les nouvelles doctrines qui se 
produisaient, les modifiait, avant de les enseigner, 
en ce qu'elles pouvaient avoir de défectueux ou les 
réfutait avec énergie si elles n'étaient pas basées 
sur la vérité et le bon sens. C'est aux professeurs 
de cette école que l'on doit la circonspection des 
médecins dans le cas où il s'agissait d'établir une 
théorie nouvelle. Les découvertes utiles des méde- 
cins étrangers étaient d'abord soumises au creuset 
de l'expérience et on les adoptait, en les modifiant 
d'après la nature du climat et la position topo- 
graphique du pays. 

C'est à cette époque aussi que virent le jour les 
deux livres qui essayèrent, pour la première fois, 
de donner une histoire suivie de l'université. C'est 
à l'occasion du second jubilé de Y Aima Mater, fêté 
sous le rectorat de Jean de Myrica, que Nicolas 
Vernulaeus composa son Academiae Lovaniensis 
libri III (Louvain, 1627). C'est un tableau assez 
exact et assez complet de l'organisation de Lou- 
vain. Ce n'est qu'en 1635 qu'apparut une œuvre 
strictement historique, les Fasti academici de 
Valerius Andréas, professeur au collège des Trois 
Langues et premier bibliothécaire de l'université. 
L'auteur songea à donner une édition expurgée de 
cet ouvrage, car la seconde édition, parue en 1650, 



L'ÈRE DES PERSÉCUTIONS 45 

fut mise à l'index « jusque correction ». Cette cen- 
sure fut motivée par certains passages où Andréas 
se montrait favorable à Bayus et à Jansenius. 

L'emorescence des études à Louvain, pendant 
le XVII e siècle, fut troublée à deux reprises par 
des événements guerriers, la première fois lors 
du siège de la ville par les Franco-Hollandais 
en 1635, la seconde fois par l'invasion des armées de 
Louis XIV. En 1667, au cours de la « guerre de 
dévolution », le roi de France se rendit maître de la 
Flandre. Craignant de devoir soutenir un siège, la 
ville de Louvain poussa activement ses travaux 
de défense. On s'attendait tellement à une surprise 
de la part de l'ennemi que l'université suspendit 
ses cours, pour permettre aux étudiants de travail- 
ler au renforcement des fortifications. 

CHAPITRE VI 

L'ère des persécutions ; l'Université sous 
le régime autrichien. 

LA première moitié du xvin e siècle remplit de 
tristes pages dans l'histoire de Belgique. 
Néanmoins, l'université continua à remplir 
honorablement sa mission pendant cette période. 
Le professeur Verheyen créait alors par ses travaux 
la connaissance de l'anatomie médico-chirurgi- 
cale ; l'illustre Réga présidait à l'établissement d'un 
jardin botanique et d'un des plus beaux amphi- 
théâtres d'anatomie de l'époque; les salles de la 
Faculté des arts destinées aux expériences phy- 
siques et aux discussions en philosophie recevaient 



46 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

des agrandissements. C'est alors que furent com- 
mencées les majestueuses constructions de la 
Bibliothèque et des auditoires; c'est alors aussi 
que fut fondée une imprimerie académique. 

Ce sont là des signes de vitalité scientifique qu'il 
serait malaisé de méconnaître, mais d'autre part 
on ne peut nier qu'un certain relâchement s'in- 
troduit de nouveau dans le régime des études, à 
partir du milieu du xvm e siècle. Depuis 1750, 
nous rencontrons une série de règlements, de 
réformes, de prescriptions, de la part du gouver- 
nement autrichien, qui semblent être un prolon- 
gement continu des décrets gouvernementaux de 
la visite de 1617. Lorsque, par exemple, nous 
voyons en 1753 le prince Charles de Lorraine, gou- 
verneur général des Pays-Bas, publier une ordon- 
nance pour faire cesser le relâchement qui s'était 
introduit dans les études à l'université, il est impos- 
sible de ne pas se rendre à l'évidence. UAlma 
Mater, malgré la résistance d'un corps jaloux 
de ses privilèges, accueille d'ailleurs avec recon- 
naissance les différents édits de l'impératrice 
Marie-Thérèse, portés soit pour réprimer les abus 
invétérés par l'âge ou produits par le malheur des 
temps, soit pour établir dans l'enseignement des 
améliorations réclamées par l'époque. 

Il y avait donc certainement des abus à redres- 
ser. Mais que dire de la lettre outrageante du comte 
de Cobenzl, ministre plénipotentiaire autrichien, 
qui écrit en 1765, en parlant de Louvain, qu'il n'y 
voit que « des gens peu faits pour maintenir le bon 
goût et entièrement livrés à la barbarie pour 



L'ÈRE DES PERSÉCUTIONS 47 

les sciences et à la rusticité pour les mœurs »? 

Pour comprendre cette appréciation peu flat- 
teuse, nous devons nous rappeler que le gouver- 
nement autrichien introduisit dans les Pays-Bas 
la tendance dominatrice et centralisatrice qui, non 
seulement au point de vue philosophique et reli- 
gieux, mais aussi au point de vue politique, abou- 
tira plus tard au fébronianisme et au joséphisme. 
L'omnipotence de l'État dans tous les domaines est 
proclamée en principe et on essaye de l'introduire 
en fait. L'enseignement supérieur n'échappe pas 
à cette mainmise du pouvoir central et de plus en 
plus se fait jour la tentative de convertir l'univer- 
sité libre de Louvain en une université d'État ou 
du moins de la soumettre à un contrôle rigoureux. 
Sans s'en douter, les archiducs Albert et Isabelle, 
par leur « visite » ou inspection de 1617, avaient 
ouvert la voie à cette intervention de l'État. Sans 
doute, la « visite » s'était faite de commun accord 
par les deux pouvoirs civil et religieux. Mais les 
fonctionnaires autrichiens n'admettront plus l'in- 
tervention religieuse et regarderont la visite de 
1617 comme un acte essentiellement civil. Ils s'en 
prévaudront pour bannir toute collaboration de 
l'Église dans la réforme de l'enseignement supé- 
rieur. 

Il leur fallait cependant des prétextes pour inter- 
venir directement dans l'administration de l'uni- 
versité de Louvain. Lorsqu'on veut se débarrasser 
d'un chien, on le déclare enragé. C'est ce que fit 
le comte de Cobenzl; pour lui, rien n'était bon à 
Louvain. Avec la phraséologie creuse qui caracté- 



48 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

rise tous les pontifes de V Aufklàrung, il parlera de 
l'« obscurantisme », de l'« ultramontanisme gros- 
sier » qui règne à Louvain et qu'il faut abattre. La 
voie est toute trouvée pour livrer passage à l'admi- 
nistration tracassière et ennemie des privilèges, 
qui caractérise le gouvernement autrichien. 

Cobenzl s'empressa de faire nommer un commis- 
saire royal permanent chargé « de veiller exacte- 
ment à tout ce qui pouvait intéresser la direction, 
la discipline, la police et les études de l'université, à 
l'effet de quoi le recteur, les doyens des facultés, 
ainsi que tous les autres membres et suppôts sont 
tenus de donner l'information qu'il demandera ». 
Par cet édit, porté le 18 juillet 1754, le comte 
Patrice de Nenny, un Irlandais, président du Con- 
seil privé des Pays-Bas autrichiens, fut investi 
des fonctions de commissaire royal. 

C'était le premier pas en faveur des réformes que 
le gouvernement méditait d'opérer en Belgique. 
Nenny s'acquitta cependant de ses fonctions avec 
tact et modération; on lui doit plusieurs bonnes 
mesures pour la régularité et le progrès des études. 

Sous le gouvernement de Joseph II, Louvain, 
attaché à des principes opposés aux réformes que 
l'empereur rêvait d'introduire dans ses États, 
devint nécessairement l'objet des rigueurs du 
gouvernement. La faiblesse de l'enseignement 
académique fut le prétexte mis en avant pour 
démolir peu à peu la résistance. L'on vit alors des 
attaques contre l'université, comme celles de 
l'auteur anonyme de la brochure, publiée à Lille 
en 1783, sous le titre Recueil de quelques pièces 



L'ÈRE DES PERSÉCUTIONS 49 

pour servir à la continuation des Fastes académiques 
de V Université de Louvain. C'est une sortie violente 
contre l'« ultramontanisme le plus grossier » qui, 
au dire de l'auteur, règne à la faculté de théologie, 
et une défense enthousiaste des idées fébroniennes 
et joséphistes. 

En 1786, par un édit publié le 16 octobre, 
Joseph II veut introduire des réformes plus radi- 
cales dans les écoles de Louvain. Il décrète l'éta- 
blissement, près de l'université, d'un séminaire 
général pour les études théologiques, dont le pro- 
gramme était rigoureusement tracé par le gou- 
vernement. 

Cette mesure provoqua une opposition énergique 
du corps professoral et du clergé. Une émeute 
éclata dans les rues de la ville. Rempli de colère, 
l'empereur ordonna, le 17 juillet 1788, de trans- 
férer à Bruxelles, « sous l'œil vigilant du gouver- 
nement », les facultés de droit, de médecine et de 
philosophie, et de laisser à Louvain la seule faculté 
de théologie avec le séminaire général. 

Cette mesure ne put porter ses fruits. Les Belges, 
excédés par les tracasseries du gouvernement au- 
trichien et la violation brutale de leurs privilèges, 
venaient de se lever en masse. On sait le succès 
de ce mouvement connu dans l'histoire sous le 
nom de « Révolution brabançonne » : les Autri- 
chiens furent chassés et l'on proclama l'indépen- 
dance des États belgiques unis. 

Le successeur de Joseph II, François II, parvint 
à surmonter la crise à force de diplomatie et de 
souplesse. Par un acte de 1793, il confirma à l'uni- 



=50 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

versité restaurée son ancien état constitutionnel : 
« L'université, établie à perpétuité dans la ville 
de Louvain, est et demeurera un corps brabançon; 
en conséquence, elle doit et devra être traitée en 
toute chose conformément à la Joyeuse Entrée ». 

CHAPITRE VII 

Le régime français et la suppression de l'ancienne 

Université. 

EN 1794, les armées de la République fran- 
çaise envahirent la Belgique et l'annexion 
du territoire fut proclamée. L'université 
eut beaucoup à souffrir du nouveau régime. Elle 
s'opposa énergiquement à toutes les prescriptions 
antireligieuses de la République. Lorsque la mu- 
nicipalité de Louvain l'invita, par lettre du 16 jan- 
vier 1795, à assister en corps à l'ouverture du 
Temple de la Raison, elle refusa avec indignation. 
D'où colère du gouvernement républicain. Le mi- 
nistre de l'intérieur, Benezech, se rendit à Louvain, 
le 31 janvier 1797, et fit une descente de lieu à 
Y Aima Mater. Il fut reçu aux Halles universitaires 
en compagnie du général Beurnonville, par le 
professeur Van Gobbelschroy. Comme ce dernier 
lui montrait d'abord l'auditoire de droit en disant : 
« Voici l'école de droit canon », le ministre, se tour- 
nant vers le général, lui dit : « C'est donc votre 
école ! » « Citoyen ministre, répliqua Van Gobbel- 
schroy, les canons que l'on enseigne ici sont plus 
anciens que ceux du citoyen général. » 

Cette visite fut l'annonce de la suppression pro- 



LE RÉGIME FRANÇAIS 51 

chaine de l'université. Les autorités académiques 
ne s'y trompèrent point. Dans une réunion de 
professeurs, Jean-François Van de Velde, un 
homme d'un caractère et d'un courage magnifiques, 
qui s'était déjà distingué dans la lutte contre le 
gouvernement autrichien, prononça ces remar- 
quables paroles, qui environnent comme d'une 
auréole de gloire l'université à la veille de sa mort : 
« Puisqu'il faut périr, mourons debout pour la 
défense de notre sainte Foi, pour nos vieilles 
mœurs, pour nos coutumes pieuses et chrétiennes ! 
La tombe de notre université sera du moins ornée 
de cette gloire posthume qu'elle n'est pas tombée 
par sa propre lâcheté, mais qu'elle a été brisée par 
les coups de ses ennemis, qui sont aussi ceux de 
la Foi ! » 

Peu de temps après, un arrêté de l'administra- 
tion centrale du département de la Dyle, daté du 
4 Brumaire an iv de la République française 
(25 octobre 1797), supprima purement et simple- 
ment l'université de Louvain. Un autre arrêté, 
du 8 novembre suivant, compléta la mesure par 
la suppression de tous les collèges annexés à 
l'Aima Mater. 

C'était une grande et belle institution qui dispa- 
raissait. Louvain avait été, en quelque sorte, le 
centre et le pivot d'une communauté d'idées 
nationales et patriotiques qui se forma entre les 
hommes les plus influents des différentes pro- 
vinces, séparées alors les unes des autres par des 
institutions politiques et administratives les plus 
divergentes. L'homogénéité de l'enseignement aca- 



52 HISTOIRE EXTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

demi que établit un lien moral et intellectuel entre 
des éléments divers, auxquels elle donna une force 
de cohésion remarquable. C'est par cette action 
lente , mais continue , de près de quatre siècles que 
s'était formé en Belgique un esprit public et que 
s'étaient conservées l'unité et la force du sentiment 
national, qu'aucune domination étrangère n'est 
parvenue à étouffer. 



LIVRE SECOND 

L'ORGANISATION INTERNE 
DE L'UNIVERSITÉ 



CHAPITRE PREMIER 

La situation juridique de l'Université. 

LA situation juridique de l'université de Lou- 
vain se trouve bien définie dans un acte 
publié, comme nous l'avons déjà vu, par 
l'empereur François II après la Révolution bra- 
bançonne. Cet acte, daté de 1793, dit : « L'uni- 
versité, établie à perpétuité dans la ville de 
Louvain, est et demeurera un corps brabançon; 
en conséquence, elle doit être traitée en toutes 
choses conformément à la Joyeuse Entrée (de 
Brabant). » 

L'université constituait donc ce que nous appel- 
lerons une personne morale brabançonne; elle 
avait le caractère d'un corps ecclésiastique et 
jouissait de tous les droits constitutionnels que 
possédaient les corporations du duché de Brabant. 
Nous verrons bientôt de quels privilèges extraor- 
dinaires elle était dotée. 

La population universitaire était absolument 
distincte de la bourgeoisie de Louvain. Son gou- 
vernement avait avec celui de la commune des 
rapports de puissance à puissance. Entre la ville 
et l'université s'échangeaient des services pécu- 
niaires, politiques, au besoin même militaires. S'il 



54 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

s'élevait entre elles des conflits périodiques, jamais 
on ne poussait les choses à l'extrême. On se sen- 
tait nécessaire l'un à l'autre; toujours on s'em- 
pressait de chercher un terrain de conciliation. 

Il arrivait cependant que la ville ou l'autorité 
princière violaient délibérément les privilèges 
dont l'université se montrait si jalouse. Dans ces 
moments, Y Aima Mater avait une arme toute 
prête, le fameux « cessus publicus », dont elle se 
servit surtout pour combattre l'intervention tra- 
cassière du gouvernement autrichien. 

Par « cessus publicus » il faut entendre la grève 
générale des étudiants et des professeurs, la sus- 
pension des cours, la fermeture des collèges et des 
auditoires et l'émigration en masse de Louvain. Ce 
« cessus » avait été érigé en une véritable institu- 
tion, puisqu'il existe une formule officielle pour 
notifier aux adversaires de l'université cette déci- 
sion extrêmement grave. Voici le texte de cette 
formule : 

« Nous, recteur et université du Studium de 
Louvain, nous notifions à tous ceux qui ces pré- 
sentes lettres verront que, à cause de certains 

règlements faits par et la publication 

de certaines ordonnances qui s'en sont suivies, la 
dite université a été gravement lésée en elle-même 
et dans la personne de ses suppôts, pour ce qui 
concerne les privilèges, libertés et honneur des 
dits suppôts. Nous ne pouvons, sans nous exposer 
au plus grand opprobre et préjudice, cacher ces 
griefs ou doléances. C'est pourquoi nous ordonnons 
à tous les docteurs, licenciés, bacheliers, etc., de 



LA SITUATION JURIDIQUE 55 

s'abstenir de tout acte d'étude ou scholastique, 
soit public soit privé » 

L'on aura remarqué l'expression par laquelle 
débute la formule du « cessus publiais » : « Recteur 
et université du Studium de Louvain. » Cette 
expression nous révèle la signification primitive 
des mots Universitas et Studium. Aujourd'hui, le 
mot université désigne généralement une institu- 
tion d'enseignement supérieur comme telle et si 
l'on entend par là la collectivité des professeurs et 
des étudiants, l'on y comprend aussi les bâtiments 
où l'enseignement se donne. Tel n'est pas le sens 
primitif du mot Universitas. Ce mot nous vient du 
moyen âge et désigne avant tout l'ensemble, la 
corporation des professeurs et des étudiants, à 
l'exclusion des bâtiments et de l'institution d'ensei- 
gnement comme tels. La formule complète est : 
« Universitas magistrorum et scholarium » ou 
« L'université, l'assemblée des maîtres et des étu- 
diants. » Ce que nous entendons aujourd'hui par 
université, l'institution d'enseignement en elle- 
même, était alors désigné par le mot Studium, 
Studium générale. « Université de Paris » se traduit 
au moyen âge par « Studium Parisiense ». L'on 
comprend donc comment il était possible d'em- 
ployer l'expression « Universitas studii Lovanien- 
sis », l'assemblée des maîtres et des étudiants de 
l'école ou université de Louvain. En Espagne, nous 
rencontrons la même formule : « Universidad del 
Estudio de Salamanca ». 

Si l'on veut comprendre le sens tout à fait pri- 
mitif du mot « Université », l'on doit remonter aux 



58 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

origines de l'université de Bologne, qui doit son 
existence à de véritables corporations d'étudiants. 
Tout comme il existait des corporations d'ouvriers, 
il existait des groupements d'étudiants, classés 
selon leur pays d'origine et qui suivaient des cours 
aux écoles de Bologne. Ces corporations ou grou- 
pements constituent les premières universitates ou 
universités dans le sens médiéval du mot. 

CHAPITRE II 
Les privilèges de l'Université. 

Parmi les principaux privilèges dont se trouvait 
dotée l'université de Louvain, nous devons 
mentionner en tout premier lieu celui qui met 
entre les mains du recteur la juridiction criminelle 
et civile sur tous les «suppôts » de l'institution. Nous 
y reviendrons en parlant du recteur. Nous ne 
nous arrêterons pas non plus au privilège, accordé 
par le duc Jean IV aux professeurs et aux étu- 
diants, du droit de libre « accès et recès », à Lou- 
vain et de l'exemption de tous les impôts, gabelles, 
péages, etc., que le duc exigeait d'ordinaire des 
bourgeois de Louvain. Nous avons fait ressortir 
toute l'importance de ce privilège en parlant de 
la fondation de l'université. Un des privilèges les 
plus féconds en conséquences fut accordé par le 
fondateur du Studium de Louvain, Martin V, par 
une bulle de 1426. Ce document pontifical prescrit 
qu'aucun docteur, maître ou étudiant de Louvain 
ne pourra être cité en justice en dehors des murs 
de la ville. Tous doivent être cités devant le tri- 



LES PRIVILÈGES 57 

bunal du recteur, qu'il s'agisse d'affaire civiles ou 
criminelles ou même mixtes, les causes profanes 
non exceptées. Ce privilège offre de grandes res- 
semblances avec la fameuse « Bulle d'or braban- 
tine » qui défendait à tous officiers de justice de 
citer les habitants du Brabant en dehors des fron- 
tières du duché. 

Le privilège accordé par Martin V et que l'on 
nomme le privilegium tractus, fut confirmé par le 
pape Pau] II (1469), à la demande de Charles le 
Téméraire, et étendu comme suit : « Non seulement 
les suppôts du Studium de Louvain ne peuvent être 
cités en justice en dehors de Louvain, mais encore 
peuvent-ils citer, rencontrer, appeler au tribunal, 
en première instance, tous leurs adversaires, et cela 
devant le conservateur des privilèges de l'univer- 
sité. » Nous aurons bientôt l'occasion de faire con- 
naissance avec le tribunal de ce dernier. Les papes 
Adrien VI et Clément VII (1523) étendirent ce 
privilège aux procès pour possession de bénéfices 
ecclésiastiques et Grégoire XIII condamna les 
contrevenants à une peine de 1,000 ducats d'or. 
Quoique l'autorité civile vît son autorité diminuée 
par la concession de cette grâce, Charles-Quint 
confirma indirectement le privilegium tractus dans 
toutes ses ordonnances. 

Parmi les privilèges accordés par le duc de 
Bourgogne, Charles le Téméraire, en 1471, il s'en 
trouve un qui présente un intérêt particulier pour 
le développement des institutions universitaires. Si 
quelque étranger ou quelque bâtard acquiert une 
maison, des vergers ou des jardins situés dans 



58 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

l'enceinte de la ville ou bien en dehors de l'enceinte, 
dans les limites de la « banmile » ou échevinage, et 
qu'il y achète ces propriétés soit pour sa récréation 
soit pour y échapper, lui, sa famille et ses domes- 
tiques, au danger de contagion en temps de peste, 
il pourra en disposer par testament ou par toute 
autre voie légale, pourvu que ce soit en faveur de 
collèges universitaires, déjà établis ou encore à 
établir, ou en faveur des églises de Louvain. Cette 
disposition permit la dotation de nombreux col- 
lèges et la fondation de nombreuses bourses d'études 
et contribua beaucoup à consolider les revenus 
financiers de l'université. 

Celle-ci se distinguait aussi par les privilèges 
extraordinaires accordés à une classe spéciale de ses 
maîtres et de ses étudiants : les ecclésiastiques. 
Les clercs étaient, on le sait, majorité dans les uni- 
versités médiévales et l'on comprend que les papes 
aient cru devoir prendre à leur sujet des mesures 
dérogeant aux règles ordinaires du droit canon, 
pour favoriser le régime des études. Une des règles 
les plus sévères du droit canon prescrivait à ceux 
qui étaient en possession d'un bénéfice ecclésiasti- 
que de résider sur place et de ne pas se faire rem- 
placer par d'autres dans la possession ou l'admi- 
nistration du bénéfice, surtout si celui-ci compor- 
tait charge d'âmes. Une bulle de Martin V (1425) 
excepta les membres de l'université, possesseurs 
d'un bénéfice ecclésiastique, de l'obligation si 
sévère de résidence et leur permit de jouir des 
fruits de tous les bénéfices pendant le temps de 
leurs études à Louvain. 



LES PRIVILÈGES 59 

Martin V accorda aussi des dérogations pour ce 
qui concerne la promotion aux ordres des maîtres 
et des étudiants qui possédaient un bénéfice. 
Ainsi, ceux qui obtiennent la nomination à un 
bénéfice pour lequel le grade de diacre ou de prêtre 
est requis sont exemptés de la promotion à ces 
grades ecclésiastiques pendant une durée de sept 
ans, pourvu qu'ils deviennent sous-diacre l'année 
même où ils prennent possession de leur bénéfice. 
Une autre dérogation aux règles du droit canon fut 
celle qui permit aux maîtres et aux élèves ecclé- 
siastiques, possesseurs d'un bénéfice, d'enseigner ou 
d'apprendre la science de médecine et de droit civil. 
Les étudiants pouvaient jouir de cette permission 
jusque sept ans après leur admission à l'université. 

Importants aussi sont les privilèges de nomi- 
nation aux bénéfices ecclésiastiques, accordés par 
les papes à l'université de Louvain. Cette matière 
étant fort abstraite, je préfère ne pas m'y arrêter. 
Je me bornerai à dire que, grâce aux privilèges 
accordés par le pape Sixte IV (1483) à l'université 
en général, par le pape Léon X à la faculté des 
arts en particulier (1513) et par le pape Paul V à 
la faculté des arts pour ce qui concerne le pays et 
le diocèse de Liège, l'université disposait d'un 
nombre important de bénéfices auxquels elle pou- 
vait nommer ses docteurs et maîtres. L'avantage 
financier qui en résultait pour les bénéficiaires per- 
mettait à Y Aima Mater de se montrer plus parci- 
monieuse dans le paiement de ses professeurs et 
allégeait considérablement les lourdes charges 
qui pesaient sur elle. 



60 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITE 

On comprend que, en possession d'un tel trésor 
de faveurs, l'université se résignait difficilement à 
la perte de l'une d'entre elles. Les luttes qu'elle a 
soutenues contre le pouvoir civil, contre les évêques 
de Liège, contre la curie romaine même et la 
menace fréquente du « cessus publicus » sont là 
pour prouver que, jalouse de ses prérogatives, 
Y Aima Mater savait se défendre contre quiconque 
tentait de les violer. La lutte de la faculté des arts 
contre les Jésuites à la fin du xvi e et au commen- 
cement du xvn e siècle et dont nous avons déjà 
parlé, en est un exemple frappant. 

CHAPITRE III 
L'organisation centrale de l'Université. 

A la tête des universités du moyen âge se trou- 
ve le conseil, « concilium » de l'université, 
composé des doyens et des professeurs des 
différentes facultés, des présidents des collèges, des 
régents des pédagogies et des autres membres nota- 
bles de l'institution. Il élisait, à des époques déter- 
minées, le recteur, chef effectif, qui administrait 
souverainement au nom du conseil. Le savant Pa- 
quot, bibliothécaire de l'université au XVIII e siècle, 
qui nous a laissé une histoire manuscrite de l'ins- 
titution, restée jusqu'ici inédite, décrit comme suit 
l'organisation de Louvain : « La forme du régime 
universitaire est monarchique, mais tempérée par 
une aristocratie; car si le recteur gouverne, c'est 
de concert avec le sénat académique; c'est ce der- 
nier qui modère et tempère tout et le recteur lui- 



L'ORGANISATION CENTRALE 61 

même dépend de lui. Le sénat académique, et 
par conséquent l'université, est constitué par les 
cinq facultés, dont la première est celle de théolo- 
gie, la seconde celle de droit canon, la troisième 
celle de droit civil, la quatrième celle de médecine, 
la cinquième celle des arts. Les doyens de cette 
dernière faculté, et les directeurs des quatre péda- 
gogies, que l'on nomme régents, et les professeurs 
publics, et les modérateurs de quelques collèges 
font partie du sénat académique; les maîtres es 
arts en sont exclus, à moins qu'ils n'aient été pro- 
mus depuis trois ans ou qu'ils aient enseigné pen- 
dant deux ans dans la faculté des arts ou dans 
quelque pédagogie ou dans le « vicus » ou école 
publique de la faculté des arts l ». 

Voilà la composition du sénat ou conseil acadé- 
mique. Ce conseil universitaire arrêtait librement 
les statuts et les règlements nécessaires pour la 
bonne administration de l'institution et en confiait 
l'exécution au recteur, dont les pouvoirs étaient 
souverains. 

« De ce sénat académique, dit encore Paquot, 
émanent les lois qui régissent l'université, et les 
édits qui sont promulgués selon la nécessité des 
temps. Les controverses judiciaires, soit au civil, 
soit au criminel, sont tranchées par la sentence 
du recteur. Les affaires courantes de moindre 
importance sont renvoyées à l'examen du recteur 
et des délégués ordinaires de l'université, compre- 
nant les doyens des cinq facultés, auxquels 
s'ajoutent plus tard le dictator et l'avocat fiscal, et 

i. Paquot, Fastt academici, II, f° 94 v°. 



62 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

sont solutionnées par eux. Les affaires importantes 
sont réservées à l'examen du sénat académique... » 

Le conseil de l'université ou sénat académique 
tient chaque année sept séances statutaires : quatre 
de ces séances sont réservées à l'élection du rec- 
teur, des assesseurs et des juges d'appel : elles 
avaient lieu à la fin de février, mai, août et novem- 
bre. Les trois autres séances se tenaient respecti- 
vement au I er octobre, pour l'ouverture des cours 
et la lecture des statuts universitaires; au 2 no- 
vembre, pour assister à la messe dite à l'intention 
des bienfaiteurs de l'université; au 22 décembre, 
jour consacré à confirmer dans leurs fonctions 
les employés sulbaternes. Le conseil est appelé en 
séance extraordinaire chaque fois que le recteur 
le juge opportun et qu'il en est lui-même requis 
par un des membres du conseil, pour examiner des 
affaires d'intérêt général. 

Parlons maintenant du recteur, rector magni- 
fions studii generali Lovaniensis. Le recteur est le 
chef de l'université : son principal office est de 
rendre la justice et de punir les étudiants coupables. 
Comme nous l'avons déjà dit en passant, il a la 
pleine juridiction sur les membres et « suppôts » 
de l'université. Nous verrons plus loin ce qu'il 
faut entendre par « suppôts ». Toutes les causes 
civiles et criminelles, personnelles et réelles, 
doivent être jugées par son tribunal. La police lui 
appartient et il est aidé par un ou plusieurs pro- 
moteurs. En théorie, les punitions dont il dispose 
ne sont pas seulement les censures ecclésiastiques, 
mais aussi des peines corporelles et temporelles, y 



L'ORGANISATION CENTRALE 63 

compris la prison et la mort. En réalité le code 
pénal de l'université était moins dur et plus ration- 
nel que le code pénal de l'époque. On y rencontrait 
bien la fustigation, doctement administrée en pré- 
sence des camarades et des professeurs du cou- 
pable, mais une des peines les plus redoutées et 
les plus usitées était le déclassement dans la liste 
des promotions, c'est-à-dire le rejet d'un étudiant, 
quels que fussent les talents dont il avait fait 
preuve, à la queue des élèves promus solennelle- 
ment à un grade académique. Le recteur appli- 
quait souvent aussi l'amende pécuniaire ou la peine 
du pèlerinage expiatoire l à accomplir dans un 
certain délai. 

Les sentences rectorales, au civil et au criminel, 
étaient passibles d'appel. Il existait une cour de 
revision et d'appel, composée de cinq membres, 
un par faculté, qui portaient le nom de Quinque 
judices appellationum, les cinq juges d'appel. 
L'étudiant accusé ne pouvait s'adresser à cette 
cour d'appel que lorsque sa protestation était 
fondée. Des peines sévères étaient appliquées à 
ceux qui allaient en appel sans motif sérieux, les 
maie, temere seu frivole appellantes. 

Pour les affaires d'administration de l'univer- 
sité, lé recteur consulte des assesseurs, c'est-à-dire 
un collège de cinq conseillers, un par faculté, qui 
étaient nommés par le conseil de l'université le 
jour de l'élection du recteur. 

i. Sur la peine du pèlerinage expiatoire dans l'ancien droit 
pénal belge, voir notre étude De straf - en rechterlijke verzoe- 
ningsbedevaarten in de middeneeuwen. Anvers, 191 1. 



64 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Le recteur était, en effet, élu par le conseil ou 
sénat académique. 

Jusqu'en 1446, les fonctions rectorales étaient 
trimestrielles; depuis cette date, le recteur était 
élu tous les six mois. Il pouvait être élu dans toutes 
les facultés sans distinction. Cette élection se fai- 
sait par compromis entre les cinq délégués des 
facultés, appelés intrantes. Dès que ces intrantes 
sont entrés dans le local de la réunion, on allume 
un cierge en cire, qui peut brûler une heure. Les 
délégués sont obligés d'élire le recteur avant que ce 
cierge ne soit entièrement consumé , sinon tout leur 
pouvoir cesse et, pendant un an, ils sont décla- 
rés incapables d'exercer quelque charge et de re- 
cevoir quelque honneur académique. Cette mesure 
sévère tendait évidemment à obvier aux longues 
discussions et aux intrigues qui pouvaient faire 
prolonger outre mesure l'élection du chef de l'uni- 
versité. 

La personne élue comme recteur doit être 
biretatus ou docteur; il doit être clerc, pour que, 
au besoin, il ait le pouvoir, en vertu de la permission 
accordée par Alexandre VI en 1501, d'excommu- 
nier les récalcitrants et d'exercer sa juridiction 
sur les étudiants ecclésiastiques. Le recteur ne 
peut pas être marié, encore moins être bigame, et 
ne peut appartenir à aucun ordre religieux. Si 
le recteur se marie pendant qu'il occupe le siège 
rectoral, on ne le prive pas immédiatement de sa 
dignité. Ce fut le cas de Pierre l'Apostole, docteur 
in uiroque, qui se maria avant la fin de son recto- 
rat. On ne le déposa point, mais le vice-recteur le 



L'ORGANISATION CENTRALE 65 

remplaça dans ses fonctions jusqu'à la nomination 
d'un nouveau recteur. 

Le recteur doit être assez riche pour pouvoir 
entretenir deux domestiques. C'est qu'il occupe 
une place prépondérante à Louvain. Lorsqu'il 
sort de chez lui, un bedeau le précède partout où il 
va, portant un sceptre en argent, et des domes- 
tiques le suivent. Tout le monde se découvre à son 
passage dans les rues et même les bourgmestres 
et magistrats s'effacent pour le laisser passer. 
Juste Lipse et Vernulaeus nous rapportent comme 
un fait authentique que lorsque le grand empereur 
Charles-Quint visita Louvain, il donna tout le 
temps la droite au recteur. Ce dernier a même le 
pas sur l'évêque du diocèse dans les cérémonies 
universitaires. Ceux qui avaient la prétention de 
ne point se conformer à ce cérémonial d'usage 
étaient vite rappelés à l'ordre. Ainsi, deux fois, 
en 1571 et en 1578, les nobles qui gouvernaient la 
ville au nom de l'Espagne essayèrent de précéder 
le recteur dans une procession publique, comme 
s'ils voulaient exprimer ainsi qu'ils gouvernaient 
la ville et l'université tout à la fois. On leur fit de 
sévères remontrances et ils ne recommencèrent plus. 

Dans les cérémonies publiques, le recteur est 
précédé de huit bedeaux portant un sceptre doré. 
Lui-même est vêtu de pourpre, et porte la capuce, 
c'est-à-dire un manteau court garni de fourrures 
au bord, qui lui couvre les épaules. 

Le recteur est élu par ordre des facultés, à moins 
que la faculté à qui revient l'honneur n'ait pas 
désigné de candidat. L'ancien recteur sortant de 



66 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

charge investit le nouvel élu par le sceau rectoral 
et par les autres attributs de son rang et lui met la 
capuce sur les épaules. Le nouveau recteur désigne 
ensuite son remplaçant éventuel ou vice-recteur, 
dans la faculté à laquelle il appartient lui-même. 

Comme l'expédition régulière des affaires cou- 
rantes pourrait être désorganisée par le change- 
ment d'abord trimestriel, puis semestriel, de rec- 
teur, elle se fait par un bureau ou personnel per- 
manent, dont les membres sont élus chaque année 
à des époques déterminées par les statuts. Avant 
de parler de ces fonctionnaires, nous devons encore 
dire quelques mots des séances du conseil univer- 
sitaire, que le recteur préside. 

Dans ces séances, le recteur communique au 
conseil les objets à discuter qui figurent à l'ordre 
du jour. On expédie immédiatement les affaires 
secondaires, de même que les suppliques, plaintes 
et motions. L'examen des affaires importantes était 
renvoyé à une commission composée d'un, quel- 
quefois de deux ou de trois membres de chacune 
des cinq facultés. Cette commission se réunissait 
après la séance, examinait l'affaire et faisait rap- 
port à la séance générale suivante. Il arrivait aussi 
qu'après la mise en discussion d'un objet, on sus- 
pendît momentanément la séance afin de per- 
mettre à chacune des facultés de se réunir en 
groupe séparé pour l'examen de l'affaire. A la 
reprise de la séance, communication de l'avis de 
chaque faculté était faite et la décision finale prise. 

La matière des discussions au conseil acadé- 
mique était la discipline universitaire et la défense 



L'ORGANISATION CENTRALE 67 

des privilèges de l'université. Contre le magistrat 
urbain on avait à défendre la franchise d'impôt 
sur la bière ; contre le clergé diocésain et principa- 
lement contre le clergé liégeois on avait à reven- 
diquer le privilège de percevoir, pendant le temps 
des études, les revenus des bénéfices, sans être 
astreint à la résidence, plus tard aussi celui de 
nomination à certains bénéfices. 

Les locaux de réunion pour le conseil acadé- 
mique n'étaient pas fixes. Jusque vers le milieu du 
xvn e siècle, l'élection du recteur se fait au cou- 
vent des Dominicains. C'est là aussi que se célèbre 
la messe pour les bienfaiteurs de l'université et 
qu'a lieu la résignation annuelle des employés 
subalternes. Le couvent des Augustins servait 
pour la réunion annuelle du I er octobre, lors de 
l'ouverture des cours. On y entendait un discours 
« de laudibus scientiarum », la publication des 
statuts et du programme des cours. Après, le corps 
académique tout entier assistait à la messe solen- 
nelle du Saint-Esprit, célébrée à Saint-Pierre. En 
1635, l'université acquit un local, appelé curie ou 
audience académique. C'est désormais là que se 
tinrent toutes les réunions du conseil. Cette curie 
abrite le tribunal du recteur ou de son délégué 
et l'on y juge deux fois par semaine, le mardi et le 
vendredi. Nous avons déjà dit qu'on pouvait appe- 
ler de ce tribunal à celui des cinq juges d'appel : il 
restait en fin de compte l'appel au Pape lui-même. 

Nous avons déjà mentionné souvent les facultés. 
Celles-ci ont chacune une certaine juridiction pour 
le régime des écoles qu'elles possèdent et dirigent. 



68 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Ceux qui constituent ce qu'on appelle le collège ordi- 
naire d'une faculté et qui dirigent les études de leurs 
«scholares» portent le nom de lecteurs (legentes) 
et de régents, et ils ont le droit d'édicter des statuts 
pour la faculté. En dehors du régime de la faculté, 
tout le monde est soumis au recteur, que les étu- 
diants reconnaissent comme leur juge unique. 

A côté du conseil académique et du recteur, nous 
rencontrons un vice-recteur. Cette charge n'est 
pas très importante. Lorsque le recteur s'absentait 
de la ville, il désignait, avec le consentement exprès 
ou tacite de l'université, un membre de sa faculté 
pour le remplacer. Les pouvoirs de ce remplaçant 
expiraient au retour du recteur. 

Nous avons parlé plus haut d'une espèce de 
bureau permanent qui expédie les affaires cou- 
rantes et qui assiste le recteur dans l'exercice de 
ses fonctions. Ce bureau compte tout d'abord deux 
membres qui assistent toujours, avec les doyens 
des facultés, aux réunions ordinaires et extraordi- 
naires du sénat académique. Ces deux membres 
sont le dictator et l'avocat fiscal. Le dictator ou 
secrétaire écrit toutes les lettres qui sont envoyées 
au nom de l'université. Cet office était annuel et ici 
aussi l'on avait introduit l'élection par ordre des 
facultés. Ce dictator était d'ordinaire un homme 
savant et compétent en droit. A l'époque de Valère 
André, soit dans la première moitié du xvn e siècle, 
on nommait le dictator dans la faculté de droit, 
soit pour plusieurs années, soit à vie. AuMébut de 
l'université, il y avait un Anglais comme dictator: 
Jacobus de Scotia (1447). 



L'ORGANISATION CENTRALE 69 

Quant à l'avocat fiscal, son office consiste à 
conserver les privilèges, les exemptions, les liber- 
tés, les concordats et les pactes en possession de ou 
passés par l'université, L'on ne doit pas le con- 
fondre avec les conservateurs des privilèges apos- 
toliques, dont nous parlerons plus loin. L'avocat 
fiscal intente les procès contre les personnes qui 
ont attaqué ou violé les privilèges académiques, 
tant en dehors des murs de Louvain qu'à l'inté- 
rieur de la ville. Il est invité à toutes les cérémonies 
officielles où paraissent les docteurs et les licenciés. 
Le premier avocat fiscal se rencontre en 1439, il 
s'appelle Arnould de Reysenaelde et est docteur 
en décrétales. 

Nous rencontrons ensuite le syndic. Alors que 
l'avocat fiscal doit intenter les procès pour la vio- 
lation des privilèges, le syndic poursuit tous les 
procès de n'importe quelle sorte où l'université 
est impliquée, qu'elle soit plaignante ou défende- 
resse, et prie le recteur d'exécuter les conclusions 
du procès. Depuis 1535, cet office fut uni à celui 
de promoteur, dont nous parlerons à l'instant. 

Vient ensuite le secrétaire ou actuarius de 
l'université. Il ne faut point le confondre avec 
le dictator. U actuarius est homme de loi, et il a 
le titre de notaire public, créé par l'autorité 
pontificale et princière, ou par l'une des deux. 
Il assiste à toutes les ordonnances, aux décrets 
et sentences rendues par l'université et aussi 
à toutes les réunions académiques. C'est lui 
qui note dans un registre spécial les conclu- 
sions auxquelles on s'est arrêté et qui rappelle 



70 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

au recteur quelles sont les décisions à exécuter. 

Nous avons à parler maintenant d'un office 
sulbalterne important, celui de promoteur. C'est 
le commissaire de police de l'université. Comme le 
recteur possède son tribunal spécial, auquel sont 
soumis tous les suppôts de l'Aima Mater, il est 
assisté par un officier judiciaire qui porte le titre 
de promotor. Celui-ci dénonce au chef de l'uni- 
versité tous abus, excès, transgressions et délits, 
commis par des membres de l'institution, et les 
dénonce sans exception de personne ou dissimula- 
tion quelconque. Sans l'ordre du recteur, il ne peut 
cependant ouvrir une information judiciaire pré- 
paratoire, procéder en justice ou abandonner un 
procès commencé. Il est obligé, lorsque cela paraît 
utile, de parcourir pendant la nuit les rues et les 
places publiques de Louvain, soit de sa propre 
initiative, soit par ordre du recteur, pour arrêter 
et conduire à la prison de l'université les étu- 
diants coupables de transgression des statuts ou 
de méfaits nocturnes. Dans cette besogne, il peut 
se faire aider par le chef de la police municipale, 
mais, comme la ville n'a aucune juridiction sur les 
membres de Studium, c'est au promoteur qu'in- 
combe l'arrestation et l'emprisonnement des étu- 
diants. 

Le promoteur avait une tâche difficile et ardue : 
les étudiants des universités médiévales ne le 
cédaient point en turbulence à ceux d'aujourd'hui. 
L'on aura une idée des délits que le promoteur 
était exposé à rencontrer dans ses promenades 
nocturnes par les places et les rues mal éclairées 



L'ORGANISATION CENTRALE 71 

de la ville en notant, dans les statuts de l'institu- 
tion, ceux qui concernent les mœurs et les habi- 
tudes des étudiants. Nous en reparlerons au cha- 
pitre où nous traitons de la vie des étudiants à 
Louvain. Le promoteur était obligé de suivre 
le recteur dans les processions publiques et dans 
toutes les cérémonies officielles où les docteurs 
et les licenciés sont invités et il était astreint à 
rendre à ceux-ci les honneurs dus à leur titre. Il 
avait sous ses ordres un certain nombre de subal- 
ternes, qui l'aidaient à arrêter et à emprisonner les 
étudiants coupables. L'université possédait une 
prison dans la rue de Malines; c'était là qu'on 
enfermait les scholares trop turbulents ou cou- 
pables d'avoir transgressé les statuts. On y atten- 
dait mélancoliquement d'être cité devant le tri- 
bunal du recteur et l'on y purgeait sa peine au pain 
et à l'eau, in pane doloris et aquae tristitiae, comme 
le disent les statuts. 

Quand nous aurons signalé encore les receveurs 
de l'université, chargés de la réception et de l'admi- 
nistration des divers revenus financiers, nous 
aurons passé en revue tous les fonctionnaires qui 
assistent le recteur dans l'exercice de ses fonctions. 

La dignité rectorale est la plus haute dignité 
universitaire. Immédiatement après le recteur 
vient ]e chancelier. « C'est la seconde dignité aca- 
démique, dit Valerius Andréas, le chancelier 
obtient la place tout près du recteur dans les réu- 
nions et les séances publiques et privées. » Même 
il arrive qu'il prend le pas sur le recteur et qu'il lui 
est supérieur en dignité. C'est lorsque, dans le 



72 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

chœur de l'église Saint -Pierre ou dans les écoles 
publiques de l'université, il donne sa bénédiction 
aux « gradués », qui lui sont présentés après leur 
examen par les maîtres ou les docteurs d'une faculté 
à l'effet d'obtenir la concession officielle de leur 
grade. 

La dignité de chancelier de l'université a été 
concédée à perpétuité au prévôt de l'église collé- 
giale de Saint-Pierre, qui était par tradition un 
membre des plus nobles familles brabançonnes. 
Le chancelier n'exerce pas, comme le recteur, une 
juridiction quelconque, mais, de par délégation 
du Saint-Siège, c'est lui qui confère les grades de 
licencié, maître ou docteur dans toutes les facultés. 
Cette collation des grades appartient au chancelier 
depuis la fondation même de Y Aima Mater. Dès les 
premiers temps, par suite de l'absence presque 
continuelle des prévôts de Saint-Pierre, c'est le 
doyen de cette église qui, de fait, a usurpé non seu- 
lement la fonction et le pouvoir de chancelier, 
mais encore le titre. Les prévôts protestèrent natu- 
rellement contre cette situation. 

Pour ce motif, lors de la « visite » de 1617, les 
archiducs Albert et Isabelle décrètent que le pré- 
vôt seul a la dignité et le titre de chancelier et 
peut seul conférer les grades. Toutefois, en son 
absence, le doyen reçoit le pouvoir, non le titre 
ni la dignité de chancelier; pour ce motif, l'on 
emploie la formule suivante lors de la collation 
des grades : « Nous, doyen de l'église collégiale de 
Saint-Pierre, en vertu du pouvoir de conférer les 
grades en cette université... » et non : « Nous, doyen 



L'ORGANISATION CENTRALE 73 

de Saint-Pierre, chancelier de cette université... » 
Ceci nous amène à donner quelques détails sur 
la collation des grades à l'ancien Studium, parti- 
culièrement aux arts. C'est de 147 1, d'après les 
uns, de 1441, d'après les autres, que date le sys- 
tème de classement aux examens, qui ressemble 
à celui des anciennes universités anglaises. 

Les candidats à la maîtrise es arts sont, après 
l'examen, rangés en trois séries et, dans chaque 
série, classés par ordre de mérite. La première 
classe comprend les rigorosi, ceux qui ont entière- 
ment satisfait; la seconde, les transibiles, ceux qui 
peuvent à la rigueur être admis; la troisième, les 
gratiosi, ceux dont le sort dépend de la bienveil- 
lance des examinateurs. Il existait encore une 
quatrième classe, celle des non-capables, dont les 
noms n'étaient pas publiés. Plus tard, la division 
en classes fut faite par les professeurs avant l'exa- 
men, et la compétition, ou le concours, se limitait à 
la question de savoir qui serait premier dans sa 
classe. Le premier des rigorosi devenait le fameux 
Primus de Louvain, honneur pour l'obtention 
duquel il y avait de fréquentes rivalités entre les 
collèges de la faculté des arts. Rien de plus mo- 
deste, au début, que la cérémonie de la proclama- 
tion du Primus. Les étudiants en philosophie se 
réunissaient dans la salle des arts pour entendre 
proclamer les noms de ceux qui avaient subi avec 
succès l'épreuve de l'examen. Ils s'habillaient de 
blanc et se paraient de rubans rouges ; ils ornaient 
leur chapeau de quelques plumes pour donner à 
la réunion un air de fête. Le Primus était le héros 



74 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

de la journée; on le félicitait publiquement et ses 
camarades le reconduisaient avec pompe. Un 
morceau de musique, composé pour la circons- 
tance et chanté en chœur, célébrait son triomphe 
et des banquets terminaient la cérémonie. On y 
montrait une gaîté sagement tempérée par la 
présence de quelques professeurs. Le collège auquel 
appartenait le Primus le fêtait pendant trois jours, 
pendant lesquels on sonnait la cloche jour et nuit. 

Plus tard naît la coutume de faire au vainqueur 
une réception triomphale dans la ville qu'il habite. 
Alors les cavalcades, les arcs de triomphe, les illu- 
minations, quelquefois même les médailles commé- 
moratives venaient attester la part que ses com- 
patriotes prenaient à sa victoire. Le retour du 
Primus devenait une marche triomphale qui, 
commencée à Louvain, ne s'arrêtait qu'à la porte 
de la maison paternelle. 

Ceux qui étaient regardés comme inidonei, 
incapables, n'étaient pas admis aux grades. S'il 
y avait égalité de voix pour et contre l'admission 
du candidat, le chancelier autorisait ce dernier à 
se présenter. Les idonei, ceux qui sont admis aux 
• grades par leurs maîtres, sont présentés, au nom 
de la faculté, par un docteur au chancelier. Le 
chancelier leur fait d'abord un petit discours sur 
la dignité de l'étude à laquelle ils se livrent, puis 
les nomme licenciés ou docteurs, priant le profes- 
seur qui présente le candidat de leur donner les 
insignes de leur grade. Toutefois, dans la plupart 
des cas, c'est le chancelier lui-même qui remet ces 
insignes. 



L'ORGANISATION CENTRALE 75 

Les actes de la faculté de théologie nous ap- 
prennent que, en 1559, les maîtres de cette faculté 
prétendirent qu'un usage ancien leur réservait à 
eux-mêmes la création des docteurs en théologie : 
ils obtinrent raison et le chancelier dut céder ici 
une partie de ses droits. De même, les actes de la 
faculté des arts nous indiquent que les futurs 
maîtres es arts reçoivent le bonnet et le titre des 
mains du président d'examens, sans intervention 
du chancelier, par suite d'une concession faite 
par le prévôt de Saint-Pierre en 1436. On constate 
donc ici une lutte contre les privilèges du chance- 
lier, analogue à celle qui se manifesta à l'université 
de Paris. 

La collation des grades était accompagnée, sur- 
tout pour la licence et le doctorat, de réjouissances 
coûteuses, comme banquets, bals, buvettes, etc., 
que l'on nommait « conséquences ». L'impératrice 
Marie-Thérèse trouvait que « ces dépenses exces- 
sives n'avaient rien de commun ni avec les études, 
ni avec l'avantage de l'université », et qu'elles 
« dérangeaient non seulement les études, mais 
aussi la fortune de plusieurs écoliers ». Conformé- 
ment à la tendance du gouvernement, qui inter- 
venait à tout moment, nous l'avons dit, dans 
l'organisation de l'institution, l'impératrice défen- 
dit la célébration de ces fêtes, excepté pour le 
doctorat, sous peine d'une amende de 300 florins 
pour l'organisateur de la réunion et de 50 florins 
pour les assistants. Par le même règlement, en 
date du 13 février 1755, elle défendit aussi sous 
des peines sévères de distribuer ou de faire distri- 



76 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

buer des gants, à l'occasion de la licence ou d'au- 
tres actes académiques qui la précèdent, l'usage 
d'employer un enfant à porter un bouquet ou un 
laurier devant le nouveau licencié, elle supprima 
le traditionnel plat de sucades au festin doctoral, et 
elle régla minutieusement la pompe des doctorats : 
pas plus de quatre-vingts personnes ne pouvaient 
être invitées au banquet. 

Après le recteur et le chancelier vient le conser- 
vateur des privilèges apostoliques : c'est la troi- 
sième dignité académique. Son rôle consiste à 
défendre et à conserver en toute occasion les pri- 
vilèges de l'Aima Mater. Cette charge fut créée 
par le pape Martin V en 1426. Les causes dont le 
conservateur des privilèges pouvait connaître 
furent indiquées par les concordats de Philippe le 
Beau (1495) et de l'empereur Maximilien (même 
année). Philippe le Beau, après avoir suspendu 
toutes les cours de conservateurs de privilèges, 
permit à l'université de garder la sienne, moyen- 
nant la réforme de quelques abus patents. Charles- 
Quint confirma ce privilège en 1518. 

Le conservateur des privilèges a un tribunal 
distinct du tribunal rectoral. S'agit-il du procès 
d'un bourgeois ou d'un étudiant contre un étu- 
diant, l'on cite devant le tribunal du recteur; 
s'agit-il d'un procès intenté par un étudiant contre 
un bourgeois ou un étranger, c'est devant le tri- 
bunal du conservateur qu'on se rend. Ce tribunal 
siégeait deux jours par semaine, le mercredi et le 
samedi. 

On peut citer devant ce tribunal les habitants 



L'ORGANISATION CENTRALE 77 

du Brabant et des autres provinces des Pays-Bas, 
et même ceux qui habitent la principauté de Liège. 
Au xvn e siècle Juste-Lipse se plaint de ce que 
l'existence de ce tribunal soit si violemment atta- 
quée par les villes de Flandre et que l'université 
se montre si faible à défendre l'institution. Le con- 
servateur des privilèges était d'ordinaire choisi 
parmi un certain nombre de dignitaires, désignés 
à cet effet par des bulles pontificales : tantôt c'est 
l'abbé de Tongerloo, tantôt le doyen de Saint- 
Pierre, tantôt le prévôt de Sainte-Gertrude, etc. 

Ce dignitaire avait sous ses ordres un certain 
nombre de fonctionnaires subalternes, comme le 
signator primarum litterarum, qui juge de la rece- 
vabilité des lettres de poursuite envoyées par le 
conservateur, des assesseurs et des notaires du 
tribunal. 

Pour compléter le tableau des institutions cen- 
trales de l'université, il nous reste à parler des 
bedeaux et des libraires. 

Les bedeaux, bedelli, sont au service du recteur 
et du sénat académique. Porteurs des insignes de la 
dignité rectorale ou des masses en argent de l'uni- 
versité, ils rehaussent par leur présence les céré- 
monies officielles. Le premier bedeau fut nommé 
par le magistrat communal de Louvain en 1426 et 
resta aux gages de la ville au moins jusque 1428. 
Il s'appelait Simon d'Oudorp et venait de Cologne. 
Même pour les dignitaires subalternes, on fit donc 
au début appel à l'université rhénane. 

Quant aux libr aires, nous avons déjà signalé 
leur existence à Louvain au début de l'Humanisme. 



78 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

L'office de libraire était très important dans les 
universités médiévales. On exigeait d'eux une 
grande loyauté en même temps qu'une délicatesse 
scrupuleuse. On leur défendait sévèrement de 
vendre des livres entachés d'hérésie ou d'acheter, 
sans l'autorisation préalable de l'autorité acadé- 
mique, des livres aux étudiants. Ceux-ci vendaient 
souvent leurs livres pour se procurer de cette 
manière de l'argent pour leurs fêtes ou leurs plai- 
sirs, quelquefois pour leurs débauches. 

Pour finir, disons quelques mots des suppôts*bu 
membres de l'université, et de l'immatriculation ou 
inscription obligatoire des maîtres et des étudiants. 

Les professeurs et les étudiants devaient se 
faire inscrire, intitulari, pendant la première quin- 
zaine de leur séjour à Louvain. On peut s'en rap- 
porter ici aux prescriptions des statuts de Cologne, 
qui servirent de prototype à ceux de Louvain. Ils 
disent au sujet de l'immatriculation : « Nous sta- 
tuons et nous ordonnons que tout maître, docteur, 
bachelier, et étudiant... se présente endéans la 
première quinzaine devant le recteur de l'univer- 
sité et prête le serment d'usage et se fasse inscrire 
sur le registre de l'institution; que personne, avant 
d'avoir accompli ces formalités, ne soit réputé 
membre de l'université et ne jouisse des privilèges, 
libertés et faveurs de cette institution, et ne suive 
les cours de quelque faculté. Que personne ne 
donne l'hospitalité pour plus de quinze jours à 
quelqu'un qu'il sait être venu à l'université pour 
cause d'étude et qui ne s'est pas fait inscrire. Le 
professeur, qui a été averti par le bedeau de la 



L'ORGANISATION CENTRALE 79 

présence d'un étudiant non immatriculé, doit 
cesser son cours jusqu'à l'expulsion de cet étu- 
diant. » 

Les listes d'étudiants, Matricula ou Liber inti- 
tulatorum, étaient écrites tout entières de la 
main du recteur, auquel l'étudiant offrait, à cette 
occasion, une légère gratification, à moins qu'il 
ne fût pauvre ou dispensé pour des motifs sérieux. 
A l'origine, l'étudiant payait au recteur lui-même : 
dès 1441, il versait la somme entre les mains du 
receveur de l'université. Avant d'être inscrit, 
l'étudiant devait prêter le serment d'observer les 
droits, privilèges, libertés et statuts universitaires, 
de ne pas troubler la paix et la tranquillité de 
l'institution, de garder obéissance au recteur et à 
l'université. Du moment qu'un étudiant n'était 
pas immatriculé, il ne pouvait citer quelqu'un 
devant le tribunal du recteur ou du conservateur 
des privilèges. 

Oui était réputé étudiant, scholaris ? Les statuts 
primitifs regardent comme étudiants ceux qui, 
pendant la majeure partie de l'année scolaire, ont 
fréquenté les leçons de la faculté pour laquelle ils 
se sont fait inscrire, à moins qu'ils n'aient changé 
par après de faculté (copie de 1465). 

Nous avons parlé du serment que les étudiants 
devaient prêter lors de leur inscription. Dès 1545, 
un nouveau serment fut imposé, conçu en ces 
termes : « Je jure que je déteste de toute mon âme 
tous les dogmes de Martin Luther et de tous les 
autres hérétiques qui contredisent la doctrine de 
la vieille Église catholique romaine et je jure aussi 



SO ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

de vouloir accepter et confesser l'ancienne foi de 
cette Église sous l'obéissance d'un seul pasteur, le 
Souverain Pontife ». 

Une nouvelle profession de foi fut prescrite par 
un bref de Pie IV du 5 février 1561. En 1579, l'uni- 
versité exige cette profession de foi non seulement 
de tous les professeurs et des futurs docteurs, 
mais aussi de tous ceux qui sont inscrits à la matri- 
cule, sous peine de ne plus jouir des privilèges 
universitaires. 

Qu'entend-on maintenant par membres ou 
« suppôts » de l'université? C'est le texte de la 
« visite » de 1617 qui va nous l'apprendre. D'après 
ce texte, sont considérés comme « suppôts » de 
l'université et jouissant de tous les privilèges de 
l'institution : i° Tous les docteurs et les licenciés 
des facultés supérieures, c'est-à-dire des facultés 
de théologie, de droit et de médecine ; 2° Les bache- 
liers des facultés supérieures et les docteurs es 
arts (biretati) qui continuent leurs études. Si 
ces derniers ne continuent pas leurs études et 
s'adonnent à des professions contraires à toute 
occupation libérale, soit qu'ils se fassent mar- 
chands ou tenanciers de tavernes, « versant sans 
distinction la bière aux suppôts de l'université 
et aux bourgeois de la ville », soit qu'ils deviennent 
employés de l'administration laïque, receveur des 
contributions, bailli, drossard ou officier de jus- 
tice, on ne les comptera plus parmi les suppôts 
de l'université; 3 Si les bacheliers des facultés 
supérieures et les docteurs es arts ne continuent 
pas leurs études, ils seront regardés comme sup- 



L'ORGANISATION CENTRALE 81 

pots de l'université, du moment qu'ils n'exercent 
aucun commerce, même s'ils prennent chez eux 
des étudiants à loger; 4° Tout comme ceux qui 
sont au service de l'université, même s'ils n'ont 
pas fait d'études ou conquis un grade, sont censés 
faire partie de cette institution; ceux qui sont au 
service de la ville de Louvain seront considérés 
comme faisant partie de la cité et tombant sous 
la juridiction séculière, même s'ils ont conquis 
des grades à l'université; 5 Sont encore considérés 
comme suppôts les licenciés des facultés supé- 
rieures qui ont un office stable de la ville ; ceux-ci 
garderont toute leur vie la faculté d'user des pri- 
vilèges universitaires; 6° Tous les étudiants imma- 
triculés et qui fréquentent actuellement les cours ; 
7 Tous les monastères incorporés à l'université 
et où l'on donne des cours et où l'on se livre à 
l'étude; 8° Toutes les veuves des docteurs et des 
licenciés des facultés supérieures, qui ne se rema- 
rient point, qui ne changent ni de condition ni de 
qualité et qui ne se livrent pas au commerce ; 9 Les 
imprimeurs jurés, les vendeurs de livres ou libraires 
admis et approuvés par l'université, qui n'exercent 
aucun métier « profane »; io° Les bedeaux des 
cinq facultés ; ii° Les notaires, procureurs et 
exécuteurs du tribunal du recteur et de celui du 
conservateur des privilèges, dûment admis, pourvu 
qu'ils n'exercent aucun commerce; 12 Le messa- 
ger de chaque administration universitaire ; 13 Un 
receveur par collège, exerçant lui-même sa fonction 
et n'ayant pas de gagne-pain principal ailleurs; 
14 Les domestiques et les servantes qui logent 



82 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

sous le toit des suppôts et qui n'exercent aucun 
commerce. 

Cette énumération aura eu l'avantage d'avoir 
mis en lumière la composition détaillée du grand 
corps universitaire, la réelle puissance que pos- 
sède l'université comme telle et que nous avons 
essayé de déterminer en disant qu'elle constituait 
un État dans l'État, la haute idée qu'elle se faisait 
de sa dignité et de celle de ses membres. L'on aura 
mieux compris aussi combien fréquents devaient 
être les conflits à propos des privilèges, puisqu'un 
si grand nombre de personnes, y compris les domes- 
tiques et les servantes des professeurs, étaient cen- 
sées faire partie de l'institution et se trouvaient 
sous son puissant patronage. 

CHAPITRE IV 
La vie des étudiants à Louvain. 

Nous possédons assez bien de renseignements 
sur la vie des étudiants dans les universités 
médiévales prises en général, mais lorsqu'il 
s'agit de déterminer d'une façon précise comment 
les étudiants se conduisaient dans telle université 
' en particulier, la tâche devient plus difficile. Pour 
Louvain, c'est à grand'peine que nous pouvons 
glaner quelques renseignements dans les délibéra- 
tions du sénat ou conseil académique et dans les 
statuts et règlements officiels publiés soit par 
l'autorité académique elle-même, soit par le gou- 
vernement autrichien. Tels qu'ils sont là et malgré 
leur peu de cohérence, ces détails ont leur valeur. 



LA VIE DES ÉTUDIANTS 83 

J'ai essayé d'en tirer le plus de parti possible pour 
donner une idée approximative de la vie des étu- 
diants à l'Aima Mater brabançonne. 

Dès que l'étudiant de Louvain avait pris son 
inscription endéans les quinze jours de son arrivée 
à l'université, il se cherchait un logement. S'il 
était pauvre et sans ressources, il pouvait toujours, 
à certaines conditions, se faire héberger dans les 
innombrables collèges, dont la ville était remplie 
et qui avaient été fondés dans le but d'hospita- 
liser des étudiants dépourvus de moyens. Les étu- 
diants de Louvain, exception faite pour certaines 
catégories de la faculté des arts, n'étaient pas 
obligés de vivre dans les collèges. Ils pouvaient se 
choisir un logement en ville, chez les bourgeois, et 
un grand nombre profitaient de cette permission. 

Ils étaient tenus de suivre certaines prescriptions 
concernant le costume à porter en ville et au cours. 
Tout comme les docteurs et les maîtres, les étu- 
diants sont obligés de porter la toge : ils ne peuvent 
assister aux réunions, messes solennelles, proces- 
sions ou autres actes publics universitaires si ce 
n'est en habit décent et long, leur venant jusqu'aux 
talons. Pour assister au cours, leur vêtement supé- 
rieur doit atteindre près du talon d'au moins une 
paume de main. Si, par hasard, quelqu'un arrive 
au cours vêtu d'une façon indécente ou excen- 

s 

trique — ce que l'on appelait alors barbarizare — 
il était cependant défendu à ses camarades de 
l'accueillir par des cris, comme cela se pratiquait 
à l'université de Paris, et de l'appeler : «Barbare ! 
barbare ! » On exhorte les gradués à apparaître en 



34 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

toutes circonstantes en habits longs et décents et à 
enlever leur manteau uniquement dans les actes 
solennels, les réunions, les messes et les processions. 
On les prie de ne pas porter des capuces à rouleaux, 
des souliers à pointe, des tuniques avec manches 
ailées et larges; ce sont là des nouveautés qu'il 
faut laisser aux « dandies » de l'époque et qui ne 
conviennent point au caractère sérieux des gens 
d'étude. Le port des armes était sévèrement 
défendu. L'on peut croire qu'un certain nombre 
d'étudiants ne se souciaient pas beaucoup de ces 
prescriptions, car le fait de les voir si fréquem- 
ment rappelées dénote assez qu'on ne les observait 
pas toujours ou qu'on feignait d'ignorer leur exis- 
tence. 

Les étudiants couraient par les rues la tête coiffée 
d'une toque ou d'un bonnet, garni quelquefois 
d'une plume, un petit mantelet à capuchon sur les 
épaules, la tunique fermée par des lacets sur la 
poitrine et des chausses de couleur sombre moulant 
Les jambes. Ils portaient mie ceinture à laquelle 
pendait une lanterne pour s'éclairer le soir dans 
les rues obscures, et souvent ils étaient armés d'une 
rapière, quelquefois d'un poignard, en dépit des 
défenses académiques. 

Les étudiants de la faculté des arts semblent 
avoir été les plus turbulents. « L'étudiant es arts, 
dit le chancelier Prévostin parlant de l'université 
de Paris, court la nuit tout armé par les rues, brise 
les portes des maisons et remplit les tribunaux 
du bruit de ses esclandres. » A Louvain aussi les 
« artistes » sont les moins disciplinés : continuelle- 



LA VIE DES ÉTUDIANTS 85 

ment l'on rencontre des Ordinationes venerandae 
Facultatis Artium circa quosdam excessus suorum 
studiosorum. 

Si l'on doit regarder tous les délits fréquem- 
ment défendus par les statuts comme existant en 
réalité, — et la fréquence des avis semble permettre 
cette supposition, — -les étudiants promenaient par 
les rues de la ville des filles publiques, en compagnie 
de bourgeois; d'autres n'hésitaient pas à héberger 
chez eux ou dans les environs de leur quartier des 
femmes adultères ou des concubines, crime que 
l'autorité punissait de la suspension ou de la perte 
des privilèges universitaires. Mais ce n'étaient 
probablement là que des cas exceptionnels. 

Les actes de l'université et les comptes rendus 
des séances du conseil académique sont remplis 
de plaintes à propos des noctivagi ou coureurs de 
nuit. Il était défendu aux étudiants, déjà dès 1476, 
de parcourir les rues de la ville après que la cloche 
de Saint-Michel eût sonné le soir, en hiver à 
9 heures, en été à 10 heures. Exception était faite 
pour ceux qui se montraient en rue en compagnie 
d'un docteur ou d'une personne sérieuse, portant 
une lanterne allumée. Après le dernier coup de 
cloche, le promoteur et ses acolytes pouvaient arrê- 
ter tous les étudiants qu'ils trouvaient encore 
attablés dans les tavernes, les maisons publiques, 
les endroits de prostitution, ou ils s'attardaient 
pour leur simple amusement ou pour y passer 
la nuit. 

Les étudiants de Louvain buvaient ferme. Plus 
d'une fois, le soir, par les rues tortueuses et faible- 



83 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

ment éclairées de la vieille cité brabançonne, le 
promoteur et ses agents, embusqués derrière un 
coin de maison ou dans l'encoignure d'une porte, 
pouvait les voir arriver en file, zigzaguant, dan- 
sant, disparaissant subitement par la porte basse 
d'une petite taverne, d'où lui arrivait bientôt 
l'écho de leur chanson favorite : 

Mini est propositum in taberna mori, 
Vinum sit appositum morientis ori. 
Ut, cumque dum venerint angelorum chori, 
Deus sit propitius huic potatori 1 . 

Le fait que les étudiants brabançons se rafraî- 
chissaient libéralement le gosier nous est attesté 
par plus d'un étranger visitant Louvain au cours 
du xvi e siècle. « A Louvain, écrit l'un d'eux, les 
étudiants vous considèrent comme ami lorsque 
vous êtes aussi fort qu'eux à vider un verre et l'on 
vous tient pour ennemi si vous ne savez pas boire 
jusqu'à ce que successivement les yeux, la bouche, 
les bras et les jambes refusent tout service. » Le 
cardinal Bellarmin lui-même, qui fut envoyé 
pendant quelques années à Louvain pour y restau- 
rer sa santé chancelante sous ce climat exception- 
nellement bienfaisant, et qui prêchait périodique- 
ment pour les étudiants dans l'église Saint-Michel, 
n'hésita pas, un soir qu'il avait fait un beau ser- 
mon sur la mort, à l'occasion du 2 novembre, à 

t. f'ai l'intention bien droite de mourir dans une taverne, 
De mourir en portant le verre de vin à la bouche. 
Lorsque le chœur des anges viendra me chercher, 
Que Dieu me soit alors propice, à moi, malheureux buveur 1 



LA. VIE DES ÉTUDIANTS 87 

tonner vigoureusement contre ce vice des étu- 
diants : « Louvain ! Brabant ! Belgique ! s'écria-t-il, 
prenez garde que l'ébriété, qui est un de vos vices 
coutumiers, ne vous fasse oublier la mort et le 
jugement dernier l ! » 

Les étudiants présents à ce sermon ne s'offus- 
quèrent point de cette cinglante apostrophe : ils 
voulurent montrer leur bon cœur en demandant 
au prédicateur de faire imprimer son sermon. 

Après avoir gaudriole dans les tavernes, les noc- 
tivagi sentaient germer dans leur cerveau embué 
les projets les plus drôles, les plus extraordinaires. 
Quel plaisir pour eux de se cacher dans un coin 
obscur et d'y attendre le passage d'un brave bour- 
geois de Louvain rentrant tranquillement pour 
dormir ! Tomber sur lui à l'improviste, le rosser, 
le malmener était vite fait, puis la bande se dis- 
persait, pour ne pas tomber entre les mains du 
promoteur. Quelquefois, à bout d'invention, on 
allait faire une promenade sur les remparts, on s'y 
emparait de quelque vieille bombarde, canon res- 
pectable qui semblait prêt à repousser une nou- 
velle attaque de Martin Van Rossum ou du duc 
d'Alençon, on s'y attelait et on traînait cette arme 
de guerre à travers les rues mal pavées, faisant 
sursauter dans leur lit les paisibles bourgeois. Puis, 
las de ce jeu, et très embarrassé par ce lourd engin, 
on finissait par précipiter la pauvre bombarde 
dans les eaux noires de la Dyle, qui passait en cla- 
potant sous les vieux ponts. Souvent, ces cou- 

i. Édition (du sermon) datée de Cologne, 1626. Voir le 
passage cité, à la p. 444 de cette édition. 



88 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

reurs nocturnes traînaient derrière eux tout un 
arsenal : les statuts de l'université nous parlent 
de longues épées, de hallebardes, de lances, de 
marteaux, de boules de fer. Toute cette ferraille 
ne servait probablement qu'à faire du bruit et à 
effrayer dans son sommeil le « philistin » louvaniste, 
l'ennemi héréditaire, qui s'offusquait des privi- 
lèges des étudiants, qui haïssait leur arrogance et 
leur dévergondage, et qui prenait sa revanche en 
les exploitant consciencieusement. 

Quelquefois ces armes servaient à des rixes qui 
s'élevaient entre étudiants après une partie de jeu: 
les tavernes voyaient souvent les scholares jouer 
aux dés ou à d'autres jeux de hasard, à l'insu du 
promoteur et des autorités académiques. Celles-ci 
se montraient très sévères pour les joueurs et punis- 
sait leur délit d'une amende de trois florins du Rhin. 

On ne respectait pas toujours non plus la pro- 
priété privée et plus d'une fois les jardins, les ver- 
gers et les vignes des suppôts de Y Aima Mater 
recevaient la visite des braillards nocturnes. De 
même l'on cassait à coups de pierres les fenêtres 
des maisons du magistrat, des bourgeois, des profes- 
seurs. Malheur à ceux qui tombaient alors entre les 
mains du promoteur ! Immédiatement ils allaient 
réfléchir dans la prison de la rue de Malines à ce 
qu'il en coûte de ne pas rentrer à dix heures du soir 
en discutant gravement avec quelque personne 
sérieuse des problèmes de philosophie. 

Étant donné la fréquence de ces désordres noc- 
turnes, les logeurs étaient tenus d'ouvrir leur mai- 
son et de laisser visiter les chambres des étudiants, 



LA VIE DES ÉTUDIANTS 89 

à toute heure du jour et de la nuit, pour que le pro- 
moteur pût se rendre compte qu'on n'y cachait 
pas des armes ou qu'on n'y tenait pas des réunions 
prohibées. Pour violer le domicile privé, le pro- 
moteur devait cependant montrer une permission 
régulière et expresse du recteur. 

Que l'on ne s'imagine pas maintenant que le 
portrait que je viens de tracer est celui de tous les 
étudiants de l'ancienne université de Louvain. 
L'on a dit : « Les peuples heureux n'ont pas d'his- 
toire. » De même les étudiants modèles n'ont pas 
d'histoire l . Dans les documents qui nous restent 
de l'ancien Studiam de Louvain, il n'est question 
que de cette catégorie très spéciale de scholares 
qui eurent toujours maille à partir avec l'autorité. 
C'est pour eux que sont rédigés toutes ces prescrip- 
tions, tous ces règlements sévères, et ce serait 
certainement se méprendre sur les conditions de 
vie et de moralité d'un pays que de les étudier uni- 
quement dans son code pénal. 

Les étudiants des collèges et des pédagogies 
étaient moins bohèmes, moins turbulents que ceux 
qui logeaient en quartier, d'abord à cause des 
règlements assez sévères régissant ces collèges, 
ensuite parce que toute velléité d'inconduite 
pouvait leur faire perdre la bourse grâce à laquelle 
ils étudiaient, ou les faire expulser du collège où 
ils étaient gratuitement logés et nourris. Les 

i. On aura une idée précise de ce qu'était l'existence d'un 
étudiant « sans histoire », en lisant l'intéressant article de 
M. J. VVils, Les dépenses d'un étudiant à l'université de Louvain 
(1448-1453), dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclé- 
siastique de la Belgique, 3 e sér., t. II, pp. 488 et suiv. 



90 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

désordres et les conspirations contre l'autorité 
dans ces collèges étaient sévèrement punis; ceux 
qui visitaient les tavernes étaient fortement répri- 
mandés. Pour leur éviter de céder aux tentations, 
les présidents des collèges ne laissaient pas sortir 
leurs étudiants le soir des jours de vacances ou de 
suspension des cours et des peines variées punis- 
saient ceux qui se présentaient au collège après 
la fermeture des portes. Celles-ci, aux termes de la 
« visite » de 1617, devaient se fermer dans les col- 
lèges des juristes et des théologiens dès l'heure 
du souper et après le repas du soir plus personne 
ne pouvait sortir sans une permission spéciale du 
président ou des régents. Les statuts élaborés en 
1785 pour le collège de la Sainte-Trinité, qui appar- 
tenait à la faculté des arts, sont particulièrement 
instructifs pour comprendre le régime des collèges. 
Il arrivait souvent que, lorsque les étudiants 
étaient à court d'argent, ils n'hésitaient pas à 
vendre leurs livres chez les libraires ou à les donner 
en gage aux prêteurs lombards. Les statuts de 
l'université s'élèvent hautement contre cet abus : 
ils déclarent gravement que, « tout comme le sol- 
. dat a besoin de ses armes, les étudiants ont besoin 
de leurs livres ». Aussi tous les libraires admis et 
reconnus par l'Aima Mater étaient obligés d'affi- 
cher bien en évidence aux fenêtres de leur bou- 
tique un extrait du chapitre IV des statuts uni- 
versitaires, qui leur défendait sévèrement d'ache- 
ter des livres à des étudiants âgés de moins de 
25 ans, sans la permission spéciale du recteur ou des 
autorités académiques. 



LA VIE DES ÉTUDIANTS 91 

Les statuts de la faculté des arts de 1639 défen- 
dent aussi de nager dans les rivières et de patiner 
sur la glace en hiver. L'on peut douter que ces 
prescriptions aient toujours été observées. 

Il était d'usage dans la plupart des universités 
médiévales de soumettre les étudiants de première 
année, les « bleus » (les be jauni disait-on alors), à 
toutes sortes d'exercices et d'épreuves, qui consti- 
tuaient souvent pour ces malheureux un véritable 
martyre. Ce n'est qu'après avoir traversé ces épreu- 
ves qu'on les jugeait dignes de faire partie du 
corps des étudiants. 

Ainsi, à l'université de Paris, on coiffait les bleus 
de casques en papier munis de longues oreilles, 
on leur enduisait le visage de savon, on les affu- 
blait de toutes sortes de vieilles hardes. Puis on 
leur faisait la chasse, leur rasant la figure avec des 
couteaux en bois, leur arrachant leurs oreilles de 
papier avec des pinces de même matière, les mal- 
menant le plus possible. Cette chasse à l'homme 
leur apprenait, disait-on, « à rentrer les cornes de 
l'orgueil, à ouvrir l'esprit, à comprendre la signi- 
fication de la vie ». Après avoir subi ces tortures 
les be jauni étaient obligés de payer toutes sortes 
de taxes à leurs aînés, qui avaient, ils le disaient 
eux-mêmes, « ventres vuydes et appétit strident ». 

A l'université de Cologne, les « bleus » étaient 
d'abord soumis à un interrogatoire où on leur 
posait toutes sortes de questions captieuses. Puis 
au milieu de clameurs étourdissantes et de danses 
folles, on les traînait par les rues jusqu'à une place 
publique, où on leur administrait un bain vigou- 



92 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

reux. Après cette douche, ils étaient reçus comme 
étudiants. 

L'université de Louvain, qui s'est inspirée dans 
ses statuts des universités de Paris et de Cologne et 
qui a fait venir de ces deux Studia célèbres ses pre- 
miers professeurs, ne peut s'enorgueillir d'avoir 
vu ses étudiants emprunter aux étudiants fran- 
çais ou teutons les cérémonies comiques qui fai- 
saient la terreur des élèves de première année. 

u Je n'ai pas rencontré dans mes recherches, 
dit l'historien de l'université, Valère André, 
d'indice de l'existence d'épreuves de ce genre 1 . » 

Les statuts de la faculté des arts, datant de 1433, 
défendent expressément de molester ou d'exploiter 
les jeunes gens qui, après avoir quitté les petites 
écoles, venaient suivre les cours à la faculté des 
arts. Tout ce qu'on demandait d'eux, c'était de 
verser, à la fin de leur première année d'études, 
comme taille pour la déposition de leur Bejanium 
ou la cessation de leur condition de « bleu », un 
demi grifon à la pédagogie où ils avaient été logés 
et où ils avaient suivi les cours. 

Pour le reste, la faculté mettait tout en œuvre 
pour que les nouveaux « philosophes » ne fussent 
molestés, tentés, éprouvés, exploités d'aucune 
manière. 

Au xvm e siècle, nous constatons cependant 
l'existence d'une sorte d'épreuve pour les jeunes 
étudiants, connue sous le nom de physicatio. Elle 
semble avoir consisté en une rossade vigoureuse, 
à laquelle les « physiciens » de la faculté des arts 

1. Fasti academici, p. 241. 



LES FACULTÉS 93 

soumettaient les jeunes « humanistes » du collège 
de la Sainte-Trinité. Cette physicatio devait être 
accompagnée de scènes violentes, car Marie-Thé- 
rèse finit par l'interdire sous les peines les plus 
graves, comme contraire au bon ordre et à la 
dignité qui devait régner à l'université. 

Les étudiants de Louvain se montrèrent en toute 
occasion de bons patriotes et des gens sans peur et 
sans reproche. Lors du siège de la ville par Martin 
van Rossum, ce furent eux qui chargèrent et 
mirent en fuite les bandes de mercenaires; lors 
de l'attaque de Louvain par le duc d'Alençon, ils 
aidèrent vigoureusement la garnison à repousser 
les Français; plus tard encore, lors de l'invasion de 
Louis XIV, ils creusèrent des retranchements et 
travaillèrent à mettre les remparts en état de 
défense. 

CHAPITRE V 

Les Facultés, 
leur organisation et leur enseignement. 

i. FACULTÉ DES ARTS. 

LA faculté des arts était destinée à l'étude de la 
philosophie, des lettres, des sciences naturelles 
et physiques telles qu'elles s'enseignaient 
alors. «Entre les facultés de l'université de Louvain, 
écrit Valère André, et qui constituent l'université 
elle-même, la faculté des arts est le fondement et 
la base des autres facultés. » En effet, pour pou- 
voir se faire inscrire aux facultés de théologie, de 
médecine et de droit, on devait d'abord avoir suivi 

6 



94 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

les cours de la faculté des arts et avoir conquis 
le titre de magister artium. Une particularité de 
la faculté des arts dans presque toutes les univer- 
sités médiévales, c'est que ses étudiants sont divi- 
sés en nations. On constate le fait aussi bien dans 
les anciennes universités françaises que dans les 
universités italiennes et allemandes. A Paris sur- 
tout, la division en nations était importante : elle 
était cependant artificielle, en ce sens que toutes 
les nations n'étaient pas représentées séparément; 
elle devait son origine au désir de faciliter l'admi- 
nistration. Chaque nation avait, en effet, à sa tête 
un procureur, qui représentait ses « nationaux » et 
qui traitait en leur nom avec les autorités acadé- 
miques. 

La faculté des arts de Louvain groupait ses 
maîtres et ses étudiants en quatre nations, érigées 
par sentence arbitrale en 1435 : Brabantia, Gallia, 
Flandria, Hollandia 1 . La nation Gallia comprenait 
les étudiants du royaume de France et de ses 
domaines soumis, avec le territoire de Cambrai; 
la Flandria groupait les étudiants du comté de 
Flandre, des comtés de Hainaut et de Namur et 
ceux de la ville de Malines; la Hollandia, ceux de 
Hollande, de Zélande, de Frise, du territoire 
d'Utrecht et de tous les pays maritimes du nord 
(Anglais, Suédois, etc.). La nation Brabantia 
comptait les étudiants du duché de Brabant et de 

1. Il ne faut pas confondre les nations de la faculté des arts 
avec les groupements nationaux d'étudiants, sorte de clubs, 
dont M. J . Wils a étudié un exemple dans sa publication Les 
étudiants des régions comprises dans la Nation germanique à 
l'Université de Louvain, 2 vol. Louvain, 1909-1910. 



LES FACULTÉS 95 

tous les territoires non compris dans les autres 
catégories. En 1448, les étudiants du pays de Liège 
et du comté de Looz furent annexés à la Gallia. 
On voit donc que cette division, tout comme à 
Paris, était artificielle et moins logique que la 
division de l'ancienne université de Bologne, où 
l'on distinguait les Cismontani et les Ultramontani, 
les étudiants d'Italie et ceux d'au delà des Alpes. 
Les dignités dans la faculté sont décernées gra- 
duellement dans l'ordre des nations (Brabantia, 
Gallia, etc.). Comme à Paris, chaque nation a son 
procureur, qui doit convoquer les membres de 
la nation. Dans les délibérations universitaires, 
toutes les nations délibèrent cependant ensemble, 
sous la présidence d'un doyen unique. 

Le caractère artificiel et tout administratif des 
nations, en dehors de toute idée de groupement 
géographique, nous est clairement démontré par 
une ordonnance de la faculté des arts, datant de 
1615. D'après cette ordonnance, feront désormais 
partie de la natio Brabantiae : le régent du collège 
du Lis, le sous-régent du collège du Château, le 
professeur primaire du collège du Lis, etc. Or, il 
n'est pas du tout certain que ces personnages 
étaient toujours des Brabançons, et non des Fla- 
mands ou des Liégeois. En 1615 certainement, la 
division en nations n'était plus que purement 
administrative, et ne donnait aucune indication 
sur la nationalité de ceux qui étaient classés dans 
telle ou telle nation. 

L'organisation de la faculté des arts est très 
intéressante à étudier. Elle comprend, comme 



96 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

administration centrale, deux conseils : le minus 
et le mains consilium. Le minus consilium com- 
prend le doyen, le receveur, les doyens des quatre 
nations et les régents des quatre pédagogies. C'est 
ce conseil qui possède le droit de nommer les 
maîtres es arts aux bénéfices ecclésiastiques. Le 
majus consilium, c'est la réunion des membres les 
plus savants (lectissimi), dont plusieurs sont déjà 
licenciés en théologie ou en droit, docteur es arts 
ou en philosophie. La faculté possédait pour ses 
réunions un local en propre depuis 1444. Le doyen 
de la faculté des arts est élu tous les quatre mois, 
chaque fois dans une nation différente ; au xvn e siè- 
cle, la dignité était trimestrielle. Il vient immédia- 
tement après les docteurs des facultés supérieures : 
aux cérémonies officielles de l'université et de la 
faculté, il est toujours précédé d'un bedeau por- 
tant le sceptre. 

L'enseignement de la philosophie était, au début 
de l'université, entièrement entre les mains des 
régents, qui peuvent enseigner dans les endroits 
ou aux heures qu'ils préfèrent. Les cours publics 
se donnaient dans l'école des arts ou vicus, mais 
en outre, chaque maître de la faculté, qui désirait 
le faire, organisait dans sa maison même une 
espèce de pédagogie, où il donnait des leçons pri- 
vées aux élèves qui se présentaient. En 1433, il y 
avait ainsi sept de ces pédagogies privées. En 1446, 
la faculté des arts réserva quatre collèges ou péda- 
gogies aux leçons publiques. Ces quatre pédagogies 
n'étaient qu'une transformation de maisons privées 
en bâtiments officiels d'enseignement, et elles 



LES FACULTÉS 97 

gardèrent dès lors le nom des enseignes que ces 
maisons portaient primitivement. Il y avait la 
pédagogie du Lis, celle du Château, celle du Fau- 
con et celle du Porc. A la différence des collèges 
fondés un peu plus tard par de généreux bienfai- 
teurs et qui dépendaient uniquement du président 
désigné par le fondateur, les quatre pédagogies de 
la faculté des arts étaient sous l'administration 
directe de cette faculté. 

L'enseignement de la faculté des arts comprend 
avant tout la dialectique et la physique. Ces 
sciences sont enseignées dans les quatre pédago- 
gies par ce qu'on appelle les régentes et les legentes. 
Les régents dirigent la pédagogie et les études des 
élèves qui y suivent les cours : ils sont au nombre 
de quatre, un par pédagogie. De plus, chaque péda- 
gogie compte des « précepteurs » pour les classes 
inférieures, et deux professeurs principaux et deux 
professeurs secondaires pour l'enseignement de la 
logique et de la physique. 

L'enseignement des arts comprend ensuite la 
philosophie morale et la rhétorique : ces d< 
sciences sont enseignées non dans les pédagogies, 
mais dans l'école publique de la faculté, bâtiment 
spécial qu'on appelle le viens l . Ce sont non les pro- 
fesseurs des pédagogies qui l'enseignent, mais des 
professeurs de l'université. Dans ce même local 
public se font les discussions solennelles de thèses 
et les promotions de la faculté. 

Nous savons déjà de par ailleurs que les cour? 
grec, de latin et d'hébreu se donnaient dans un 

i . Le tribunal de Louvain, incendié en 1914 par les Allemands. 



98 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

troisième local, le Colle gium Trilingue ou de 
Busleiden . 

La faculté des arts possède donc deux sortes de 
professeurs : i° les professeurs des pédagogies, 
attachés à cette institution; 2 les professeurs 
publics, attachés à l'université ou à la faculté 
comme telle. Les professeurs de chaque pédagogie 
sont des professeurs ordinaires, au nombre de 
quatre. Deux s'appellent ftrimarii et enseignent 
le matin, deux s'appellent secundarii et enseignent 
l'après-midi. Ils se répartissent la tâche de l'ensei- 
gnement de la physique et de la logique. Les cours 
se donnent dans les pédagogies, le matin de 6 à 7, 
et de 10 à 10 14 heures ; l'après-midi de 1 y 2 à 2 y 2 , 
de 4 à 5 1 . heures. Les répétitions ont lieu de 2 à 3 
et de 4 y 2 à 6 heures. En outre, les étudiants 
des pédagogies ont à subir des exercices et des 
discussions philosophiques, qui se donnent en 
partie dans la pédagogie même, en partie dans le 
viens ou local public de la faculté. 

Les professeurs publics enseignent la philosophie 
morale et la rhétorique au viens, le mardi et le jeudi 
à 10 heures, de même que les dimanches et les jours 
de fête. 

Comme nous l'avons déjà dit en parlant de l'Hu- 
manisme, la rhétorique était hautement appréciée 
à Louvain. En 1433, la faculté des arts pria les 
autres facultés de coopérer à la création de cette 
chaire, « qui n'intéresse pas seulement la faculté 
des arts, mais toute l'université ». 

A côté des deux chaires publiques d'éthique et 
de rhétorique, le magistrat de Louvain institua en 



LES FACULTÉS 99 

1563 deux chaires publiques de dialectique et de 
mathématiques. L'université et la faculté des arts 
répugnèrent à accepter cette fondation, mais 
elles finirent par s'exécuter, à la suite de la munifi- 
cence des États de Brabant, qui dotèrent généreu- 
sement ces deux chaires. Enfin la grammatica ou 
l'étude des lettres fut enseignée au début dans 
toutes les pédagogies. Au XVII e siècle cet enseigne- 
ment ne se donnait plus qu'à la pédagogie du Porc, 
étant donné qu'il figurait au programme des col- 
lèges fondés par les Jésuites et les Augustins dans 
presque toutes les villes des Pays-Bas. 

L'ensemble du Studium Philosophicum ou étude 
es arts durait d'ordinaire deux ans. Les neuf pre- 
miers mois étaient consacrés à l'explication de 
toute la logique d'Aristote et des préceptes de la 
dialectique ; suivent huit mois pour étudier la pliilo- 
sophie naturelle et les livres d'Aristote qui en par- 
lent. Quatre autres mois suffisent pour la métaphy- 
sique. Trois mois, enfin, étaient consacrés à la 
répétition des cours. 

Les livres ou traités en usage étaient les sui- 
vants : les Traités de logique et de physique d'Aris- 
tote, Y Introdudio Porphyriana, le Traité de Sphera 
de Jean de Sacrobosco, la Summula de Petrus 
Hispanus, la Grammatica d'Alexandus, le Grae- 
cismus, le premier livre d'Euclide, et la Musica de 
Joannes Mûris. 

Aristote était l'autorité par excellence. Mais on 
mettait des restrictions à l'étude de sa doctrine. 
Voici, pour caractériser l'esprit de l'enseignement 
de l'ancienne faculté des arts — esprit qu'il faut 



100 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

placer dans le cadre de l'époque — des prescrip- 
tions importantes : « Suivez en tout la doctrine 
d' Aristote, excepté dans les cas où elle est contraire 
à la foi. » — « S'il vous arrive de toucher à une 
question qui concerne a la fois la philosophie et la 
foi, résolvez-la dans le sens de la foi et dissolvez 
les arguments ou les raisons contraires à la foi. » 
— « Personne ne peut rejeter comme hérétique une 
sentence d'Aristote, si elle a été défendue par des 
catholiques, à moins que la Faculté de théologie 
n'en ait au préalable démontré le caractère héré- 
tique» (Acta, 1470J . Le 2 juin 1427, la faculté décida 
qu'aucun maître ne pourrait être admis à la régen- 
ce s'il ne jurait de ne jamais enseigner la doctrine 
de Buridan, de Marsile de Padoue, d'Ockham et 
de leurs disciples. 

La faculté des arts garda longtemps l'ancienne 
façon de parler et de prononcer le latin. Lorsque la 
fondation du collège des Trois Langues vint intro- 
duire ce qu'on appelait le sermo purus, une cabale 
poussa les étudiants, nous l'avons déjà dit, à qua- 
lifier ce latin de « latin du Marché aux Poissons », 
par opposition au latin médiéval de la « vénérable 
faculté des arts ». L'on peut se rendre compte de 
l'indigence de ce dernier en consultant les « For- 
mules épistolaires » que Carolus Virulus, premier 
régent de la pédagogie du Lis, fit imprimer à 
Louvain, Cologne, Deventer et Reutlingen à la fin 
du xv e siècle. 

A la faculté des arts existent aussi ce que l'on 
appelle les disputationes quodlibeticae ou « discus- 
sions à volonté ». Elles furent instituées en 1426 



LES FACULTÉS 101 

et eurent lieu chaque année, vers la fête de Sainte- 
Lucie, au local public de la faculté. Un maître es 
arts propose aux autres magistri, qui désirent 
prendre part au débat, une question avec deux 
arguments et deux « quod libeta » ; celui qui répond 
doit le faire dans une forme voulue et prescrite. 
Pour attirer le public, on permettait de poser des 
questions amusantes, mais toutes choses malhon- 
nêtes ou injurieuses étaient bannies du débat. 

Les tentamina ou examens de la faculté des arts 
pouvaient conduire à trois grades : le baccalauréat, 
la licence et la maîtrise. Une épreuve précède ces 
trois examens. On l'appelle la « déterminance ». 
Les étudiants en logique, avec la permission solen- 
nelle de l'université, traitent une question d'éthique 
que le président de la « déterminance » propose. 

Pour la licence es arts, il fallait avoir atteint l'âge 
de 18 ans; pour la maîtrise 20 ans révolus sont 
de rigueur. A l'époque de Valère André, c'est 
cependant la connaissance qui décide de l'admis- 
sion à ces examens. Pour la licence, les bacheliers 
de tous les collèges concouraient ensemble et 
c'était un grand honneur que celui de sortir pre- 
mier, second et troisième de la promotion. Nous 
avons parlé plus haut des honneurs qu'on accordait 
au Primas. 

La faculté des arts possédait une bibliothèque en 
propre; déjà en 1466 l'on trouve des prescriptions 
à ce sujet. Il était défendu d'y entrer avec de la 
lumière et de prêter des livres au dehors. On peut 
croire que, pendant les premiers siècles de son 
existence, la faculté ne se souciait pas trop de l'hy- 



102 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

giène scolaire. Les étudiants de l'université de Paris 
ne s'asseyaient-ils pas par terre, sur les dalles en 
été, sur de la paille en hiver, un pupitre portatif 
sur les genoux? L'intervention gouvernementale 
du xvm e siècle appela l'attention sur l'hygiène. 
L'article XIII de la Directio j>ro facultate philoso- 
phica, publiée en 1788, prescrit l'usage de bancs 
construits de telle manière que les étudiants ne 
soient pas forcés de prendre des notes sur les genoux, 
la tête toujours inclinée, le dos courbé et les intes- 
tins écrasés par cette position peu confortable. 

Pendant le cours de son histoire, la faculté des 
arts fut illustrée par des savants de premier ordre. 
On nous permettra de rappeler ici brièvement 
quelques noms. Parmi les rhéteurs se distinguèrent 
Johannes de Palude, ami de Thomas Morus, 
d'Erasme et de Barlandus, l'historiographe 
Jean -Baptiste Grammaye, et Nicolas Vernulaeus. 
Plus connus encore sont Nicolas Clénard, professeur 
d'hébreu et de grec (1542), J.-L. Vives, professeur 
de lettres latines, Rescius, professeur de grec, 
Conrad Goclenius, professeur de latin (1539), 
Andréas Masius, professeur de syriaque (1573), Guy 
Morillon, professeur de grec. La section scientifique 
de la faculté des arts compte des noms aussi célè- 
bres que la section littéraire : citons Paul de 
Middelbourg, évêque de Foro Sempronio, mathé- 
maticien et chronologiste distingué (1484), Albert 
Pighius, qui adressa à Léon X des écrits sur la cor- 
rection du calendrier (1520), Gemma Frisius, l'au- 
teur d'une mappemonde et d'un ouvrage de mé- 
thode d'arithmétique pratique, Gérard Mercator, 



LES FACULTÉS 103 

le fameux géographe de Rupelmonde. Plus tard, 
au cours du xvn e et du xvni e siècle, lorsque les 
sciences positives firent des progrès géants par 
nombre de découvertes sensationnelles, Louvain ne 
resta point étrangère à ce mouvement. Ainsi, lorsque 
le système de l'abbé Nollet, pour l'explication des 
phénomènes électriques, fut renversé par la doc- 
trine de Franklin, l'université fut une des pre- 
mières à enseigner la nouvelle théorie, malgré la 
répugnance qu'elle éprouvait pour les idées philo- 
sophiques et politiques de l'auteur. Lorsque la 
chimie était encore dans l'enfance, le professeur 
Van Bouchaute l'enseignait déjà avec une certaine 
supériorité , car il fut un des premiers à se familiariser 
avec la nouvuelle théorie qui a immortalisé le nom 
de Lavoisier. Ce fut le professeur de Louvain 
Minckelers qui, le premier, fit la découverte du gaz 
de houille : c'était un habile physicien, un chimiste 
distingué, un connaisseur en paléontologie et en 
minéralogie. 

Tel est le bilan de ce qu'offre l'histoire de la 
« vénérable faculté des arts, mère et commence- 
ment de toutes les autres ». 

Son histoire ne serait pas complète si nous ne di- 
sionsici quelques mots d'une institution qui, pour ne 
pas être attachée spécialement à la faculté des arts, 
fut la plupart du temps dirigée par des professeurs 
pris dans ses rangs : nous voulons parler de la 
Bibliothèque universitaire. Pendant plus de deux 
siècles, l'université de Louvain fut privée de biblio- 
thèque publique. Durant une période aussi longue, 
le corps professoral et les étudiants furent astreints 



104 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

à recourir aux « librairies » affectées aux nombreux 
collèges et établissements religieux. 

L'université dut la fondation de son dépôt litté- 
raire à l'affection d'un de ses anciens élèves, Laurent 
Beyerlinck. En 1627, celui-ci légua à l'Aima Mater 
sa bibliothèque riche en livres d'histoire et de théo- 
logie. Ce legs constitua le premier fonds. Il fut suivi 
par un second, fait par le professeur de médecine 
Jacques Romanus, en 1635. Celui-ci, fils du célèbre 
mathématicien Romanus, laissa à l'université la 
bibliothèque de son père, fort bien fournie de 
livres se rapportant aux mathématiques, et y 
ajouta ses propres livres de médecine. En ce mo- 
ment était recteur le célèbre Corneille Jansenius : 
ce fut lui qui organisa la bibliothèque. Le dépôt de 
livres fut établi aux Halles dans l'auditoire de la 
fatuité de médecine. Jacques Boonen, archevêque 
de Malines, assigna une somme annuelle pour 
l'entretien et l'augmentation de la bibliothèque. 
La garde des livres fut confiée au professeur Valère 
André, bibliographe très averti. Ce dernier présida 
à l'ouverture publique du dépôt, le 22 août 1636, 
et la même année il publia un catalogue des 1,762 
livres qu'il contenait l . 

A la mort de Valère André, la bibliothèque fut 
malheureusement laissée à l'abandon, de 1635 à 
1719. En cette dernière année, l'attention fut de 
nouveau appelée sur elle par un don de Dominique 

1 . Bibliothecae publicae Lovaniensis primordia et librorum 
catalogus, a curatoribus ejusdem editus. Cum oratione auspi- 
cali Lovanii Kal. Octobris an. 1636 habita a Valerio Andréa. 
Louvain, 163G. 






LES FACULTÉS 105 

Snellaerts, chanoine d'Anvers (fi.720), qui lui 
donna les 3,500 volumes qu'il possédait. 

Ce geste généreux nécessita la construction d'un 
nouveau local. Ce fut le recteur Réga, homme de 
grande initiative, fondateur du musée d'anatomie, 
qui s'occupa de la nouvelle installation : il lui 
procura aussi des revenus fixes. Le nouveau bâti- 
ment, donnant sur le Vieux-Marché, fut achevé 
en 1730. 

En 1752, C. F. de Nelis devint bibliothécaire. Le 
premier acte de son administration fut d'inviter le 
gouvernement à imposer aux imprimeurs belges 
l'obligation d'envoyer au moins un exemplaire de 
leurs publications à la bibliothèque. Inutile de dire 
combien cette mesure augmenta les trésors déjà 
accumulés. 

Sous l'administration de Jean-François Van de 
Velde (1771-1797), la bibliothèque acquit 1200 vo- 
lumes, achetés aux ventes des bibliothèques des 
Jésuites, après la suppression de la Compagnie, et 
le bibliothécaire fit entrer, en outre, 4,573 livres 
nouveaux. 

En 1795, sous le régime français, les commissaires 
de la République enlevèrent environ 5 000 volumes, 
dont des manuscrits rares et précieux l . En 1797, 
de la Serna Santander obtint l'autorisation de 
faire un choix de tous les ouvrages qu'il jugerait 
pouvoir convenir au dépôt de l'école centrale de 

1. Par décret impérial de Napoléon, en date du 12 décem- 
bre 1805, la bibliothèque devint la propriété de la ville. Lors 
de la restauration de l'Université, en 1835, l'administration 
communale remit le précieux dépôt à la disposition de YAhaa 
Mater. 



106 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Bruxelles. Après un triage qui dura dix jours, le 
commissaire emporta 718 volumes. Ils ne furent 
jamais restitués. 

2. FACULTÉ DE THÉOLOGIE. 

Avant l'époque de Charles-Quint, la faculté de 
théologie ne comptait que cinq professeurs ordi- 
naires, qui enseignaient chacun à leur tour un jour 
différent de la semaine. Ce système fut changé en 
1545 et l'on obligea alors chacun de ces professeurs 
à donner ses leçons sans interruption pendant six 
semaines, de telle sorte qu'ils épuisaient consécu- 
tivement la matière du cours qui leur était confié. 
L'année suivante, en 1546, l'empereur Charles- 
Quint créa deux chaires nouvelles, une d'Écriture 
Sainte et une de théologie scholastique, cette der- 
nière consacrée à l'explication du « Maître des Sen- 
tences » (Pierre Lombard). Ces leçons étaient 
quotidiennes et les professeurs étaient payés à 
200 florins par an. 

Philippe II, qui se considérait, on le sait, comme 
le défenseur patenté de la foi dans ses domaines, 
institua en 1567 une chaire de catéchèse. Cet en- 
seignement devait se donner les dimanches et jours 
de fête. Plus tard, à la fin de sa vie, en 1596, le 
même roi fonda encore une autre chaire, consacrée 
à l'enseignement de la théologie scholastique, avec 
saint Thomas comme auteur à expliquer. C'est 
Malderus qui donna cet enseignement. 

L'enseignement de la théologie comportait aussi, 
à côté des leçons ordinaires et quotidiennes, des 
« disputationes » ou exercices de discussion jour- 



LES FACULTÉS 107 

ruliers et les fameuses « Sabattines ». Les exercices 
du samedi avaient lieu au Collège théologique ou 
du Saint-Esprit, par décision de la faculté datant 
de 1570. 

L'organisation interne de la faculté comprenait 
le « collège strict » ou ordinaire, formé par huit 
docteurs appelés legentes et régentes. Ceux-ci 
avaient seuls la direction des cours et de l'enseigne- 
ment, possédaient seuls le droit d'examiner les 
étudiants et touchaient seuls les émoluments de 
l'école. 

Les autres maîtres étaient admis au « collège », 
mais ils ne touchaient rien. Ils devaient attendre, 
pour être payés, la mort d'un des régents, dont 
ils prenaient alors la place. 

Les études de théologie conduisaient aux grades 
de bachelier, de licencié et de maître. 

Il y avait trois sortes de bacheliers : les bacca- 
laurei cursores, les baccalaurei sententiarii et les 
baccalaurei formait. 

Les premiers, les cursores, devaient avoir suivi 
pendant trois ans les cours ordinaires et les exer- 
cices de discussion publique, et donner des preuves 
qu'ils avaient lu attentivement la Bible et la Somme 
de Saint Thomas d'Aquin. Pour procéder à Yachts 
ou examen suivant, le baccalaureus cursor doit 
présenter au doyen et au « collège » de la faculté 
un travail manuscrit, commentant un livre du 
Nouveau on de l'Ancien Testament, d'après les 
auteurs admis, et suivre en outre les leçons et les 
exercices ordinaires. Ces deux épreuves conduisent 
alors le candidat à l'obtention du titre de bacca- 



108 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

laureus sententiarius, honneur qui lui vaut l'admis- 
sion à la lecture des « Sentences » scholastiques 

Enfin, pour obtenir le grade supérieur, celui de 
baccalaureus formatas, le candidat devait < pio- 
cher », — pour employer un terme estudiantin — 
par lui-même les deux premiers livres des « Sen- 
cences », obtenir ensuite la tonsure cléricale. Dès 
lors il était « formatus » et pouvait commencer 
l'étude du troisième livre du même recueil. 

Quant à l'acte de licence en théologie, il supposait 
des épreuves, des solennités et aussi des frais mul- 
tiples. L'examen de licence coûtait la somme im- 
portante de 156 florins 16 sous. C'est qu'il fallait 
payer les droits d'examens des huit docteurs 
régents, tant pour l'examen lui-même que pour 
conduire en grande pompe le licencié à sa demeure, 
les salaires du bedeau de la faculté, des valets des 
régents, les droits du président d'examen, du chan- 
celier de l'université, du doyen de la faculté, 
l'« épargne » de l'université et de la faculté de théo- 
logie, le salaire du bedeau de la faculté des arts, du 
trésorier de l'église Saint-Pierre. Il fallait ne pas 
oublier les musiciens qui avaient joué le motet de 
circonstance, le tapisssier qui avait orné les locaux 
de la faculté, les gratifications que la tradition 
accordait au recteur, au chancelier, au conservateur 
des privilèges, à tous les docteurs de l'université, 
au maïeur, aux deux bourgmestres et aux deux 
pensionnaires de la ville, au receveur des domaines 
du roi et à celui des États de Brabant, à l'avocat 
fiscal, au syndic, au secrétaire et au promoteur de 
Y Aima Mater. 



LES FACULTÉS *109 

U y avait aussi les valets de tous les docteurs 
de Vuniversité, ceux du maïeur et des fonction- 
naires municipaux, ceux du receveur royal et du 
receveur des États de Brabant. Il fallait aussi 
songer aux portiers des docteurs en théologie, aux 
bacheliers, aux cinq bedeaux et au concierge des 
Halles, à l'organiste, au basson et au carillonneur, 
qui avaient mis leur art à la disposition du nouveau 
licencié. 

Pouvait-on oublier, après tout cela, les braves 
gens qui avaient érigé un arc de triomphe devant 
la demeure du « promo vendus »? Devait-on ne pas 
donner une obole pour l'entretien et la réparation 
des locaux de l'école de théologie, pour l'ornemen- 
tation de ce même bâtiment, pour l'autel de 
Saint-Augustin ? Et puis, à la fin des fins, après avoir 
distribué quelque gratification à tout le monde, 
comment ne pas réjouir le « promoteur » de l'église 
Saint-Pierre et le valet du doyen de la faculté? 

Bref, ce jour-là, chacun présentait sa note et 
le nouveau licencié, s'il sortait avec les honneurs 
de la journée, en sortait aussi passablement « dé- 
plumé ». 

Mais qu'était-ce que la solennité de la licence en 
comparaison des fêtes du « magisterium in sacra 
theologica »? Des instructions approuvées par la 
faculté en 1713 décrivent minutieusement la céré- 
monie du « magistère ». 

Le dimanche qui précède les « vespéries » — jours 
de défense des thèses — le bedeau de la faculté 
affiche aux valves de l'église Saint-Pierre et des 
Halls universitaires l'annonce de la défense des 



1 10 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

thèses. Le cinquième jour avant les « vespérics », 
le futur docteur va lui-même faire ses invitations : 
il se rend chez ses invités, précédé des bedeaux de 
la faculté portant la masse universitaire ec revê- 
tus de la toge, lui-même habillé d'une toge à larges 
manches et portant les insignes des arts sur 
l'épaule gauche. Huit amis ou « comités irvitantes » 
l'accompagnent. Les invités sont tenu? de verser 
du vin au futur docteur et à ses compagnons. 
Au banquet qui a lieu lors du « magistère », doivent 
être invités le recteur et le chancelier del'université, 
le conservateur des privilèges, l'abbé du monastère 
de Saint-Pierre à Gand — un des bienfaiteurs de 
Y Aima Mater — et tous les « prélats », le prévôt 
de police de la ville, tous les docteurs des facul- 
tés supérieures, le doyen de la faculté des arts, 
les deux bourgmestres et les deux pensionnaires 
de Louvain, le receveur du duc de Brabant, celui 
des États de Brabant, tous les licenciés en théo- 
logie résidant à Louvain, les régents des quatre 
pédagogies, le plus ancien licencié en droit canon, 
les plus anciens licenciés en droit civil, en médecine 
et es arts. Le président d'examen peut aussi inviter 
quelques-uns de ses amis. 

Lorsque le jour de la défense des thèses est ar- 
rivé, à trois heures de l'après-midi, les bedeaux de la 
faculté, la masse de cérémonie sur l'épaule, se ren- 
dent à la maison du futur docteur. Suivi de huit 
amis, ce dernier, revêtu d'un toge de théologie, 
s'achemine vers la maison du président d'examen. 
Celui-ci, en grand apparat, conduit à son tour le 
récipiendaire, toujours précédé des bedeaux, au 



LES FACULTÉS I J ' 

local de la faculté. Là se trouvent déjà les douze 
bacheliers objectants, revêtus de la toge. Le pré- 
sident monte en chaire et la défense commence. 

Lorsque ces joutes académiques ont pris fin, et 
que le récipiendaire a été jugé digne du titre de 
«magister», un cortège s'organise; l'on se rend 
processionneUement à l'église Saint-Pierre. En tête 
marchent des musiciens, suivis des bedeaux de la 
faculté. Puis viennent, dans l'ordre traditionnel, 
le recteur, le chancelier, le conservateur des privi- 
lèges de l'université, les «prélats» et les bourg- 
mestres de la ville. Un jeune garçon et une fillette 
s'avancent ensuite, portant un rameau d'honneur. 
Ils précèdent immédiatement le docteur. 

Le cortège se termine par le président d'examen, 
les docteurs des facultés «supérieures . le doyen 
de la faculté des arts, les licenciés et les invité 

Arrivé à l'église collégiale, le cortège se disloque 
et les participants se rangent autour de l'autel de 
Marie, « Siège de la sagesse ». Le nouveau docteur 
dépose, comme offrande, sur l'autel, un denier 
d'or et un denier d'argent. Il enlève ensuite sa 
toge, le président d'examen l'imite et tous deux 
endossent un capuce violet. De l'autel de la Vierge, 
le cortège, qui s'est reformé, gagne ceux de saint 
Ivon et de saint Charles Borromée, pour y dire une 
prière. On quitte ensuite l'église par la porte prin- 
cipale et on se rend en cortège à l'endroit où aura 
heu le banquet traditionnel. Cette fois, le garçon et 
la fillette portant le rameau d'honneur, et le nou- 
veau docteur, précèdent le président d'examen et 
le recteur. 



! 12 ORGANISATION' INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Le lendemain de la cérémonie, le nouveau docteur 
donne, à 8 heures, sa première leçon. 

Cette cérémonie se déroulait encore, avec peu de 
changements dans les détails, à l'université actuelle 
de Louvain jusqu'en 1914. La fureur incendiaire 
des troupes allemandes ayant détruit plusieurs 
souvenirs et ornements de jadis qui servaient à 
cette occasion, il est à craindre que l'on ne verra 
plus une reconstitution presque exacte de cette 

Ile solennité, dont je viens de décrire les parties 
principales. 

3. FACULTÉ DE DROIT. 

La faculté de droit de l'ancienne université de 
Louvain était double : relie de droit civil ou des 
lois, - t celle de droil canonique ou des décrets. 

Le recrutement du pi el tut. au début, fort 

modeste : ons'ad lux universil :angères, 

et notamn* . our obtenir des docteurs 

pour la nouvelle faculté fit aussi appel à des 
tnmités juridiques d'Italie, comme ce fameux 
J Mayno, qui répondit à l'offre, qui lui fut 

faite officieusement, d'enseigner à Louvain, que 
-1 l'on pouvait lui garantir mille . ,1 viendrait, 
puisque, à l'universit» d< Pavie, il gagnait 500 du- 
cats d'or (1484). 

début il n'y eut que deux professeurs, un 
maître en droit canon et un maître en droit civil. 
I e prunier, ancien maître des universités d'Erfurt 
et 'pelait Nicolas de Priim, le second 

appartenait à une famille liégeoise connue et s'ap- 
pelait Jean de Groesbcek. Ces deux professeurs 



LES FACULTÉS 113 

devaient, nous dit Valère André, « aux premières 
heures du matin monter en chaire et de là, pendant 
deux heures sans interruption, chaque jour, tantôt 
dicter, tantôt discuter les questions de droit . 

Bientôt d'autres professeurs s'ajoutèrent et, 
ensemble avec Nicolas de Prùm et Jean de Groes- 
beek, prirent le titre de régentes et legentes : Henri 
de Piro (ou Van den Peerenboom), Daniel de 
Blockhem. Henri de Mera et Arnould de R 
naelde. 

Ces professeurs constituèrent le 
docteurs et professeurs de droit in utroque » et 
furent dénommés doctores coUegiati, plus tard doc- 
tores ordinarii. 

Déjà en 1430, les statuts du collèg< des docteurs 
en droit furent établis. Ce collège-là était ce que 
l'on appelait Le Collège strict», par opp<-i" 
du » Large collège », qui comprenait tous ceux qui 
possédaient la licentia docendi, la permission d 
seigner, qui étaient admis à assister aux dise 
publiques et autre- fonctions académiques, mais 
qui ne donnaient pas de cours et ne touchaient 
aucun émolument. 

A l'époque de Valère André (xvii e si le col- 

lège strict comptait six professeurs ordinaires, trois 
professeurs royaux ( prof essores regiij et ordinai 
et un représentant des docteurs du Large collège, 
choisi par cooptation. 

A côté du collège strict des professeurs titulaires, 
nous trouvons une institution dont le rôle fut ex- 
trêmement utile : le collège des Bachelk 

Ce groupement dut son origine à Henri de 



114 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Ballieul, officiai de l'évêque de Tournai à Bruges : 
une réorganisation en eut lieu en 1503. 

Pour exciter l'émulation entre ceux qui avaient 
déjà conquis le grade de bachelier in utroque, on 
avait fondé cette association, à la tête de laquelle se 
trouvait un doyen, nommé pour la durét d'un se- 
mestre. Ce doyen présidait à une série de thèses 
qui se soutenaient avant la licence, sur les matières 
controversées choisies; il avait aussi le privilège 
d'argumenter aux « disputationes » de baccalauréat 
et de licence. Le but du collège était de développer 
la préparation scientifique des jeunes légistes. 
Vernuleus, en 1627, appelle cette institution la 
Palestra juris, où l'on trouve la fleur de la jeunesse 
universitaire et, employant un mot que les univer- 
sités modernes utilisent pour désigner les cours 
pratiques, il compare le collège à « un séminaire 
de l'État». 

La base de l'enseignement du droit était, comme 
partout ailleurs, le droit romain. Il faudra attendre 
jusqu'au XVII e siècle pour voir le droit national ou 
local attirer quelque peu l'attention des juristes. 
Ledit des archiducs Albert et Isabelle et la codifi- 
cation des coutumes (1611) seront le point de 
départ d'études et de commentaires nouveaux dont 
la Notifia juris belgici de Zypaeus sera la première 
manifestation. 

Voici le programme des cours au xvi e siècle, tel 
qu'il fut fourni par un rapport adressé par l'univer- 
sité au duc d'Albe en 1568 : 

Pour la section des Décrets ou du droit cano- 
nique, nous trouvons d'abord les cours des trois 



LES FACULTÉS 115 

professeurs ordinaires (ordinarie régentes ac le gén- 
ies) : 

i. Les Décr étales de Grégoire IX, par le profes- 
seur ordinaire et primaire, de 7 à 9 heures du matin. 

2. Les Décrétâtes de Boniface VIII, les Clémen- 
tines et les Extravagantes, à 2 heures de l'après- 
midi. 

3. Le Décret utn Gr ai ici ni, les dimanches et jours 
de fêtes, à 8 heures du matin. 

Il y a ensuite le cours donné par le pro- 
fesseur royal (chaire fondée par Philippe II en 
1557). Celui-ci donne le décret de Gratien tous les 
jours à 10 heures. 

Il y a enfin les cours donnés pendant les 
vacances (fcriarum tempore) par les deux profes- 
seurs extraordinaires, qui tous deux interprètent 
un titre des Décrétales. 

Quant à la section des lois ou de droit civil, voici 
son programme : 

Cours des professeurs ordinaires : 

1. Le Digestum vêtus, avec le Code, tous les 
jours de 7 à 9 heures du matin. 

2. Le Digeste (infortiatum et novum), tous les 
jours à 2 heures de l'après-midi. 

3. Les Éléments ou Institutes du Droit, tous 
les jours à 10 heures du matin. 

Il y avait ensuite un cours général de Pandectes, 
fondé par les États de Brabant, qui se donnait 
tous les matins à q heures. 

Deux professeurs royaux et ordinaires, nomn 
par Philippe II en 1557. donnaient : 

1. Exposé sommaire des titres (Paratitla) du 



1 16 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Digeste ou du Code, en hiver à i heure, en été 
à 4 heures de l'après-midi. 

2. Interprétation sommaire des Institutes, tous 
les jours, à 3 heures de l'après-midi. 

Pendant les vacances deux professeurs extraor- 
dinaires expliquaient sommairement les Institutes 
et quelque titre du Code. 

Il y avait, en outre, des exercices de discussion, 
le samedi, que l'on appelait les « Sabattines ». 

Lors de la visite de l'université, au xvn e siècle, 
ce programme fut quelque peu modifié. Jusque-là la 
matière des études de droit avait formé un cycle 
de cinq années. La « Visite » de 1617 réduit la durée 
à quatre ans pour le matières civiles et canoniques 
réunies. Pour le grade de licence en droit canon ou 
en droit civil, on exige une étude de trois ans; 
la moitié de ce temps suffit pour le baccalauréat. 
Pour ce qui concerne la forme de l'enseignement, 
Louvain suivit au début la tradition, c'est-à-dire 
on se borna au commentaire pur et simple du 
texte et de la glose. Au xvi e siècle, une innovation 
fut introduite par le professeur Gabriel Mudeus, 
né à Brecht, province d'Anvers, en 1500. La 
nouvelle méthode introduite par Mudeus s'écarte 
à la fois de la stricte interprétation et des com- 
mentaires trop libres. Le professeur s'attachera 
désormais à expliquer la loi romaine par sa propre 
histoire et ses institutions. C'est l'alliance de l'exé- 
gèse et de l'interprétation historique, c'est l'in- 
fluence de l'Humanisme sur la méthode juridique. 
C'est le système qu'Alciat et Cujas représenteront 
en France avec le plus d'éclat. Les disciples de 



LES FACULTÉS 117 

Mudée l'introduisirent à la jeune université de 
Douai. 

C'est ici l'endroit propice pour faire connaître 
brièvement comment les professeurs donnaient 
leur cours. La base de l'enseignement, c'est le 
texte juridique romain : on en complète le sens 
soit par l'exégèse, soit par commentaire synthé- 
tique, comme philosophe, ou comme historien, 
selon l'école dont on suivait la méthode. Les 
leçons se donnaient en parlant ou en dictant. Les 
étudiants prenaient des notes ou inscrivaient la 
dictée dans un cahier. La Bibliothèque royale* de 
Bruxelles possède un certain nombre de ces cahiers 
de cours, avec l'indication de l'année, même du 
mois et des jours où l'étudiant a rédigé ses notes. 

Ces cahiers étaient souvent publiés soit du vi- 
vant du professeur, soit après sa mort, par ses 
héritiers ou ses élèves. Quelques professeurs rédi- 
geaient un manuel, qui pouvait servir de guide aux 
étudiants, mais ce n'est qu'exceptionnel. Le traité 
De methodo docendi discendique commodissima du 
professeur Diodore Tulden (xvn e siècle) nous 
donne une idée de la façon dont l'un des maîtres 
les plus éminents de la faculté de droit compre- 
nait l'enseignement. 

Nous avons vu, en parlant de l'histoire de 
l'université, l'importance du rôle que joua la 
faculté de droit à l'époque des archiducs Albert 
et Isabelle, et nous avons cité quelques-uns de ses 
maîtres les plus célèbres. On nous permettra, en 
terminant ce chapitre, de donner encore les noms 
de quelques hommes qui ont illustré la faculté : 



118 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

François Craenevelt (1510); Joachim Hoppérus, 
maître des suppliques à Madrid (1553); Jean 
Vendeville, évêque de Tournai, et Pierre Peckius, 
membre du Grand Conseil de Malines. 



4. FACULTÉ DE MÉDECINE. 

Les débuts de la faculté de médecine furent aussi 
très modestes. Lors de la création de l'université, 
il n'y avait qu'un seul docteur en médecine, un 
prêtre, Jean de Neele, qui avait aussi le grade de 
maître es arts. A la fin du xv e siècle, nous rencon- 
trons le nom de Jean Spierinck (f 1499), chanoine 
de Saint-Pierre, qui fonda la bibliothèque de la 
faculté de médecine, et qui se fit une renommée 
par ses guérisons obtenues grâce à des moyens 
simples et naturels, en employant surtout les 
herbes indigènes. 

Dès les premiers temps, il existait deux chaires 
ordinaires de médecine, qui étaient occupées, en 
1543, par Arnold Noot et Léonard Willemaers. Ces 
chaires étaient à la collation de la ville de Louvain. 
Cette année 1543, les deux professeurs durent rési- 
gner leurs fonctions : on reprochait à l'un « d'être 
d'un autre âge » et de ne pas posséder la méthode 
moderne; à l'autre ses fréquentes absences. Le 
magistrat fondit les deux chaires en une seule, 
que l'on offrit à Jérémie Triverius, qui passait 
pour très capable. 

En 1557, les collateurs divisèrent de nouveau 
la chaire unique en deux et posèrent aux candidats 
certaines conditions, dont voici les principales : Les 



LES FACULTÉS 119 

professeurs apprendraient aux élèves à connaître la 
nature, la valeur et les effets curatifs des plantes 
et des herbes, surtout de celles du pays. Pour les 
candidats à la licence, ils enseigneraient le dia- 
gnostic des maladies et les remèdes à appliquer 
ou la thérapeutique. Enfin, condition importante, 
chaque année les professeurs étaient obligés de 
présider, jusque quatre fois si possible, des exer- 
cices de dissection anatomique sur les cadavres et 
d'ajouter « les explications nécessaires ». 

Il était fort difficile de se procurer des cadavres. 
Vésale, le grand anatomiste (1540), nous raconte 
qu'il parvenait à résoudre la difficulté en cultivant 
l'amitié du « pretor » ou chef de la justice de la 
ville. Celui-ci lui procurait de temps en temps 
quelque dépouille de malfaiteur mis à mort pour 
ses crimes. Peu à peu, les autorités comprirent 
l'importance de la dissection anatomique, et l'on 
abandonna à la faculté de médecine les cadavres 
des criminels exécutés par la corde. Il faut croire 
que les médecins y mettaient quelquefois trop de 
zèle, car nous possédons un édit du prince Charles 
de Lorraine, du 27 janvier 1752, défendant à la 
faculté de médecine de Louvain d'enlever les 
cadavres si ce n'est au moins deux heures après 
la mort. Un peu plus tard, en février 1756, 
Marie-Thérèse facilita le macabre approvisionne- 
ment en autorisant le professeur d'anatomie et de 
chirurgie à disposer des corps des militaires exé- 
cutés par la corde ou par le glaive. 

En 1558, Philippe II ajouta une nouvelle chaire, 
dont le titulaire devait enseigner ÏArs farva 



120 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Galeni. Une troisième chaire fut fondée par les 
États de Brabant. Outre ces trois chaires, il y eut 
deux chaires ordinaires, appelées « prébendées » 
parce que leur titulaire était pourvu d'une pré- 
bende canonicale à Saint-Pierre (canonicat de la 
seconde fondation). Les titulaires de ces deux 
chaires devaient enseigner alternativement Hippo- 
crate et Galenus. 

Vint alors la « visite » de 1617. Les commissaires 
furent d'avis que la faculté comptait trop peu de 
cours. Aussi, les archiducs Albert et Isabelle insti- 
tuèrent deux nouvelles chaires, à leçons quoti- 
diennes, dont les titulaires enseigneraient l'un les 
« Institutions de médecine », l'autre l'anatomie. 

Les maîtres de ces deux chaires et les titulaires 
des deux chaires ordinaires formaient le « Strict 
Collège » de la faculté. Ils devaient présider à 
l'admission et aux examens des promovendi et 
eux seuls touchaient des émoluments. 

Voici quel était le programme des cours de la 
faculté au xvn e siècle : 

1. Institutions de médecine (iuxta seriem doctri- 
narum Avicennae) , tous les jours de 3 à 4 heures 
en hiver, de 4 à 5 heures en été. 

2. Anatomie, en hiver de 2 à 3 heures. En été 
ce cours était remplacé par un compendium de 
chirurgie et des leçons sur les Simplicia usualia 
(recettes). 

3. Deux cours donnés par les professeurs ordi- 
naires et principaux : 

A. Theoretica, médecine théorique : Ars parva 
Galeni, YAphorismos d'Hippocrate, et méthode 



LES FACULTÉS 121 

générale pour la pratique, la purgatio, la saignée, 
la connaissance du pouls et des urines. Tous les 
jours, de 10 à n heures; 

B. Pradica. On y explique les maladies du 
corps humain, « des pieds à la tête », d'après l'ordre 
suivi par le médecin arabe Rhasès dans son IX e Li- 
vre à Almanzor. On s'y occupe aussi des fièvres 
et des maladies contagieuses. Tous les jours, de 
8 à 9 heures. 

Les études de médecine duraient trois ans. A la 
suite des réformes de l'époque autrichienne, cette 
durée fut portée à quatre ans et le nombre 
des matières enseignées augmenté considérable- 
ment. C'est ainsi que le programme de 1788 com- 
prend l'histoire naturelle spéciale, la botanique, la 
chimie, la chirurgie théorique et pratique, l'obsté- 
trique, l'anatomie sur cadavres, la physiologie, 
avec dissection, la pathologie, la clinique médicale, 
la materia medica, avec recettes. La spécialisation 
avait été introduite en 1573, lorsque Mathias 
Nervatius, de Saragosse, fut créé licencié en chi- 
rurgie. 

Le doctorat en médecine comportait de grandes 
solennités, analogues à celles des doctorats en 
théologie et en droit. On les supprima en 1587, 
à l'époque où Louvain se débattait dans la misère, 
mais elles furent rétablies en 1603 et prescrites 
sous peine d'amende de 300 florins carolus et de 
nullité de grade. 

Le décret de la « visite » de 1617 nous fait con- 
naître les conditions de l'exercice légal de la méde- 
cine dans le pays. Personne ne pouvait s'y livrer 



122 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

s'il n'avait conquis son grade en Belgique et n'avait 
été examiné et déclaré apte par les docteurs en 
médecine des universités de Louvain ou de Douai, 
ou par les médecins attachés à la personne des 
archiducs Albert et Isabelle. Des dispenses étaient 
prévues, mais on les accordait très rarement. 

Citons, pour finir, les noms de quelques illustra- 
tions de la faculté : 

Jean Heetvelt, Louvaniste (f 1539), qui, le pre- 
mier, eut recours au diagnostic; Pierre Bruegel, 
natif de Bois-le-Duc, docteur de l'université de 
Padoue, professeur célèbre, toujours en consulta- 
tion chez les princes et, de ce fait, souvent absent 
de sa chaire; Rambcrt Dodoens, Malinois, médecin 
de Charles-Quint et célèbre botaniste; André 
Vésale, Bruxellois, médecin de Charles-Quint et de 
Philippe II, le créateur de la science anatomique, 
qui périt misérablement en 1564 dans un naufrage 
près de l'île de Zante; Jason a Pratis (van der 
Weyden), de Zierikzee, qui s'occupa surtout de 
gynécologie et d'hygiène infantile. 

Une mention particulière doit être donnée à 
Réga, professeur de médecine et recteur au 
xvin e siècle, qui acheta une maison pour la trans- 
former en local d'enseignement pour la botanique ; 
il organisa aussi un jardin botanique qui précéda 
le jardin actuel datant de 1817. Il fonda aussi un 
musée d'anatomie, un des plus beaux de l'époque. 



CHAIRES PROFESSORALES ET RESSOURCES 123 

CHAPITRE VI 

La Collation des chaires professorales et les 
ressources de l'Université. 

Par qui étaient nommés les professeurs de 
l'université de Louvain? Qui avait la col- 
lation des chaires? 

Tout d'abord, certaines de ces chaires étaient à 
la collation de la ville ou commune de Louvain. Et 
il ne faut pas s'en étonner. C'est elle qui, au début, 
comme principale intéressée, avait dépensé tous 
ses efforts pour attirer au Studium, dont elle allait 
bénéficier, un certain nombre de maîtres étrangers ; 
c'est elle qui les avait payés. Elle pouvait donc 
nommer aux chaires qu'elle avait pourvues de 
titulaires, mais elle devait le faire d'accord avec 
les facultés universitaires. Si des canonicats sont 
attachés aux chaires, elle a le droit de présenter 
ses candidats, de concert avec les autorités aca- 
démiques. C'est ainsi que le magistrat de Louvain 
avait la collation de certaines chaires de droit, 
de théologie et de médecine. Nous en avons déjà 
signalé des exemples, en retraçant brièvement 
l'histoire des facultés. 

Lors de la « visite » de 1617, il fut ordonné par 
les archiducs Albert et Isabelle que la ville serait 
obligée de demander, au sujet des candidats 
qu'elle présente, l'avis des facultés que la chose 
concerne. 

Il y eut souvent des différends entre la ville et 
l'université, parce que la première désirait nommer 



124 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

des titulaires dont les facultés ne voulaient point. 
Il y eut, notamment en 1480, une discussion assez 
vive, parce que le magistrat s'obstinait à vouloir 
désigner un certain Simon de la Valle pour donner 
la leçon « principale et matinale » de droit canon. 
Comme conséquence de son droit de nomination, 
la ville prétend aussi avoir celui de renvoi et de 
destitution. Nous avons déjà signalé comment, 
en 1543, elle força les professeurs de médecine 
Noot et Willemaers à présenter leur démission. 
Elle tenta aussi de provoquer le départ du docteur 
en droit Jean de Gronsselt, qui enseignait déjà 
depuis trente ans, mais le professeur en question 
fut soutenu assez énergiquement par l'université 
et sortit victorieux de la lutte (1473)- 

C'est par là que l'université de Louvain présente, 
à un certain point de vue, le même caractère 
« municipal » que les universités italiennes, dont 
les professeurs étaient largement rétribués par la 
ville et, de ce fait, soumis au contrôle constant de 
celle-ci. L'intervention de la ville se constate aussi 
dès le début à l'université de Cologne, où les chaires 
de droit et de médecine étaient à la collation du 
magistrat. 

Une autre catégorie de chaires étaient à la col- 
lation du prince, du souverain. Ces chaires-là 
portent le nom de « royales » et les titulaires 
s'appellent professores regii 1 . 

1. L'on sait que ce système existe encore dans les universités 
actuelles d'Oxford et de Cambridge, où l'on trouve pour plu- 
sieurs matières un « regius professor ». C'est ainsi que l'histo- 
rien bien connu Firth, d'Oxford, est « regius professor of 
History ». 



CHAIRES PROFESSORALES ET RESSOURCES 125 

Voici, par ordre de faculté, quelles sont les 
chaires fondées par le prince et dont il se réserve 
de nommer le titulaire : 

La faculté de théologie en possédait quatre, 
dont deux fondées par Charles-Quint, en 1546 : 
celle d'Écriture sainte et celle de théologie scolas- 
tique (magister sententiarum) . Les deux autres 
furent créées par Philippe II, celle de catéchèse 
en 1567 et celle de théologie scholastique (Saint 
Thomas d'Aquin), en 1596. 

Le fils de Charles-Quint établit aussi trois chaires 
dans la faculté de droit (1557) : celle du Decretum 
Gratiani, celle des Titres du Code ou Digeste, celle 
des Institutes de droit civil. A la faculté de méde- 
cine, Philippe II fonda en 1558 la chaire « In artem 
parvam Galleni ». En 1599, le magistrat de Lou- 
vain fut autorisé à présenter son candidat pour 
cette chaire, mais c'est le roi qui nommait. Aussi 
la formule de nomination porte-t-elle : N . . . 
nominatus. . . approbatus. Enfin, en 1617, les 
archiducs, nous l'avons dit, créent les deux chaires 
d'anatomie et d'Institutions de médecine. 

Par l'existence de ses chaires royales, l'univer- 
sité de Louvain présentait quelque analogie aussi 
avec les universités espagnoles, qui se distinguaient 
par leur connexion étroite avec la Couronne. 

En troisième lieu, certaines chaires sont à la dis- 
position des facultés. Nous avons signalé plus haut 
que, en 1453, la faculté des arts demanda la coopé- 
ration des autres facultés pour le choix du titu- 
laire de la chaire de rhétorique. 

Enfin, d'autres chaires ont été instituées par 
les États de Brabant, notamment à la faculté 



126 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

de médecine et à celle de droit. Quelquefois, les 
États intervinrent pour la dotation d'une chaire, 
concurremment avec le prince: en 1558, ils votèrent 
un subside de 200 florins pour la chaire In Artem 
parvam Galleni, fondée par Philippe II. 

A la fin de l'Ancien régime, l'université comp- 
tait 58 professeurs : 8 pour la théologie, 6 pour le 
droit canon, 7 pour le droit civil, 1 pour le droit 
public, 8 pour la médecine, 16 pour la philosophie, 

1 pour les mathématiques, 1 pour la philosophie 
morale, 1 pour l'éloquence chrétienne, 1 pour l'his- 
toire latine, 1 pour la langue hébraïque, 1 pour la 
langue grecque, 1 pour la langue française et 5 pour 
les humanités. 

Ouatorze de ces chaires étaient alors à la collation 
du Gouvernement : 4 en théologie, 1 en droit canon, 

2 en droit civil, la leçon de droit public, 4 en méde- 
cine, la leçon de mathématiques, celle de langue 
française. Cette dernière, décrétée par le conseil 
communal de Louvain, avait son titulaire payé 
par la ville. Les autres chaires étaient à la dispo- 
sition de divers collateurs; la ville disposait, tou- 
tefois, des principales. On constate ainsi la main- 
mise progressive du pouvoir civil sur la vie univer- 
sitaire à la fin du régime autrichien. 

Une question connexe à celle de la collection des 
chaires, c'est celle du paiement des titulaires. Par 
qui et comment les professeurs étaient-ils rétri- 
bués? 

La bulle de fondation de Martin V donnait à ce 
sujet des indications précises. Le duc de Brabant 
et la ville de Louvain devaient « pourvoir annuelle- 



CHAIRES PROFESSORALES ET RESSOURCES 127 

ment les maîtres et docteurs d'un salaire conve- 
nable, ou bien leur assigner les revenus de bénéfices 
ecclésiastiques ». Le duc Jean IV s'acquitta de ce 
devoir en accordant des exemptions de droits, de 
gabelle, de péages, etc., et en attribuant des pré- 
bendes ecclésiastiques à certains professeurs. Tou- 
tefois, la plus grande partie des traitements était 
pavée par la caisse communale. La ville déboursa 
des sommes considérables. 

Au sujet du payement des traitements par la 
caisse communale, il importe de remarquer, comme 
nous le savons d'ailleurs par des incidents relatés 
plus haut, que les professeurs des facultés supé- 
rieures (théologie, droit, médecine) n'étaient pas 
nommés à vie. Lorsqu'un professeur acceptait les 
propositions du magistrat pour donner un cours, 
un contrat en due forme se passait entre les deux 
parties. Le professeur s'engageait à enseigner pen- 
dant un certain nombre d'années. A l'expiration 
de ce terme, il était libre de se retirer, à condition 
de prévenir le magistrat six mois d'avance. Si la 
ville n'était pas satisfaite des services rendus, elle 
pouvait rompre le contrat, moyennant préavis de 
six mois. 

Le contrat stipule le cours à donner, fixe les jours 
et les heures et indique parfois la matière à ensei- 
gner. Le professeur ne peut quitter la ville ; il doit 
se tenir à la disposition du magistrat et notam- 
ment des professeurs de la faculté de droit sont 
tenus de donner conseil « en toutes matières et 
causes ». Une clause spéciale concernait le traite- 
ment. Si le nouveau titulaire venait de l'étranger, la 



128 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

ville prenait à sa charge les frais du transport des 
livres, réglait les dépenses à faire pour son installa- 
tion au chapitre de Saint-Pierre, mais, s'il renon- 
çait à son cours à l'expiration du contrat, le profes- 
seur était obligé de rembourser à la ville les sommes 
payées. 

Bientôt, on se mit à la recherche de revenus 
stable-. In i -tait déjà, dans d'autres uni- 

de paver 1( s professeurs au moyen des 
e bénéfices ecclésiastiques. Aussi, en 1428, 
Philippe de Saint-Pol, frèn 1 seur du duc 

n IV, réserva douze prébendes canonicales 
1 collation, pour en doter certains cours. Il ne 
s'agissait toi pas ici d'un véritable traite- 

ment, mais d'une gratification. 

Un pas dé< isif fut fait 1< la mission de Pe- 

trus de M Rome. Le 23 mai 1443, une bulle 

d'E IV incorpora au chapitre de Saint- 

: vain n< uf églises paroissiales, pour la 
ition de nouvelles prébendes canonicales, qui 
tient attribué* 1 xclusivement à des profes- 
seurs. Ainsi furenl fondés dix bénéfices appelés 
de la « deuxième ou de la a nouvelle fondation ». 
' pape stipula en même temps que la plébanie 
et trois des dix-huit canonicats de la première fon- 
dation seraient aussi réservés à des professeurs. 
1 irsque les professeurs chanoines de la dernière 
fondation commencèrent à toucher leurs hono- 
raires, la ville paya des pensions viagères aux b< 
ficiaires dép - et. sur les revenus de chaque 

église incorporée, on préleva des sommes pour 
payer les « vicaires perpétuels », appelés à exercer 



CHAIRES PROFESSORALES ET RESSOURCES 129 

le ministère dans les différentes paroisses. 1 
canonicats de la première fondation furent attri- 
bués à des professeurs au fur et à mesure que la 
mort emportait les titulaires en possession. L - 
chanoines de la seconde fondation ne devaient 
pas être prêtres, n'étaient astreints à aucun - 
vice de chœur, et ne devaient pas lire le bréviaire. 
Mais ils devaient être tonsurés et, s'ils se mariaient, 
ils perdaient leur prébende. Ces canonicats étas 
donc réservés aux pp qui étaient cii 

célibataires. La ville dut se dre à continuer 

à payer les autres prof , surtout dan- 

facultés de médecine et de droit. 

Ces mesures ont assuré le traitement de la plu- 
part des membres du corps enseignant jusqu'à la 
Révolution française. 

> 

Par la création et la rétribution des chaires 
royales, Charles-Quint et Philippe II mirent, cl 
la suite, des revenus importants à la disposition 
de l'université. L'intervention des États de Bra- 
bant pour la dotation de certaines autres chaires 
allégea aussi le fardeau de Y Aima Mater et de 
la ville. 

Avant l'érection des chaires royales (1546), cer- 
taines ressources furent créées par mesure extraor- 
dinaire du prince. Comme la plupart des profes- 
seurs se plaignaient de la modicité de leurs re- 
venus, le duc Philippe le Beau décida, par un 
acte du 22 décembre 1499, que désormais le traite- 
ment des professeurs serait augmenté par la cession 
d'une partie des accises de la Halle aux viandes. 
Jusqu'à la Révolution française, une partie de ces 



130 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

mêmes droits d'accises servit de supplément 
aux honoraires des différent? professeurs royaux. 
Il y avait, enfin, certaines fondations particulières. 
C'est ainsi que, en 1443, Raes de Gavere, seigneur 
d'Héverlé, près Louvain, céda le droit de patro- 
nage de la chapelle de la Sainte-Trinité et le patro- 
nat de deux autels à Over-Loo (sous Corbeek-over- 
Loo), pour en servir les revenus à un professeur. 
Plus tard, en 1557. François d'Helfaut, abbé 
de Saint-Pierre au Mont-Blandin de Gand, éta- 
blit une fondation en faveur des professeui 
cialemi ux de la faculté de droit. Chai 

Quint avait emprunté une somme importante 
au prédécesseur de l'abbé, contre hypothèque 
placée sur les domaines d en Brabant. 

t sur le produit de cette hypothèque que 
d'Helfaut préleva un revenu annuel de 1 000 florins 
pour sa dotation universitaire. UAhna Mater se 
montra nt< en inscrivant d'office les 

abbés du Mont-Blandin parmi les invités ordi- 
naires du doctorat en théologie, comme nous 
l'avons constaté plus haut. 

CHAPITRE VII 
Les collèges universitaires. 

Ce qui frappe de suite l'étranger qui visite 
Louvain, c'est le grand nombre de bâti- 
ments majestueux, aux lignes imposant!-, 
dont la porte entrouverte laisse deviner de larges 
cours, quelquefois plantées d'arbres ou garnies de 
fleurs, et qui présentent, dans leur ensemble, un 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 131 

air de famille surprenant. Ce sont là les anciens 
collèges universitaires de Louvain, qui hospitali- 
saient pour la plupart les étudiants boursiers ou 
pauvres, et qui ont joué dans l'histoire de Y Aima 
Mater un rule non dépourvu de gloire. A la fin 
de l'Ancien régime, l'université ne comptait pas 
moins de quarante deux de ces collèges, « collegia o 
ou « domus », la plupart richement doi 

C'est ici l'endroit de dire quelques mots de ces 
collèges, pour les classifier, en indiquer la desti- 
nation et en retracer brièvement L'origine. 

Nous devons disting 
ceux où la jeunesse universitaire reçoit l'< ne- 

ment et où elle s'exerce sous la direction de 
maîtres et de répétiteurs, où quelquefois aussi elle 
reçoit la nourriture, et ceux où aucun en 
ment ne se donne et où les élèves sont simplement 
hospitalisés et nourris. 

A la première catégorie appartiennent les 
« Pédagogies » de la faculté des aits, dont nous 
avons parlé plus haut à propos de l'organisation de 
cette faculté, et qui étaient soumises au doyen et 
à la faculté proprement dite. Dans la même c 
gorie doit se ranger aussi le Collège de Standonck 
(Domus Sta)hio)iica) ,iondé en 1490. ](.iiYiSta.ndorick, 
originaire de Malines, recteur du gymnase ou de 
l'école de Montaigu l , et professeur de théologie 
à Paris, prit l'initiative d'établir des maisons pour 
héberger des étudiants pauvres, à Paris, à Louvain, 
à Marines et à Yalenciennes. Standonck avait 
fondé la première de ces maisons à Paris, en 1491 ; 

1. A Paris. 



132 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

les étudiants qu'il y hébergeait devaient se pré- 
senter chaque jour à il heures à la Chartreuse pour 
y recevoir, comme les mendiants, leur nourriture 
quotidienne. Les étudiants logés dans ces maisons 
étaient tenus d'observer les bonnes mœurs; ils 
devaient faire vœu d'obéissance et de chasteté, 
assister à quelq :aonies religieuses et ne se 

nourrir que de poisson. Ils recevaient l'enseigne- 
ment dans la maison même. Ils étaient toutefois 
libres de quitter le collège, sans engagement pour 
: . Les habitants de la <c Domus Standonica » 
étaient \< nus de porter l'habit de Saint-François 
de Paule, pour lequel le fondateur avait une 
grande vniération i. 

Signalon- . nsuite, toujours dans la première 
catégorie, ; vsleiden ou des Trots Langues 

(1517) dont nous avons parlé plus en détail dans le 
premier livr< tte étude. Le fondateur y insti- 

tua d< - Li publiques d'hébreu, de grec et de 

Latin, et fonda cinq bourses pour étudiants. En 
nant, il laissa à l'institution plusieurs milliers 

de dur. il 

Un autre collège rattaché à la faculté des arts, 

t le collège de Gand (Cottegium Gandense), 

qu'on appela.i1 uni et schola », et où 

se donnaient des cours préparatoires au « stu- 

dium philosophicum . Il fut fondé par François 

Nieulandt, écolâtre de Saint-Pierre de Gand 

(t 1574). 

Un c< dlège important Le Collège de la Sainte- 

1. Do là leur surnom de Kappekcns, Capuchons. Le souvenir 
de ce collège est conservé par le nom de la rue Standonck. 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 133 

Trinité l . A l'origine de ce collège, l'enseignement 
des « humanités » était réparti entre les quatre 
pédagogies de la faculté des arts. Ce fut François 
Van Nieulandt, dont nous venons de parler, qui 
songea le premier à établir une maison pour y 
concentrer 1' (.il- dignement des humanités. Il essaya 
d'obtenir, en 1559, l'autorisation de la faculté des 
arts pour la création d'une telle institution. Débouté 
par la faculté, Van XiYulandt ne se découragea 
point; il finit par ouvrir un cours d'humanité; 
sa demeure, devenue ainsi le Collège cl 
( Colle gi uni Vaulxianum). 1 venus de c< 

fondation servirent plus tard à la fondation du 
Collège des Humanités, dit «Nouveau Collèg 
ou Collège de la Sainte-Trinité, qui fut bâti en 1657. 
Nous passons maintenant aux collègi i-cond 

genre ou de la seconde catégorie, ceux où, en 1 
générale, ne se donnent pas de cours et qui ne 
servent qu'à héberger des étudiants. Ils sont 
d'ordinaire destinés aux étudiants d'une faculté 
déterminée ou de diverses facultés, et constituent 
le séjour des «boursiers», bursarii ou bursales. On 
distingue, dans cette catégorie, les collèges où les 
étudiants di 't d'un subside annuel. Si la 

somme n'est pas suffisante pour leur permettre de 
s'alimenter, les boursiers sont tenus de payer eux- 
mêmes le -upplément nécessaire. Il y a ensuite 
les collèges où la dépense pour la nourriture 
entièrement défrayée (alimenta intégra). Il y a 
enfin les collèges dans lesquels, outre la nourriture, 
les étudiants reçoivent gratuitement le feu. la 

1. Actuellement le collège des RR. PP. Joséphites. 



134 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

lumière et tout ce dont ils ont besoin pour leur 
séjour. 

Chaque collège possède son président, qui a la 
direction des études et qui veille aux bonnes 
mœurs, et ses proviseurs, d'ordinaire désignés par 
le fondateur ou délégués par l'université el Les 
facultés. Ces proviseurs se prononcent sur l'attri- 
bution des bourses, l'admission des ((boursiers» 
et visitent annuellement l'institution. 

Les bourses ou dotations universitaires étaient 
d'ordinaire attachées à l'un ou l'autre collège, mais 
il en existe aussi qui restent entre les mains du fon- 
dateur, qui en dispose à volonté. On les appelle 
des bourses volantes. L'on pouvait changer de col- 
lège, pour obtenir m rémunératrii 
Les étudiants qui j< ursdoivent 
s'obliger par serment à payer eux-mêmes une 
partie ou la totalité des frais de séjour, dès que 
leur étal irtune s'améliore. Voici maintenant 
une rapide revm de ces collèges, grou] la 
faculté à laquelle il- se rattachent : 

A l.i facull attache le Collège 

Matines gium Mechlini Le fondateur 

fui Arnold Trot, Malin» leau de la faculté 

de tb 1500). Ce fonctionnaire subalterne 

de Y Aima Mater, qui semble être fortuné, créa sept 
bourses pour sept étudiants pauvres de la faculté 
des arts, qui devaient appartenir, pour jouir de 

:te faveur, à la famille du donateur. Faute de 
membres de la famille Trot, on désignerait des étu- 
diants de la ville de Malines ou du village de 
Muvsen, 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 135 

C'est incontestablement la faculté de théologie 
qui est la plus riche en collèges, ou, pour le dire plus 
exactement, le plus grand nombre de collèges se 
rattachent, par leur destination, à cette facuh 

Le Collège des théologiens ou du Saint-Esprit, 
appelé aussi le « Grand Collège ». était le plus im- 
portant et le plus riche. C'est en 1442 que le che- 
valier louvaniste Louis de Rijcke transforma sa 
maison, avec toutes ses dépendances, en un collège 
pour théologiens, qu'il fonda en l'honneur du 
Saint-Esprit. Il y attacha une rente héréditaire de 
80 florins, destinée à entretenir sept étudiants 
pauvres. Les parts furent i ar aprè-, de 

façon à ne plus former que ti « lis L< 1 

Le « Second » ou « Petit 1 
fut établi sur le désir de la faculté, qui estimait 
que le développement du Grand Collé. mettait 

une division. On établit le petit ou nouveau 1 
dans la maison Muldert, en 1561, et dès le début 
de généreux donateurs versèrent des sommes im- 
portantes (650 florins). 

Un autre collège, se rattachant à la même faculté, 
c'est le collège du Pape Adrien VI, plus connu sous 
le nom de Collège du Pape l , fondé par le célèbre 
Adrien Florisz, d'Utrecht, lorsqu'il était encore 
doyen de Saint-Pierre à Louvain. Le collège fut 
ouvert en 1524; Charles-Quint y logea peu ap. 
comme il résulte des comptes de la ville. 

En 1511. l'écolâtre de Saint-Pierre, Henri 

natif d'Hoogstraten, trai mai- 

1. Il existe encore, place de l'Université, et sert de péda- 
gogie estudiantine. 



NISATION IN T TER\ T E DE L'UNIVERSITÉ 

son en collège, en l'honneur du nom de Jésus, et y 
attacha quatre bourses pour des étudiants pauvres 
de la faculté de théologie. C'est là l'origine du 
Colle gin m Houterlé l . 

Le Collège de Divaeus doit son existence à George 
Divaeus, ou van Dieve, jeune homme louvaniste 
qui, revenant d'un voyage à Rome, mourut à 
Xiiiiiur en 1576, de la variole. Divaeus légua sa 
maison à l'université, pour la convertir en collège, 
à dédier à Saint Georg> y attacha une dotation 

pour douze étudiant en théologie. 

Un collège qui pouvait s'enorgueillir d'avoir 
fondé par Philippe II. c'est le Collegium ou Semi- 
narium Regium 

C'était en réalité une espèce de séminaire, qui fut 
érigé par le roi d'Espagne par procuration de Jean 
deville, membre du conseil nii\ ]', v^-Bas, 

devenuparaj l< d« ! irnai. Fondé en 1579, 

le Collegium Regium devait hospitaliser des étu- 
diants qui se destinaient au ministère pastoral. On 
y organisai des discussions, on y tenait des sermons 
hebdomadaires < t on y donnait F< ition quo- 

tidienne de l'Ecriture 5 dvie de répétitions. 

Le présidi rit dir< ctement nommé par le con- 

seil royal. 

Une institution à peu | nalogue, ce fut le 

Collegium ou Seminarium Leodiense 3 . Il fut fondé 
en 1605 par 1 de Cologne, prince-évêque de 

1. Maison du doyen <le Saint-Pierre, brûlée en 1914 par les 
Allemands (rue du Canal). 

j. Actuellement l'institut de Zoo unur. 

3. Actuellement la laiterie de la rue- de la Monnaie. 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 137 

Liège, dans le but de créer une pépinière de pré! 
destinés à avoir charges d'âmes et à combattre le 
protestantisme. Le collège fut soutenu par di 
du prince-évêque et du clergé diocésain de Liège. 
Il n'accueillait évidemment que Les étudiants en 
théologie. 

Différent des deux précédents est le Collège du 
Bay (Colle gin m Bayanum) l . Il d 
et ses -tatuts à Jacques du Bay, natif d'Ath, p 
fesseur royal de théologie et doyen de Saint-Pi» 
de Louvain (t 1614). 1. lateur destina son 

lège à des parents légitim» die 

la logique ou d'être Primus* dan- 
arts. On y admit au 

paient une bonne place dans leur pron et qui 

exprimaient le désir de se fa; de s'a 

per du ministère paroissial. Les a bon 
collège étaient 1 par le présidenl : 

devait donner la préiY 

dans la châtellenie d'Ath et, à leur défaut, à 
élèves natifs soit du Hainaut, soit de Lille, de D« 
et de Cambrai. 

Une fondation qui avait aussi pour but de cr< 
des propagandistes de la foi, c'est le Colle gium 
D. Pulcheriae (1616), ainsi nommé d'après une belle 
statue de la Vierge qui ornait la porte d'entré< 
que L'on appelait Maria Pulchra ». Ce collège dut 
son origine à la division d'une fondation pit 
établie par L'université de Cologne pour la propa- 
gande en faveur de la foi. Aussi les « théolpgû 
qui y étaient admi- devaient-ils se préparer à la 

1 . Actuellement la caserne de la rue de Tirlemoni. 



[38 OR rA.NISA.TION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

prédication, mais on y admettait aussi des étudiants 
en philosoplùe comme « débutants ». 

i He autre pépinière de missionnaires, c'est le 
Collège pastoral irlandais (Collegium pastorale Hi- 
orum), fondé en 1623 par Eugène Matthews, 
archevêque de Dublin, membre de la Congrégation 
de la Propagande. Celui-ci acheta une maison à 
Louvain, et obtint d< - subsides de la Congrégation 
• )n y admettait des étudiants en théologie 
qui se destinaient aux missions et au ministère 
pastoral en Irland 

].<• Collège de Saint-WUlibrord fut établi par 
Nicola / ou de Zoes, d'Am< rsfoort, membre du 
Grand 1 .1 de Malines, qui devint dan^ la >uite 

[ue d< Bois-le-Duc (f 1625). Zoes érigi 
collège en l'honneur de saint Willibrord et de ses 
et de saint Charles Borromée. La 
dition 11 L'accepl ation des étudiants, 

c'était le le de maît de plus, les bour- 

siers d it s'occu] théologie. Dès qu'ils 

avaient conquis le grade de bachelier, on les nom- 
mait eu l.v 1 ption 1 st faite pour les étudiants 
natifs d'.V >ort : ceux-ci sont admis lorsqu'ils 

en sont encore à l'étude es arts et en philosophie. 
Il y a, enfin, le Collège de Malderus et celui de 
Hovius. Le Collegium Malderi fut fondé par Tar- 
ie d'Anvers Jean Malderus (f 1633). Le 
Collegium D. Franc. Il st l'œuvre de François 

nus ou van Hove, de Londerze< 1. qui fut pro- 
eur à l'abbaye de Sainte-Gertrude à Louvain et 
d< \ int curé de Sainte- Walburge à Anvers ( + 1633). 
Hovius destinait les bourses de son collège à des 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 139 

étudiants anversois, appartenant à la paroisse de 
Sainte-Walburge, mais, à leur défaut, le présid 
du collège pouvait admettre ceux qui lui parais- 
saient dignes de cette faveur. Les « boursiers » de- 
vaient être maîtres es arts et s'occuper de théologie. 
Toutefois les parents du fondateur, inscrits à l'uni- 
versité, pouvaient choisir librement la matière de 
leurs études, sans forfaire aux conditions d'ad- 
mission. 

Les collèges de la faculté do droit ne sont p 
aussi nombreux que ceux de la faculté de I 
On peut en relever trois : le collège de Saint- Yvon, 
le collège de Saint-Donatien et 1- de 

Winckele. 

Le collège de Saint-Yvon ou des jui était 

directement administré et entret< nu par la faculté 
elle-même. Le premit r fondateur en fut Robert de 
Lacu, docteur in utroque iure, qui légua, en 1483, 
sa maison pour la transformer en collège de.-ti; 
des étudiants pauvres de la faculté et y attacha 
deux bourses. 

Le CoUegium S. Donaiiani doit son origini 
Antoine Hanneron. Celui-ci érigea ce collège pro 
bursariis et c : >:;s in iure canonico si bus 

(1488). Avec l'agrément et sous la protection de la 
faculté des arts, le fondateur créa une prébende 
sacerdotale, une autre pour le maître du collèg 
cinq pour les étudiants qui y -traient logé 

Quant au CoUegium Winckdanium -, c'était une 

1. Le tribunal y était installé en 1914, lorsque les Allemands 
l'incendièrent. Les murs extérieurs ont été consen 

2. Actuellement l'école communale de la rue do Tirlemont, 
à côté de la casorno d'infanterie. 



140 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

maison pour étudiants in idroque iure pauvres. 
Ce furent Jean de Winckele, scribe et notaire du 
conservateur des privilège- de l'université (t 1505), 
et son fils, un médecin, qui ajoutèrent ce collège 
aux deux autres que possédait déjà la faculté de 
droit. 

La faculté de médecine n'eut qu'un seul coll.' 
(Collegium medicorwm). Il fut érigé par le profes- 
seur royal de m rre Brueghel (f 1577), 
qui y attacha six bourses pour étudiants peu for- 
tuit 

rit, enfin, une il >e de collèges, où l'on 

ptait des étudiants de div< I -, et où 

le choix du pri I donc moins limité. 

C'est d'abord le Col l'An « '. Il fut fondé 
le I.m v las Ruiter ou Reuter, 

morl .1 Louvain en : tait un magnifique 

coll aé à 1 lir troî niants 

de chœu] 1 ; . autant d'Arras g trois 

paroisse et cité de Harlem, deux 
de Louvain, quatre de Luxemb in de Brecht. 

dent •' udiani 

le s it leurs efforts, le collège con- 

tinuail à tretenir pendant leurs études de 

théologie ou de droit canon. 

C'est un Savoyard, Eustache Chapuis, docteur en 
droit civil et en droit canon et maître des sup- 
pliques de Charles-Quint, qui édifia, en 1548, le 
Collège de Savoie, pour étudiants pauvres de son 
1 ace devait être donnée aux «éco- 

1. ment la maison o ru< de Namur, par lo 

baron Descamps. 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 141 

liers » originaires d'Annecy, la ville natale de Cha- 
puis. 

Le Collège Sainte- Anne ou de Natnur doit son 
origine à Nicolas Goblet, de Bouvignes, licencié 
en droit canon, prévôt de Dinant, mort à Louvain 
en 1553. Il fut enseveli au couvent des Frères 
Mineurs, devant l'autel de Sainte Anne. Goblet, qui 
avait toujours rendu un culte spécial à cette sainte, 
lui dédia le collège qu'il fonda pour y recueillir un 
étudiant. Le bénéficiaire de la bourse devait suivre 
les cours de logique, ou de théologie, ou de droit. 

Le Collège de Drieux est une fondation de Michel 
Drieux, docteur en droit canon. pr< ordi- 

naire de Décrets (t C559). Drieux transforma sa 
maison ei t stipula par testament qu'on y 

admettrait autant d'étudiai 'gie ou 

arts que les revenus de ses bien- Le • ttraient l . 

Le Collège VanDaele -dut sa dénomination à un 
chanoine anven locteur in utroque iure, qui 

le construisit en 1560 dota pour y recueillir 

des étudiant- es arl théologie ou en droit, 

boursiers devaient appartenir à la famille du fon- 
dateur, ou du moins être originaires de la ville 
d'Anv 

Un collège célèbre, c'est celui que fonda le Frison 
Viglius, dont on connaît le rôle comme juria 
suite et comrm ident du Conseil privé. En 

1569, le Collège Viglius fut érigé, pour des étudiants 
frisons et gantois. Une grande partie de ce magni- 

1, Ce oolli cal à l'Académie des Beaux-Arts 

de Louvain. Il fut incendie en 1914 par les Allemands. 

2. Actuellement l'hospice des vieillards, rue de Xamur. 



142 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

fique bâtiment, ainsi que la bibliothèque de théo- 
logie qui y était ai devint la proie des 
flammes, peu de temps après la mort du fonda- 
teur (1577), à la suite des incendies allumés par 
les soldats mutinés de la garnison de Louvain l . 

Le Collège de Craendonck était destiné à quatre 
boursiers, étudiants es arts. Si les bénéficiaires 
minaient leurs étude- d'une façon honorable, 
ils pouvaient continuer à résider au collège pour 
s'adonner à la théologî lu droit canon. Le fon- 
dateur de ce «' fut Marcel de Craen- 
donck, natif de Tongerloo, bachelier en théologie. 
Il l'< en 1574 en l'honneur de- ("inq Plaie- de 
Notre-S ur. 

Important aussi fut le Collège Pris ou de 
Westphalie. 11 doit -ou nom à J< an Pels, Westpha- 
lien d'orig bail ré1 aire de runiversité 

:'. Pels transforma -on habitation 
pour étudiant- pauvr< 1 '.: bénéficiaient en pre- 
r lieu les membres de -a famille, puis les étu- 
diants origina Rechlinghausen ou de- envi- 
rons, enfin le- étudiants louvanisfr Parmi ces 
dernier- on devait choisir de préfèrent de- parents 
de la femme d> Pels, qui était orient le Lou- 
vain. Les boursi( rs <1< vaient être de naissance 1< 
tinie et ne pouvaient posséder un revenu supérieur 
à 60 florins communs. 

Api.'- avoir terminé la licence es art-. 1« - habi- 
tante de ce collège peuvent continuer lcurr- études 
soit en théolo :t en droit. Toutefois le nombre 

1. Il s'agit ici dos soldats que Don Juan envoya à Louvain 
après la victoire remportée sur les États à Gembloux (1578). 



LES COLLÈGES UNIVERSITAIRES 143 

de ceux qui étudiaient l'une et l'autre de ces 
branches doit être égal. La durée de la bourse est de 
cinq ans. 

Le Collège Mylius ' ou Luxembourgeois fut l'œu- 
vre de Jean Mylius, Luxembourgeois, docteur 
tu i.lr que utre, qui vécut à Madrid et y mourut en 
1596. Par b nt, il a une partie de ses 

1 >i. îr fonder un collège, soit à Luxembourg, 

:t a '1 1 >ii à L uvain, selon le ch< »ix auquel 

• -tara. ; lui 

1610, ceux-ci, les barons d Kirchberg, cl nt 

Louvain. 11 était vé aux Etal ix 

du Luxembourg de d r un t. 

Parmi ceux-là il doit y avoir toujours un L<m\ 
niste. Parmi 1 ix autres tiers, doivent 

ti'jui. 1 d< ux Louvanist* 

Le pi sident du Mylius en 

1615, fut Nicolas Vernulaus, dont n< men- 

tionné plus haut Le travail à l'histoire de 

l'université. Les condition.- relativ 
des bou] sont les n que pour le Collège 

Pels. On devait donn< r La ; ix étudiants 

de la ]>ro\ Lnce de Luxembourg. 

Le Collège de M tait une fondation de Jean 

de Biév< ne, Montois, docteur in utroque iure, pro- 
fesseur ordinaire de « Décrets et chanoine de 

dnt-Pierre à Louvain (t 1596). Ce collège resta 
toute! ns dotation jusqu'en 1635. 

Lorsque nous aurons cit< ium adLeydam, 

fondé par Michel Baîus, doyen et chancelier 
Louvain, et le Colley de l'Ordre Teutonique, érigé 

1. Actuellement l'école moyenne de la rue du Canal. 



144 ORGANISATION [NTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

en 1621 pour douze étudiants pauvres qui, une fois 

donnés prêtres, retournent dan> leur Ordre, nous 

aui la liste des principaux collèges de 

l'ancienne Aima Mater louvaj I collèges de 

Aulne, de l'abbaye de Villers, le Collège de 

la Haute Colline '. li des Vétérai jou- 

u courant du xvii e el du xviii 6 siècle. 

Chacun de 1 itre 1» s rev< - 

nu fondations, ceux de pj ticulièi 

qu'il ;i à l'entretien du pei 

• . I » un rapport [ail en 1786 par 

le LUer De Clerck, il y avait alors un revenu 

annuel de 159,412 florins 1. , en 

bouTï dififén ni - < -Il 1 |uant 

aux bourses volantes, leur u montait à 

51 44g ll"i ii : u 7 d-iiii 

N 1 pas une preuve admirable de L'intérêt 

que porl l< - hommes de ce temps au les 

supérieui pourrait-on trouver ailleurs plus 

lie floraison d'instituts destinés à fav< 
déshérités de l.i fortune et à leur p« rmettre d'aller 
s'abreuv* r aux -< iui 

I> grande dh natioi alité 

nui li urs et i 

universitaires u<>u> montre L'étendue du 1 
ment tifique de VAlma Mater: h- t'ait que l 

boursiers appartiennent aux pro\ ii 

prouve combien est exacte 
la remarque de Mu I >-■ Ram, d'après lequell'uni- 

rsité de Louvain fut le centr< formé peu 

à peu Le lien national et l'esprit public des 

1. Actuellement l'Athi yal, rue de Namur. 



L'IMPRIMERIE UNIVERSITAIRE 145 

CHAPITRE VIII 

L'imprimerie universitaire et les archives. 

Pour compléter le tableau de l'organisation 
interne de l'univi il non- : dire 

quelqui smi ts te l'imprimerie* Lrchiv< 

• imme nous av< tis déjà < a L' 
dan- la première parti» l'art de 

L'imprimerie fut pratiqu ■ ' l - 

vain. L'école de Louvain l'utile mt 

celle d'< i 1474. .1 itphali* 

l'introducteur de l'art t Lphiqu 

fut admis en qualité di institution. 

Il mourut vers 1496, api 
it vingt ouvrag» 

1 )',:■:•:■ 

son œuvre : Conrad Braem, de 1 ■ man 

de Nassau, Louis d I ivain, 

Thierry Ma >t. 

Tout( • utrichi.ii 

que l'univi 1 tablit une imprimerie académiqii 

C'< r les instances de l'abbé de Nélis, biblî 

thécaire, que L'impératri e Marie-Tl da, 

le 19 juin 1760, l'octroi pour l'érection d'une ty- 
pographie privilégiée . Ainsi qu'il ressort d'ui 
lettre d or, datée du 24 août de 1 

cette création fut l'œuvre commune de Y Ain 
Matât 't ta gouvernement. Cette imprimerie fut 
établie dans une dépendance du théâtre anato- 
mique et v demeura jusqu'à la suppression de 
l'université. Elle fut très productive pendant 



146 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

années 1762 à 1789. En 1768, l'abbé de Nélis avait 
établi aux Halles universitaires un dépôt ou une 
librairie pour la vente des livres publiés. 

Quant aux archives, l'université, dès l'origine, 
prit un soin jaloux des diplômes de fondation, des 
privilèges, des lettres importantes qui étaient en 
sa possession. Elle les fit déposer dans une armoire 
placée dans la salle du chapitre de l'église Saint- 
Pierre à Louvain. Pour pouvoir consulter ces docu- 
ments, il fallait une permission explicite de l'au- 
torité académique et la présence de témoins délé- 
gués par elle (1446). Le 29 août 1446 parut un 
décret punissant d'amende ceux qui détiendraient 
chez eux des lettres adressées au Siadium de 
Louvain. 

Pour faciliter la consultation des pièces les plus 
importantes, le conseil académique décida, en 
séance du I er octobre 1530, de transcrire tous les 
privilèges et induites dans un registre en parche- 
min, que le recteur pouvait montrer aux intéressés. 

Pendant les troubles du xvi e siècle, au moins une 
partie des archives, celles de la faculté de théologie, 
furent envoyées à Namur. Depuis lors le désordre 
régna dans ces documents ; peut-être une partie se 
perdit-elle, car au cours du xvi e et du XVII e siè- 
cle, nous constatons que, dans des contestations 
ou des affaires graves, l'on en est réduit à renvoyer 
à des archives étrangères, comme celles de Rome, 
ou à invoquer uniquement la tradition orale. 
Souvent les recherches pour découvrir un docu- 
ment sont longues, et l'on n'aboutit pas toujours 
; trouver trace de la pièce désirée. 



L'IMPRIMERIE UNIVERSITAIRE 147 

A l'époque de Molanus (fin du xvi e siècle), 
du moins en ce qui concerne la faculté de théo- 
logie, les actes antérieurs à 1515 semblent avoir 
disparu. 

Par contre, nous constatons que, dans la seconde 
moitié du XVIII e siècle, les archives sont conservées 
avec soin aux Halles universitaires. Un règlement 
relatif à leur organisation fut établi par le conseil 
académique en 1761 ; il prévoyait des mesures 
minutieuses pour empêcher la perte des docu- 
ments. Des catalogues furent alors dressés : le texte 
nous en a été conservé. 

Qu'advint-il de ces trésors lors de l'invasion des 
armées de la République française, en 1794? 

L'université, craignant de perdre ses archives, 
les expédia, en juin 1794, par voie d'eau à Rotter- 
dam : elles étaient enfermées dans quinze caisses, 
et le contenu passa comme marchandises. Huit 
caisses contenaient les documents de l'université 
comme telle, deux les archives de la faculté de 
théologie, une ceux de la faculté de droit, quatre 
ceux de la faculté des arts. Devant la rapide avance 
des troupes républicaines, on se décida à expédier 
plus loin les précieux papiers. Après avoir passé 
par Groningue, Brème et Hambourg, ils finirent, 
en avril 1795, par échouer à Altona. Les archives 
du collège du Saint-Esprit vinrent les y rejoindre. 

Ce périlleux voyage avait été fait en vain. Les 
Français réclamèrent la livraison de tous ces docu- 
ments : il fallut s'exécuter. Les caisses revinrent, 
mais on réussit à en soustraire quelques-unes en 
route. On ne remit que ce qu'on ne pouvait décem- 



148 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

ment refuser, c'est-à-dire les pièces dont l'ennemi 
avait découvert l'inventaire. 

Ce sont les papiers remis aux Français, ainsi que 
les nombreux documents enlevés dans les différents 
collèges : actes de fondations boursières, pièces de 
comptabilité, etc., qui, après avoir été en posses- 
sion de l'administration du Département de la T)y\e, 
formèrent par après le « Fonds de l'université de 
Louvain » aux Archives générales du royaume, à 
Bruxelles. 

Quant aux caisses d'archives qu'on avait pu 
cacher lors du voyage de retour, elles restèrent en 
partie en Hollande; d'autres arrivèrent à Anvers, 
et de là à Beveren-Waes, le village natal de 
J.-F. Van de Velde, dernier président du Collège 
du Saint-Esprit, qui en avait sauvé une partie. 
Les archives restées en Hollande demeurèrent, 
à la suite de diverses circonstances, au séminaire 
de Haaren (lez Bois-le-Duc) l . 

Quant à la partie des documents sauvés par 
Van de Velde et qu'il conservait chez lui à Beveren- 
Waes, ils échappèrent à la vente aux enchères qui 
dispersa si lamentablement l'immense collection 
de livres que possédait le défunt. Ils furent déposés 
à l'évêché de Gand et passèrent ensuite au Grand 
Séminaire de cette même ville. Ils y sont encore 
aujourd'hui. 

Enfin, d'autres documents furent égarés ou 

r. Lors du soixante-quinzième anniversaire de la restaura- 
tion de l'université, révoque de Bois-le-Duc restitua la charte 
de fondation de Martin V. Malheureusement ce précieux docu- 
ment périt dans l'incendie de la bibliothèque universitaire, 
allumé par les Allemands. 



L'IMPRIMERIE UNIVERSITAIRE 149 

cachés à Louvain même, lors de l'arrivée des 
Français. Quelques-uns furent restitués et périrent, 
hélas ! dans le sac de Louvain en 1914. D'autres 
sont encore jalousement gardés par les familles 
descendant d'anciens professeurs, et qui semblent 
oublier que le devoir le plus élémentaire comman- 
derait de les restituer à l'Aima Mater, dont ils 
contiennent un fragment d'histoire. 



ÉPILOGUE 

L'université de Louvain resta fermée pendant 
le règne de Napoléon. Lors de l'instauration 
du régime hollandais, le roi Guillaume I er de 
Hollande publia, en 1816, un règlement nouveau 
pour la réorganisation de l'enseignement en Bel- 
gique. Trois universités d'État furent créées 
respectivement à Liège, à Gand et à Louvain. 
La nouvelle université de Louvain fut installée, 
en grande pompe, le 6 octobre 1817. Elle comptait 
quatre facultés : philosophie et lettres, sciences, 
droit et médecine. Guillaume I er , reprenant l'idée 
du Séminaire général de Joseph II, annexa à l'uni- 
versité un collège d'études pour les jeunes gens se 
destinant à l'état ecclésiastique, le « Collège phi- 
losophique ». 

Cet établissement organisé par l'État n'eut pas 
plus de succès que le Séminaire général de Joseph IL 
Le clergé s'opposa énergiquement à l'enseignement 
qu'on y donnait, et qui, sous l'inspiration d'un 
État protestant, ne sauvegardait pas suffisamment 
les droits et les opinions des catholiques. Le collège 
fut supprimé en 1829. 

Vint la révolution belge de 1830, qui chassa les 
Hollandais et conduisit à la constitution de la 
Belgique indépendante. La loi sur l'enseignement 
supérieur du 27 septembre 1835 ne maintint que 
deux universités d'État, celles de Gand et de Liège. 



ÉPILOGUE 151 

L'autorité communale de Louvain demanda et 
obtint que la ville fût rétablie dans la jouissance 
de tous les bâtiments et collections ayant servi à 
l'enseignement. 

Mais entretemps, le 4 novembre 1834, ^ es évêques 
de Belgique réunis à Malines avaient fondé en 
cette ville une université libre qu'ils appelèrent 
« université catholique ». L'année suivante, en 
1835, ils transférèrent cette institution à Louvain. 
Ainsi se renoua la tradition momentanément inter- 
rompue. L'université catholique de Louvain est 
l'héritière directe de la vieille université fondée par 
Martin IV en 1425. L'installation de la nouvelle 
université eut lieu à Louvain le I er décembre 1835, 
au milieu de réjouissances publiques. Le premier 
recteur fut Mgr de Ram, homme d'un rare mérite, 
qui se distingua surtout par ses multiples publica- 
tions concernant l'histoire de l'ancienne Aima 
Mater. 

Au mois de mai 1909, l'université catholique 
fêta le soixante-quinzième anniversaire de sa réou- 
verture. A cette occasion, de toutes les contrées 
de l'Europe lui vinrent des témoignages précieux 
d'estime et d'admiration pour son œuvre scien- 
tifique. Elle vit arriver des délégations de plusieurs 
universités du continent et des Iles Britanniques, 
apportant des adresses de félicitations à l'institu- 
tion jubilaire. Ces félicitations ne furent pas les 
moins cordiales de la part des universités alle- 
mandes 1. 

1. Voir le Liber memorialis des fêtes jubilaires de l'université 
catholique de Louvain (1834- 1909). Louvain, 1910. 



152 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Cinq ans après, le 25 août 1914, commença la 
destruction systématique de la vieille cité braban- 
çonne par les soldats allemands... Incapables de 
comprendre la leçon qui se dégageait de l'inscrip- 
tion placée au-dessus de la porte d'entrée des 
Halles universitaires \ ils jetèrent leurs pastilles 
incendiaires dans le vénérable monument. Le 
26 août au matin, il ne restait plus rien de la su- 
perbe Bibliothèque et les Halles glorieuses ne for- 
maient plus que des débris fumants ! 

Ce crime « commis contre l'esprit » — d'après 
la parole vengeresse du regretté Etienne Lamy — 
fut depuis lors « effacé » par la sympathie univer- 
s< lie dont le monde des sciences et des lettres en- 
toura l'université qui en fut la victime. 

Mais l'empreinte en stigmatisera éternellement 
le front de la nation qui s'en rendit coupable et qui 
ne sut point trouver Les paroles nécessaires pour 
provoquer le pardon, à défaut de l'oubli. 

1. Sapientia aedificavit sibi domum. 



NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 

Notre intention n'est pas de donner ici la biblio- 
graphie complète de l'histoire de l'Université 
Louvain. Xous ne citon- que les ouvrages 

importants, dont la lecture mettra ceux qui désirent 
approfondir le sujet sur la v souro :b>li- 

cations complémentaires. 

Mi^r NamÊCHE, Jean IV et la fondation de l'Uni 
site de Louvain, Louvain, 1891. 

R. P. de Robian'o, De iure Ecclesiae in universii 
studiorum. Louvain, 1864. 

Baron de Reiffenberg, Mémoire sur les deux pre- 
miers siècles de l'Université de Louvain. (Nouveaux 
Mémoires de l'Académie royale de Belgique, in-4 ). 
Bruxelles. 1829-1832. 

Nicolas Vernulaeus, Academiae Lovaniensis li- 
bri III. Louvain, 1627. 

Yalère Axdré, F asti Academici studii gcncrali 
Lovaniensis. Louvain, éd. 1650. 

J.-F. Van de Velde, Recherches historiques sur 
l'érection, la constitution, etc., de l'Université de Louvain. 
6 brochures, 1788. 



154 ORGANISATION INTERNE DE L'UNIVERSITÉ 

Privilégia Academiae Lovaniensis. Louvain, 1752. 

Codex veterum stabutorum Academiae Lovaniensis, 
éd. P.-F.-X. de Ram. Bruxelles, 1861. 

A. Van Hove, Statuts de l'Université de Louvain 
antérieurs à l'année 1459, dans les Bulletins de la Com- 
mission royale d'histoire, t. LXXVI. 

REUSENS, Statuts primitifs de la Faculté des Arts de 
Louvain, ibidem, 3 e série, t. IX. 

DE Ram, Anciens Statuts de la l'acuité de médecine, 
ibidem, 3 e série, t. V 

Reusens, Statuts primitifs de la Faculté de théologie, 
dans Y Annuaire de l'Université de Louvain, 1882. 

REUSENS, Matricule de l'Université de Louvain, t. I. 
(Commissi 1 de d'histoire, in-4 .) 

I tes de l'Université de Louvain, t. I.,éd Ri 
t II. éd A Van Hove. (Commission royale d'histoire, 
in-40.) 

de Ram, Considérations sur l'histoire de l'Univet 
de Louvain, dans les Bulletins de l'Académie royale de 
Belgique, classe des Lettres, t. XXI. 

V Braxts, Albert et Isabelle. Louvain, 191a 

A. VERHAEGEN, Les cinquante dernières années del 'an- 
cienne Université de Louvain (1740-1797). Liège, 1884. 

V. Brants, La Faculté de droit de l'Université de 
Louvain à travers cinq siècles (1626-1906). Louvain, 
1906. 



NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 155 

Broeckx, Prodrome de l'histoire de la Faculté de mé- 
decine de V ancienne Université de Louvain. Anvers, 1865. 

H. de Jongh, L'ancienne Faculté de théologie de Lou- 
vain au premier siècle de son existence (1432-1540). Lou- 
vain, 1911. 

Nève, Mémoire historique et littéraire sur le Collège 
des Trois Langues à l'Université de Louvain. (Mémoires 
couronnés de V Académie royale de Belgique, in-4 , t. 
XXVIII.) 

A. Roersch, L'Humanisme belge à l'époque de la 
Renaissance, Bruxelles, 19] 

E. Van Even, Louvain dans le passé et dans le 
présent, Louvain, 1895. 

Il faut consulter aussi les Annuaires de l'Université 
de Louvain où M^rDE Ram, le chanoine Reusens, etc., 
ont publié une foule de documents sur l'ancienne uni- 
versité, sous le titre général d' Analectes. De même, on 
trouvera une abondante moisson de documents dans 
les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la 
Belgique, où le chanoine Reusens et, après lui, M. Jos. 
Wils ont publié des pièces et des articles très impor- 
tants. Signalons enfin que la Biographie Nationale, 
publiée sous les auspices de l'Académie royale de 
Belgique, contient plusieurs notices importantes sur 
d'anciens professeurs de l'université. 

Pour la Bibliothèque, il faut lire E. de More au, 
S. J. La Bibliothèque de Louvain, 1636-1914. Louvain, 
1918. On y verra quels trésors ont été détruits en 1914 
par les soldats du général von Boehn. 



156 ORGANISATION INTERNE DE L'UNI VERSITÉ 

Enfin, à titre de comparaison, on peut lire : H. De- 
nifle, Die Universitàten des Mittelalters bis 1400, t. I, 
Berlin, 1885. 

Hastings Rashdall. The Univcrsilies of Europe in 
the Middle Ages. Oxford, 1895. 

V Luchaire. L'Université de Paris sous Philippe- 
Auguste. Pari-, 1899. 

G. Cardon. La fondation de !' Université de Douai. 
Paris, i8<_. 



378.4933 U-L894 E78i c.1 

Essen # Une institution 
d enseignement supérieur 

m 

x 

O 



I 1 1 1 II 1 1 



3 0005 02004647 3 



Des presses de Vromant & C° 
3, rue delà Chapelle, Bruxelles. — 1.21.7618. 



/ 



37Ô.4933 






U-L894 






. E78i 






Essen 






Une institution 


d 'ensei, 


^nement 


supérieur sous 


L 'ancien 


régime : 


1 'Université de 

f 1 /. O C 1 "7 rv i \ 


Louvain 





378.4933 

U-L89^; 

E78i 

ES Une institution d'enseignement 
supérieur sous l'ancien «gi»*: 
l'Université de Louvain (1425-179/J 



COLLECTION LOVANIUM 

OUVRAGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES 

PUBLIÉS PAR UN GROUPE DE PROFESSEURS 

DE L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN 

OUVRAGES PARUS : 

Léon Van der Essen, Une Institution d'ensei- 
gnement supérieur sous l'ancien régime. 
(L'Université de Louvain, 1425-1797.) fr. 5. — 

Henry de Dorlodot, Le Darwinisme au point 
de vue de l'orthodoxie catholique. Premier vo- 
lume : L'Origine des Espèces. . . . net fr. 6. — 

POUR PARAITRE INCESSAMMENT : 

Ai Bi ri Carnoy, Les Indo-Européens. 

A Vu ri M>i il, Esquisse de l'Histoire de la 
Technique. 

s PRÉPARATION : 

Ch. Lecoutere, Les caractères nationaux de 

la littérature flamande. 

L. Noël Le mouvement néo-thomiste de 

Louvain. 

M. De Wulf, Le retour vers la Philosophie du 

Moyen Age. 

J. Denys, La tuberculose au point de vue 

social. 

L. Van der Essen, La diplomatie à l'époque 

moderne. 

Comité de Direction : 
26. rue des Joyeuses-Entrées, LOUVAIN